Nous n'avons pas cru devoir publier ces noms
« Arlicle 5. — Les discussions et objections relatives aux arrêtés des représentants du peuple, celles surtout relatives au degré de parenté des émigrés ou du caractère de leurs agents; les modifications relatives aux infirmités ou situation particulière de quelques individus; les désignations de gens suspects^ même fonctionnaires publics qui n'ont pu être Élites assez positivement ni individuellement dans les arrêtés des représentants, sont réunis à la discussion du Comité. Il conférera à cet égard avec les administrations et suivant la gravité des questions^ il sera délibéré conjointement et définitivement avec elles sur les cas proposés.
w Article 6. — Le Comité de salut public de la ville de Beauvais correspondra régulièrement et surtout pour les faits importants^ avec le Comité de surveillance et de sûreté générale de la Convention nationale auquel il référera toutes les difficultés qui n'auraient pas été prévues dans le présent arrêté.
« Les représentants du peuple enjoignent à l'administration supérieure et particulièrement au procureur syndic général du département de l'Oise, de convoquer sans délai les citoyens ci-dessus désignés pour composer le Comité de salut public de la ville de Beauvais, pour, d'après leur acceptation, les installer, et mettre en exercice dans le jour et au
lieu qui sera désigné par le directoire dudit département.
« Collot-d'Herbois, — ISOBÊ. »
Des 0>mités semblables fiirent nommés^ le 26 à 0>mpiègne et le 27 à Clermont et à Noyon. Dans cette dernière ville, les conventionnels se plaignirent de ce que l'arrêté concernant les personnes suspectes n'avait pas été exécuté à Fégard des femmes : « L'intention de la Convention, dirent-ils, a été de faire subir aux femmes suspectes les mêmes arrestations qu'aux hommes. ^
Ces Comités entrèrent immédiatement en fonctions, et dès le 29 août, celui de Beauvais lançait dans tout le département une proclamation ainsi conçue :
Le Comité de salut public de Beauvais aux citoyens
du département de F Oise.
c Gtoyens ,
« L'expérience de quatre années de révolution a dû convaincre les vrais républicains, qu'une plus longue indulgence, qu'une fausse pitié perdraient inévitablement la République et que les mesures promptes et vigoureuses étaient à l'ordre du jour, jusqu'à ce que tous nos ennemis fussent terrassés. Tandis qu'un roi, l'étemel ennemi de son peuple, menaçait sourde-
ment d'envahir Paris et d'étouffer la révolution dès son berceau, si les citoyens de cette ville révolutionnaire se dissent endormis au sein d'une perfide confiance, c'en était fait, le soleil de la liberté s'éclipsait à son aurore, les cachots de la Bastille seraient encore le séjour de l'innocence et des hom* mes assez courageux pour arracher leurs frères à l'opprobre de l'esclavage en i 791 . Le dernier tyran des Français, par une perfide indulgence, fut absous de ses forfaits ; bientôt après, la corruption du gouvernement, des attentats perpétuels contre la liberté du peuple, le massacre du champ de Mars, etc., furent les fruits de cette indigne mollesse. Les éternels complices des rois, les nobles et les prêtres trouvèrent dans la générosité d*un peuple trop bon, le pardon de leurs trames contre-révolutionnaires ; on poussa l'aveuglement jusqu'à les appeler aux fonctions les plus importantes au milieu d'une révolution que leur éducation, leurs préjugés, leur orgueil, leur avarice, leur ambition, leur commandaient de détruire par tous les moyens possibles : aussi furent-ils dociles à un ordre dont ils trouvaient la légitimité au fond de leurs cœurs corrompus. A qui devons* nous attribuer l'invasion des frontières, la prise de nos places fortes, la perte de nos magasins, les déchirements intestins de notre patrie? Aux nobles et aux prêtres. L'impunité leur a assOjDié les riches
capitalistes qui ont ajouté aux crimes des nobles ceux qu'enfantent le luxe et les richesses, l'insensibilité, l'égoïsme et la cruauté : tout devenait, entre leurs mains, un moyen contre-révolutionnaire. Si nous avions des succès, ils les dénaturaient ou ils les révoquaient en doute; si nous éprouvions des revers, ils les grossissaient ; pour semer la terreur, ils répandaient le bruit de défaites chimériques et de déroutes mensongères de nos armées. Tournant contre la, patrie les richesses qu'ils avaient puisées dans son sein, ou qu'ils ne possédaient que par sa protection, ils alimentaient les armées étrangères d'or, d'armes et de munitions; ils payaient des hommes pour semer le désordre dans nos rangs ; agents de Pitt et de Coboui^y ils soustrayaient à la circulation, les denrées de première nécessité, ils soudoyaient les empoisonneurs de l'esprit public ; ils fomentaient la guerre civile, ils calomniaient, ils persécutaient, ils assassinaient les patriotes qu'ils ne pouvaient corrompre, ils étaient enfin le levier des forces étrangères réunies contre nous. Si le peuple, lassé de tout attentat à ses droits, manifestait son indignation, ils le traitaient d'anarchiste; si des membres de la Convention nationale, fidèles à leurs serments et luttant contre ceux de leurs collègues, complices de^ contre-révolutionnaires, résistaient de tout leur pouvoir aux progrès des satellites étrangers et déjouaient
