‹ Le Chateau de Chantilly pendant la Révolution: arrestations dans le Département de l'Oise enChapitre 29 sur 75 · Histoire <U Beaupois, t. H, p · texte numérisé non relu

Histoire <U Beaupois, t. H, p

visionner comme une ville de guerre. Les aristocrates ont fait courir le bruit dans tout le département que ces escadrons pendaient les fermiers pour les forcer à donner leurs grains. Cependant la réquisition s'est exécutée tranquillement et tous les officiers de l'armée révolutionnaire ont obtenu des municipalités des certificats de bonne conduite.

ce LfC 3 octobre^ plusieurs membres de cette armée furent reçus au club de Beauvais et nommés secré- Wres. Ils s'aperçurent qu'un vicaire épiscopal qui présidait depuis cinq mois cette société^ y perpétuait le feuillantisme ; ils s'en plaignirent et demandèrent le renouvellement. Les patriotes étaient en force et le président fut changé.

€ Le lendemain 4, Ramon, membre de l'armée, se plaignit au maire de voir encore sur des édifices des emblèmes de la royauté; ils furent effacés; il l'avertit également qu'il avait vu sur des pièces de drap, ces mots : c^/Ve le roi. Le maire trouva cet objet minutieux et ne voulut point s'en occuper.

« Ce fait se répandit dans l'armée; elle fît observer aux citoyens qu'il était nécessaire de changer un maire qui avait ces affections royalistes et de renouveler une municipalité qui n'avait pas la confiance de la société populaire.

« Le maire fit rassembler les sections et l'on vit comment, à tel signal convenu, l'aristocratie les rem-

plit. Elles refusèrent de renouveler la municipalité : le soir^ la société s'assembla^ pour troubler la séance, on posta des petits enfants qui jetaient des pierres sur ses portes et dans ses fenêtres. Elle demanda une garde^ et six piquets seulement lui furent envoyés. A une heure, on vint l'avertir que deux pièces de canon étaient placées à la porte de la ville, vers le chemin de Paris; c'était pour empêcher quelques soldats de venir nous informer de l'état où se trouvait Beauvais.

a Le lendemain on vit entrer dans celte ville une foule d'habitants des campagnes, par groupes de vingt et de trente hommes; c'était le résultat du mouvement donné aux campagnes, pour seconder le mouvement sectionnaire. En effet, ils parcouraient la ville en criant : nous cous soutiendrons !

« Girard et Gramond, commissaires de la commune de Paris, furent envoyés vers vous par la société, pour vous présenter une pétition relative à ces événements et une adresse où l'on vous invitait à rester à votre poste.

« Ces citoyens furent arrêtés; mais un soldat de rarmée révolutionnaire échappa par un chemin de traverse et vint instruire le Comité.

ic On ne voulait pas exécuter à Beauvais votre

décret qui ordonne aux femmes de porter des cocar-

des. La société fut obligée d'en distribuer huit oents.

« Ainsi vous voyez dans ces événements la réunion sectionnaire^ son contact avec les campagnes, l'empêchement de renouveler un maire suspect^ la violation du droit de pétition et l'arrestation illégale des citoyens qui vous étaient envoyés.

H Le procureur général^ syndic du département^ est venu nous annoncer qu'aujourd'hui tout était tranquille à Beauvais; mais il est convenu que le mouvement des sections était contre-révolutionnaire.

(c De là résulte pour nous le devoir de dénoncer le mauvais esprit qui règne à Beauvais et d'arrêter le mouvement sectionnaire.

€r Ainsi vous vous trouverez dans la nécessité de punir fortement : car tout dépend de la première mesure.

« La Convention ne doit pas perdre un moment de vue toutes les sections de la République : c'est là qu*est le germe contre-révolutionnaire.

« Barrère présente un projet de décret que la Convention adopte ainsi qu'il suit :

c La Convention nationale^ après avoir entendu son Comité de salut public sur les mouvements contrerévolutionnaires de la ville de Beauvais^ décrète :

« Art. 1 •'. — Le citoyen Lebon se rendra sur-lechamp dans le département de tOise pour rétablir l'ordre dans la ville de Beauvais, et prendre toutes

les informations nécessaires pour connaître les auteurs de cette conspiration contre la liberté.

a Art. 2. — Les auteurs et instigateurs du mouvement sectionnaire de Beauvais seront traduits sur-lechamp au tribunal révolutionnaire.

