‹ Le Chateau de Chantilly pendant la Révolution: arrestations dans le Département de l'Oise enChapitre 13 sur 75 · Histoire des trois derniers princes de Candi ^ p · texte numérisé non relu

Histoire des trois derniers princes de Candi ^ p

Condé au sujet de l'ém^ratlon^ nous n'hésiterions pas à lui donner complètement tort. Jamais^ en effet^ la postérité, quelle qu'elle soit^ ne pourra ratifier la conduite du descendant de saint LouiSy donnant la main à l'étranger pour^ comme il le dit lui-même^ tremper son épée dans le sang des Français.

Quant au roi, Tinjonction qu'il Êdsait au prince de revenir près de lui^ n'était de sa part qu'une pure comédie, puisque à ce moment même, il songeait lui aussi à quitter la France; aussi la nouvelle de l'échec de Varennes causa-t-elle une vive douleur au prince de Condé, qui, peu de temps après, écrivit à Louis XYI^ en son nom et au nom de ses enÊuits la lettre suivante :

« Sire,

« Vos augustes frères ayant bien voulu nous communiquer la lettre qu'ils adressent à Votre Majesté^ nous permettent de lui attester nous-mêmes que nous adhérons de cœur et d'esprit à tout ce qu'elle renferme, que nous sommes pénétrés des mêmes sentiments, animés des mêmes vues et inébranlables dans les mêmes résolutions. Le zèle dont ils nous donnent l'exemple est inséparable du sang qui coule dans nos veines, de ce sang toujours prêt à se répandre pour le service de l'État. Français et Bourbons jusqu'au fond de l'âme, quelle doit être notre indi-

gnation lorsque nous voyons de vils factieux ne vépondre à vos bienfaits que par des attentats^ insulter à la majesté royale, fronder toutes les souverainetés, fouler aux pieds les lois divines et humaines et prétendre asseoir leur monstrueux système sur les ruines de notre antique Constitution? Toutes nos démarches, Sire, sont guidées par des princes dont la sagesse égale la valeur et la sensibilité. En suivant leurs pas, nous sommes sûrs de marcher avec fermeté dans le chemin de l'honneur ; et c'est sous leurs nobles auspices que nous renouvelons entre vos mains, conmie princes de votre sang et comme gentilshommes français, le serment de mourir fîdèles à votre service. Nous périrons tous plutôt que de souffrir le triomphe du crime, l'avilissement du trône et le renversement de la monarchie.

. a Nous sommes avec le plus profond respect. Sire, de Votre Majesté, les très-humbles, très-obéissants et très-fidèles serviteurs et sujets

Louis- Joseph de Bourbon.

Louis-Heiuri-Joseph de Bourbon.

LoUIS-ÂNTOIIfE-HENRI DE BoURBON.

▲ Wonns, oe 11 sqitembre (1791).

Pendant ce temps, malgré ses préoccupations de

toute nature^ l'Assemblée nationale^ ne perdait pas de vue le domaine de Chantilly. Par son décret du 11 juin 1791^ elle avait enjoint à tous les directoires de veiller d'une manière spéciale à la conservation des propriétés de M. Bourbon-Condé.

Peu de jours après (le 22 du même mois) le ministre de l'intérieur, Delessart, écrivait au directoire de Senlis une lettre dans laquelle il lui exposait que les comités de recherches et des rapports réunis, lui avaient fait part de certaines inquiétudes provoquées par le bruit de l'existence d'un magasin d'armes et de munitions dans le château de Chantilly. « Il est à craindre, disait-il, que Ton se porte en foule au château et que Ton y commette des désordres et des dégâts contraires aux dispositions du décret de l'Assemblée nationale. » En conséquence, il invitait le directoire à députer deux de ses membres pour faire la visite du château.