leurs complots^ liés aux efforts liberticides des ennemis de l'intérieur^ ils étaient traités de factieux^ de proconsuls^ de dictateurs. Nos maux étaient à leur comble : la France^ envahie de tous côtés, travaillée par des déchirements intérieurs^ le noble livrant nos places fortes^ le prêtre secouant les torches de la guerre civile^ le négociant égoïste^ Tagriculteur insensible calculant sur la misère du peuple qu'ils étaient sur le point de réduire à l'impuissance d'exister, et de subsister. A des maux aussi grands^ il fallait appliquer des remèdes prompts et sûrs. En politique^ il faut toujoui*s aller à la source du mal quand le peuple souffre. Les vrais républicains^ les sans-culottes éUiient toujours les mêmes ; ils avaient la force et la volonté de terrasser leurs ennemis. La loi a parlé aux républicains^ ils agiront. Déjà les Comités de salut public, établis dans les principales villes de la République^ vont seconder de tous leurs moyens l'énergie des sans-culottes. Les membres composant le Comité de salut public de Beauvais^ ne resteront pas en arrière; ils périront à leur poste plutôt que de voir rétrograder la révolution. Surveiller la levée de bataillons de héros, leur faire remettre ces foudres, qui doivent écraser la horde des esclaves soulevés contre nous, veiller à l'approvisionnement de nos phalanges républicaines, séquestrer tous les ennemis de l'intérieur, tous ces hommes qui von-
(Iraient anéantir une révolution au sein de laquelle ils se sont enrichis^ tous ces hommes qui par la manifestation de leurs principes civiques, ont enhardi dans leurs projets d'invasion les despotes qui les ont comptés au nombre de leurs partisans et qui ont calculé leurs succès sur nos divisions, voilà notre devoir; il sera rempli. L'ennemi aurait- il jamais pénétré dans le sein de la République? aurait-il ravagé nos récoltes? incendié nos villes, tnassacré des milliers de nos frères? s'il eût su que tous les Français étaient des sans-culottes? Nobles, prêtres fanatiques, riches égoïstes, c'est votre ouvrage. La terreur, la corruption, les assassinats, les guerres civiles, voilà vos moyens. Vous seuls êtes la cause de nos maux. Le peuple aurait pu se venger d'une manière éclatante, .mais sa vengeance se bornera à vous séquestrer d'une société que vous vouliez ensanglanter et dissoudre, et à employer contre les ennemis de la patrie, le superflu des richesses qui vous servaient à nous affamer, ou à nous faire égorger. Il nous a choisis par l'organe de ses représentants, pour exécuter sa volonté, nous saurons obéir. Liberté, égalité, unité, indivisibilité de la République! voilà l'objet de nos travaux. Zèle, surveillance, justice, fermeté ! voilà nos moyens. Sauver la République ou périr I voilà notre devise. Le conspirateur doit
trembler^ mais le patriote pur n'a rien à craindre. »
Signé:
« T ALLOUA y président y Floury, secrétaire^. »
Vers la fin du mois suivant (27 septembre 1 793) le 3^ escadron de l'armée révolutionnaire fut dirigé de Paris sur Beauvais. Cet escadron était commandé par un jeune homme nommé Mazuel^ d'origine lyonnaise et qui, après avoir été simple garçon cordonnier^ était devenu successivement membre du club des cordeliers, employé dans les bureaux de la guerre, puis chef d'escadron de l'armée révolutionnaire, a Les soldats de cette armée^ dit M. Doyen^ ne parurent à Beauvais qu'en ennemis; ils se montraient en tous lieux avec leurs épaulettes de laine et leurs longues moustaches^ avec leur tenue sale et débraillée, leur langage ignoble^ leurs mœurs brutales et crapuleuses; faisant parade de leur enthousiasme révolutionnaire, ils s'immisçaient dans la police et l'exerçaient despotiquement^ vexant des citoyens inoffensifs sous prétexte qu'ils ne portaient pas de cocarde ou qu'ils n'en portaient pas d'assez apparente^ et comme ils avaient soulevé le mécontentement du peuple et de la municipalité^ ils disaient