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devaient n'emporter avec eux qu'un paquet d'effets d'habillement^ en laissant toutefois un état des meubleSy linges et bardes qu'ils désiraient avoir plus tard à Chantilly. I^s personnes qui possédaient une Voiture pouvaient s'en servir ; quant aux autres^ elles devaient prendre place dans des véhicules fournis à leurs dépens.
Le convoi quitta Beauvais le lendemain 27 de grand matin. Plus de quinze voitures se trouvaient à la file l'une de l'autre. C'étaient^ pour la plupart^ des charrettes. M. et Mme de Maupeou furent les seuls qui usèrent de leur propre voiture; M. de Merlemont^ quoique souffrant^ prit place avec sa femme et son jeune fils dans un chariot découvert , appartenant à un meunier du faubourg Saint-Quentin.
Toutes ces voitures, une fois chargées, s'alignèrent dans la rue deBresles où elles stationnèrent pendant près d'une heure, sous la surveillance de douze cavaliers, commandés par un nonmié Pigory, à qui le district de Senlis délivra le 29 août un mandat de 608 livres 15 sols, pour remboursement des dépenses faites en route. La délibération du district portait que cette somme serait prise par voie d'emprunt sur les fonds supplétifs des six derniers mois de l'année 1789^ sauf remplacement par les détenus d*après ce qui serait réglé
Pendant celte halte d'une heure, les malheureux prisonniers furent exposes aux attaques les plus plus grossières de la part de la populace qui leur lançait des invectives de toute sorte, telles que c accapareurs de choux et de souliers y » et autres de ce genre. On entendait surtout vociférer des femmes et des enfants.
Les détenus opposaient à ces violences^ l'attitude la plus calme et la plus digne. Leurs visages ne révélaient aucun abattement ; ils demeuraient empreints de la noblesse qui distinguait la miajeure partie d'entre eux, et la pensée de la mort qui les menaçait à chaque instant ne troublait pas davantage leurs esprits. Du reste, la moindre récrimination de leur part^ eût été probablement le signal de scènes terribles auxquelles chacun semblait s'attendre. La seule chose qui les affectât^ c'était de voir parmi ceux-là même qui les insultaient avec le plus d'acharnement^ des gens qui^ quelques jours auparavant, étaient venus avec succès faire appel à leur inépuisable bienfaisance. Parfois^ cependant, au milieu de cette foule menaçante, ils eurent la consolation de reconnaître quelques visages amis et plus d'un regard échangé furtivement leur montra qu'il y avait encore dans certains cœurs une vive sympathie pour eux.
Dès que le signal du départ eut été donné, la
porte de Bresles, qui jusque-là demeurait close, s'ouvrit brusquement sur Tordre du comité du salut publie, et le convoi quitta Beauvais.
A Marissel, il fût arrêté de nouveau par une bande de forcenés qui entourèrent les voitures et injurièrent violemment ceux qui s'y trouvaient. L'escorte qui accompagnait ces derniers eut toute les peines du monde à écarter cette foule menaçante : Tinsuffisance de cette escorte paraissait même avoir été calculée d'avance. Tout le monde supposait que CoUotd'Herbois avait espéré que, pendant le trajet de Beauvais à Chantilly, les prisonniers seraient l'objet de violences dont on ne pourrait pas les garantir, et qu'à la faveur d'une surexcitation générale, ces violences dégénéreraient en véritable massacre. Heureusement il n'en fut rien, et cet odieux calcul, à supposer qu'il eût jamais existé dans l'esprit du farouche conventionnel, fut déjoué par l'attitude imposante de ceux qu'on désignait à l'avance comme victimes.
Après s'être remis en marche, et avoir traversé Bresles où la population manifesta plus d'étonnement et de curiosité que d'indignation, le convoi arriva à Clermont. Là, suivant le programme arrêté par le conseil du département de l'Oise, on dina dans une auberge, et une partie de l'escorte abandonnant les détenus, fut remplacée par des gardes nationau
de la Ville, sous la conduite desquels on atteignit Creil, alors qu^il faisait déjà nuit. Aussitôt des mariniers et gens de bateaux accoururent, tenant en maindes torches formées de cordes goudronnées et vociférant à leur tour mille injures contre les malheureux prisonniers. La lueur rougeàtre des torches donnait à cette scène un aspect des plus sinistres.