I-iC directoire obéit à cette réquisition, et le même jour, à deux heures de l'après midi, MM. Laurens (René- François) et Thérouenne (Éloy-Cyr), tous deux membres du directoire de Senlis, accompagnés des gardes nationaux de Chantilly, de Pont, de Coye, de Saint-Firmin et de La Morlaye, firent, en présence de M. Leblanc (Charles-François), procureur syndic du même directoire, une visite au château de Chantilly qui se trouvait alors sous la garde et surveillance

du sieur Jean-François Bourgeois, ancien premier concierge.

Cette perquisition amena la découverte de i 20 livres de poudre, 40 à 50 paquets de cartouches, 39 fusils placés en divers endroits et qui étaient destinés à l'usage des gardes du château, 4 antiques canardières et 1 30 fusils de vieille origine ornant le cabinet des armes, puis une grande quantité d'armures et 250 vieux fîisils démontés qui se trouvaient dans la salle d'armes. Mais ce résultat ne satisfit pas complètement les esprits. Le 28 du même mois, on se rendit chez le sieur Aubry, armurier du prince de Condé, et là, on trouva, comme appartenant à ce dernier, 32 fusils dorés, damasquinés et garnis de maroquin noir, montés à gauche, 116 fusils ordinaires et quantité de sabres et d'épées dont la garde nationale de Chantilly revendiqua avec énergie la possession. Les commissaires n'ayant point qualité pour accueillir une telle réclamation, se contentèrent de remettre, mais à titre de dépôt seulement, tout cet arsenal aux gardes nationaux jusqu'à ce que le directoire ait avisé à ce qu'il conviendrait de faire. Celui-ci prit un arrêté qui prescrivit le séquestre des fusils dans l'hôtel de ville de Senlis, en autorisant toutefois les commissaires à distribuer ce qui était nécessaire pour la défense du château. Quant aux armes de luxe^ elles furent remises à la garde natio*

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nale de Chantilly^ et le 25 juin 1791 le directoire du département de l'Oise^ séant à Beauvais^ confirma cet arrêté*.

L'année suivante le château de Chantilly fut l'objet d'une nouvelle perquisition; mais cette fois c'était en dehors de toute légalité et par suite d'un envahissement purement arbitraire. La journée du 10 août 1792 venait de consommer la ruine du trône et le désordre existait de tout côté. Paris regoi^eait alors de gardes nationaux qui avaient quitté leurs provinces et qui avaient joué un rôle plus ou moins actif dans Tattaque des Tuileries. Le 1 5 août, vers cinq heures du matin^ une bande d'environ six cents de ces gardes nationaux traînant trois pièces de canon^ sortit de la capitale et passant par le village de Sarcelles^ fit irruption à Chantilly. Le château se trouvait encore sous la surveillance du même Bourgeois^ qui en avait été nommé séquestre en vertu de la loi du 8 avril 1 792, et qui, en cette qualité, y habitait avec sa Êimille. A la vue de tant d'hommes armés dont les vociférations et l'aspect n'avaient rien de bien rassurant, Bourgeois jugea prudent de se sauver^ lui et les siens : il se réfugia à Sentis, chez le citoyen Gayant, homme de loi, et son exemple fut suivi par les autres gardiens de telle sorte que le ehâ

]• Voycs le prooèfTerbal aux pièces jnttificatiyet.

leau demeura pendant toute la journée, à l'entière discrétion des envahisseurs, qui emportèrent tout ce qui se pouvait trouver à leur convenance. Cette équipée souleva d'énergiques réclamations de la part des habitants de Chantilly, et trois jours après (18 août) le conseil du département de l'Oise écrivit au président de l'Assemblée nationale pour se plaindre de ce que des gardes nationaux d'un autre département venaient faire de semblables réquisitions. Mais cette protestation n'eut guère d'effet, car le 27 du même mois une nouvelle bande de gardes nationaux de Paris avant à sa tète un sieur Decoutance. vint à son tour enlever divers objets du château, et tenta même de dégarnir complètement la salle d'armes.

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