« Art. 3. — Le citoyen Lebon épurera les administrations du département de l'Oise et les autorités constituées de Beauvais et Novon, en destituera les membres^ conformément au décret du 21 août dernier et fera arrêter toutes les personnes suspectes.

ce CoDPPÉ : Ce n'est pas seulement à Beauvais qu'on répand de fausses alarmes; je sais que dans le district de Noyon on veut aussi révolter les campagnes contre le mode de réquisition des grains et que l'esprit sectionnaire se propage dans le pays. Je demande que le représentant Lebon soit autorisé à le parcourir.

« Bourdon (de l'Oise) : On a voulu aussi soulever le peuple de plusieurs autres endroits contre l'armée révolutionnaire^ en montrant sous des couleurs odieuses l'objet de sa mission. Le paysan de ce pays est bon mais facile à trompe;* ; il a besoin de la présence d'un représentant du peuple.

« L'assemblée adopte l'amendement de Couppé*. »

1. Réimpress. du Moult. ^ numéro du 11 octobre 1793, t. XVIÎI, p. 84.

Heureusement pour le département de l'Oise, Lebon ne put remplir cette mission : il fut remplacé le lendemain par Levasseur (de la Sarthe) qui partit immédiatement pour Beauvais^ et transmit bientôt après à la Convention les renseignements suivants :

• BeauTaisy le TÎngt-unième jour du premier mois de l'an II (12 octobre 1793).

c< Arrivé à Beauvais, mon premier soin a été de voir toutes les autorités constituées : le même jour j'ai fait assembler la garde nationale de Beauvais^ l'armée révolutionnaire et un bataillon dé nouvelle levée : j'ai harangué tous ces corps; je leur ai peint les douceurs de la fraternité et les horreurs de la guerre civile avec toute la chaleur qui est dans mon caractère; les cris de Vwe la République! Vive la Mort' tagne! ywe la Représentation nationale! se sont fait entendre de toutes parts; la joie était peinte sur tous les visages, le besoin de s'aimer et de fraterniser remplissait tous les cœurs. Je puis assurer à la Convention nationale que dans aucune ville elle n'est plus respectée et chérie qu'à Beauvais.

a Les troubles qui ont eu lieu ici sont l'ouvrage de quelques aristocrates qui ont l'attention de se cacher derrière le rideau où j'espère aller les trouver. De f$iux rapports avaient aigri les esprits; hier, à la

société populaire il y eut des explications dont le résultat a été de resserrer les liens de la fraternité; la paix ne sera point troublée dans le département de roise.

« Le troisième jour de la troisième décade de ce mois, j^irai à Chaumont où doivent se réunir des députations de tous les districts de ce département à l'occasion d'une fête civique.

c( Je prends tous les renseignements pour connaître les auteurs et instigateurs des troubles et mouvements sectionnaires. Le rapport qui a été fait à la Convention n'est pas exact. Je mettrai sous ses yeux la vérité tout entière. Si les ennemis de notre sainte liberté se sont flattés de voir le département de l'Oise en insurrection, ils se sont bien trompés.

« L'armée révolutionnaire, la garde nationale et la troupe de ligne feront le service militaire concur* remment : les liens de la fraternité les unissent trop pour qu'ils se séparent.

a Levasseur (de la Sarthe*). »

Le lendemain nouvelle lettre dans laquelle le conventionnel déclare que l'union s'établît de plus en plus dans Beauvais; qu'il n'a reçu aucune plainte du cilojren Mazuelj commandant de l'armée révolution-

!• BéimfreuUm du Momt,^ n«da 15 octobre 1793, t. XVm, p. 118*

PENDAIilT LA RÉVOLUnON. 63

oaire; qu'on a fait à la Convention un rapport inexact; que les canons n'ont point été braqués contre l'armée révolutionnaire; qu'ils n'ont même pas été changés de place^ et que les membres de l'administration sont de bons républicains.