Enfin , vers deux heures du matin on entra dans Chantilly. Le château était alors plongé dans une obscurité profonde : les voitures pénétrèrent dans la cour et les portes furent refermées sur elles. Le commissaire Notté s'avança aussitôt, et après avoir fait un appel nominal et avoir donné au chef de l'escorte un reçu des prisonniers qu'on lui amenait, il enferma provisoirement ces derniers dans la chapelle qui était entièrement dénudée, et plus tard, il les fit conduire dans des chambres qui n'offraien' pour tout mobilier qu'une espèce de grabat pai terre. De plus, ces chambres avaient été l'objet de fouilles nombreuses, exécutées par ordre du district, dans l'espoir de découvrir quelque trésor ; il en résultait que les murailles présentaient des ouvertures larges et multipliées, à travers lesquelles pénétraien* le vent, l'humidité, et surtout les exhalaisons fétide de certains fossés mis à sec en partie, ce qui rendai ce séjour insupportable*.
1. Ltê Priions en 1793, par Mme de Bohm, née Giraidin, p. 17.
Le premier convoi de Beauvais fut suivi d'un second qui, parti de la même ville le 1 "" septembre, se composa de quatorze personnes, entre autres , de MM. de Ck)rberon père et fils; puk on vit arriver, de jour en jour, d'autres voitures venant de Ck)mpiègne, de Clermont, de Senlis, de Noyon, de Crépy, de Chaumont (en Vexin), en un mot de tout le département de l'Oise. Ces divers convois eurent à subir pendant leur trajet les mêmes épreuves que celui de Beauvais : l'un de ceux qui étaient partis de Noyon eut ses voitures brisées en route; plusieurs détenus furent grièvement blessés et les autres restèrent quarante-huit heures sans repos, sans nourriture, constamment exposés aux menaces, aux insultes et aux provocations de leur escorte*. Un autre convoi, formé à Senlis, se composait de dix mauvaises charrettes dans lesquelles on avait entassé pêle-mêle les détenus et leurs effets. Ces voitures stationnèrent plus de trois heures en plein soleil.
C'est ainsi que vers la fin de septembre, le nombre des personnes conduites au château de Chantilly s'éleva à plus de 350. Pour loger tant de monde à la fois, on s'était empressé de diviser les belles galeries en espèces de casemates qui n'étaient séparées l'une de l'autre que par des cloisons en planches , n'attei-
1 , l£s Prisons en 1793, p* 19.
gnant même pas la hauteur des plafonds^ en sorte que les émanations se confondaient sur toute la ligne avec d'autant plus d'intensité que les croisées restaient fermées. Chacune de ces casemates contenait une dizaine de détenus^ sans distinction d'âge^ de sexe^ ni de condition.
Ainsi qu'on l'a vu plus haut^ la plupart des détenus avaient emporté avec eux quelques effets personnels^ mais les autres^ persuadés que leur incarcération devait éti'e de courte durée ou qu'ils marchaient à une mort certaine, avaient négligé de prendre même le strict nécessaire. Il leur fallut donc se pourvoir, à prix d'argent, des choses les plus indispensables. Le concierge se fit alors autoriser à leur vendre du vin, du bois, du charbon, de la poterie, et profita de cette circonstance pour exiger des prix excessifs : c'est ainsi qu'il loua successivement, à ceux qui n'en avaient pas et qui pouvaient payer, les matelas, les draps et les couvertures qu'il enlevait journellement aux détenus qui en étaient poiu*vus^
Les repas se faisaient dans les chambres. Le concierge s'était fait également adjuger le droit de nourrir les prisonniers à raison de cinquante sols par tête et cette somme était prélevée d'abord sur les riches. De plus, tout ce qui ne rentrait pas dans