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PENDAOT LA RÉVOLUTION. 37
dehors^ des provisions de toute nature. Plusieurs d'entre eux avaient même profite de cette tolérance pour obtenir des livres et des instruments de musique. C'est ainsi que Mlle de Pons, qui plus tard devint marquise de Tourzel, put se procurer un piano avec lequel , suivant son propre récit , elle charmait tous les soirs ses compagnons d'infortune. Rien du reste ne rapproche les cœurs et ne fait disparaître les distinctions du rang et de la naissance autant que la communauté du malheur. Aussi^ tous les prisonniers de Chantilly « vivaient-ils réellement comme frères et s'aidaient-ils mutuellement avec un zèle et une charité admirables \ » I^es jeunes gens se mettaient à la discrétion des vieillards et des infirmes |>our leur rendre mille services. Tantôt ils leur montaient un peu de bois; tantôt ils transportaient d'une chambre à une autre les provisions qui leur restaient. De leur côté y les femmes prodiguaient les soins aux malades et ne reculaient devant aucun sacrifice pour leur apporter quelque soulagement. On put voir ainsi Mme la duchesse de Duras soigner de ses propres miains^ jour et nuit^ une autre prisonnière qui couchait dans la même chambre qu'elle et dont la condition sociale était cependant bien inférieure à la sienne*. Enfin, la perspective
1 . Récit abrégé de la détention de Chantillj^ par M. Bucquet.
2. Mme U dacbesfe de Duraf ayait été amenée de BetUTaia à Qiautilly
nationale de Paris, qui se trouvait sous les ordres de l'adjudant-général Douay, la gai de extérieure des prisonniers *.
Toutefois, cet état de choses ne dura pas longtemps. Le procureur-général et le commissaire délégué à Chantilly, trouvant probablement que le règlement du 8 septembre était par trop doux pour les prisonniers, le modifièrent le 16 du même mois. A partir de cette époque on n'eut plus la faculté de se promener dans les corridors et le long des attiques^ que sur une certaine face du château et à certaines heures déterminées. Les malades et les infirmes durent se munir d'une permission spéciale pour descendre dans la cour et encore était-il défendu de s'approcher de plus de vingt pas de la grille extérieure. En outre, on ne put s'entretenir avec aucune personne du dehors sans témoin ni recevoir aucune correspondance de Senlis ou de Chantilly. Enfin les jeux et les instruments furent entièrement prohibés*. Le séjour dans le grand château devint donc de plus en plus triste.
D'un autre côté, une pareille agglomération de personnes dans des conditions aussi défectueuses ne tarda pas à amener des maladies contagieuses. La