Trois jours après^ Levasseur appelé par le Comité de salut public à Paris^ en proGta pour donner de vive voix à la Convention des explications que le procès-verbal de la séance du 1 6 octobre reproduisit ainsi :

Séance du 25 du 1 "' mois de Fan II {\^ octobre M^Z%

« Babrèee : Les événements arrivés il y a quelque temps à Beauvais ont nécessité de votre part l'envoi d'un commissaire dans le département de l'Oise. Levasseur est celui que votre confiance avait désigné; il est de retour, il va vous donner des détails historiques sur les mouvements sectionnaires de Beauvais ; le Comité se bornera à vous faire connaître le résultat de sa mission. Beauvais est maintenant tranquille; les patriotes sont en majorité; le peuple est excellent^ mais il a besoin d'être bien conduit. Cependant les administrations qui devaient être re-

l.iï^M^ivMM»ii«(uJlfom/.,no du 19 octobre 1793, t. XVUI, p. 150-51.

nouvelées ne le sont pas encore ; les aristocrates ont profité des réquisitions qui ont été faites dans plusieurs endroits avec trop de violence, pour exaspérer le peuple et empêcher que ce renouvellement ne s'opérât, mais Levasseur va retourner à Beauvab el il achèvera le travail qu'il a commencé.

<c LëvasseijR : il est certain qu'il existe a Beauvais des gens qui auraient voulu exciter l'armée révolutionnaire contre les citoyens; des agitateurs ont voulu* profiter du trouble qui régnait dans les sections pour égarer le peuple, mais ils n'ont pas réussi.

« A Beauvais, comme partout ailleurs, le peuple est excellent : j'ai été reçu dans cette ville aux cris de Fwe la Montagne! J'ai pris des renseignements sur les autorités constituées de Beauvais : le Comité de salut public a été mal informé lorsqu'on lui a dit que les canons avaient été braqués contre l'armée révolutionnaire et que les habitants des campagnes étaient venus à Beauvais pour soutenir les aristocrates; le fait est absolument faux : quant aux canons^ ils n'ont point été dérangés; quant aux habitants des campagnes, ils sont venus à Beauvais pour assister à la foire qui se tenait dans cette ville.

« Mon travail était près sur les administrations qui, à dire vrai, ne sont point toutes aussi révolutionnaires qu'on aurait droit de l'exiger, quand j'ai reçu un ordre du Comité de salut public de me rendre à Paris.

(( En sortant de Beauvais^ j*ai été à Chaumont (en Vexin); un banquet civique était préparé pour resserrer les liens de la fraternité entre les citoyens; je n'ai pas cru devoir me refuser à l'invitation qui me fut faite d'assister à ce festin patriotique ; tout s'y est passé avec le plus grand ordre. A la fin du repas on a rédigé une adresse à la Convention et je me suis chargé de vous la présenter. La voici :

M Représentants^ vous avez abattu la tête du tyran « et posé les bases de l'égalité; il vous reste mainte- « nant à affermir votre ouvrage de manière à le faire c rester aux mains du temps : restez donc à votre « poste jusqu'au moment où la liberté ne courra plus « aucun péril. »

« U me reste maintenant à vous parler de deux citoyens qui ont apporté la nouvelle des mouvements de Beauvais et qui sont en état d'arrestation : ils jouissent généralement de l'estime de leurs concitoyens : de retour à Beauvais, je prendrai de plus amples éclaircissements sur ces deux citoyens : mais je pense qu'on ne doit pas plus longtemps les retenir en arrestation. »

Le même jour la Convention rendit un décret qui adjoignait à Levasseur^ André Dumont, déjà en mission dans le département de la Sonmie^ et Levasseur

s'empressa d'en transmettre à ce dernier la nouvelle en ces termes :

c Plaris, le 27* jour da premier mois.

« Mon cher collègue,

cr La Convention, par un décret, nous a réunis pour épurer les administrations du département de rOise. Je serai ce soir à Beauvais, je t'y attendrai^ je te prie de me prévenir de ton arrivée ou de l'impossibilité où tu serais de te rendre à Beauvais : je le crains par le dérangement de ta santé. »

« Levasseur (de la Sarthe) . »

De son coté le Comité de salut public écrivait à André Dumont :

« Le district de Beauvais appelle ton activité^ citoyen collègue ; le mal peut faire des progrès; mv réte-le dans sa source; pars.... frappe^ pulvérise les restes hideux de l'antique superstition; que la vérité succède au mensonge; que la raison marche et règne! »

V BlLLAUD-yAREIllIES^ BaBBÈBE, CtC. »

Page 1