‹ Le Chateau de Chantilly pendant la Révolution: arrestations dans le Département de l'Oise enChapitre 30 sur 75 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

André Dnmoiit. — Ce qu'il était. — Son arrÎTée à Beauvais. — Arrêtés prit par loi et par Levassenr (de la Sarthe). — Ses Voyages à Cornpiègne, à Oermont, à Senlis et à Noyon. *— Ses lettres à la ConTention. — U cesse ses fonctions. — La ConTention rapporte son décret contre la Tille de Beanrais.

La conduite d'André Dumont^ pendant la période révolutionnaire^ a été, de la part de ses contemporains^ l'objet des appréciations les plus contradictoires. Suivant les uns^ c'était un démagogue forcené^ n'ayant reculé devant aucune extrémité pour satis- Êiire sa haine contre les nobles et surtout contre les prêtres. Le style d'André Dumont dans ses proclamations^ ainsi qu'on le verra plus loin^ donne raison^ en la forme du moins^ à ces accusations. Suivant les autres, au contraire, et c'est ce qu'André Dumont a non-seulement déclaré plus tard à la tribune^ mais publié dans une sorte de mémoire justificatif imprimé en 1797, sous le titre de Compte rendu oar André

Dumont à ses commettants ^ ce style farouche et empreint d'un cynisme révoltant n'aurait été de sa part qu'une ruse de guerre pour «étourdir Robespierre et tous ses suppôts. » Il faisait^ dit-il^ beaucoup de bruit pour ne Êdre aucun mal et pour pouvoir, au contraire, faire le bien. « S'il a crié, tonné contre les ci-devant nobles et les prêtres, c'était pour les mieux couvrir de son égide, et les soustraire à la férocité des tyrans. » Enfin, toute sa conduite se résumerait dans la réponse qu'il fit à la tribune quand, accusé d'excès par ses propres ennemis, il s'écria : «t Vous me demandiez du sang, je vous ai envoyé de l'encre '. » André Dumont se trouvait à Amiens lorsqu'il eut

1. André Damont était né à Oûemont (Somme), le 2k mai 1764; il trait donc 27 ans quand il entra à la Conrention. En 1789, il possédait nn office de jndicatore et fut élu maire d'Oisemont, fonctions qu'il exerça jusqu'en 1791. Nommé ensuite député, il fut euToyé en mission dans plusieurs départements et derint au mois de Tendémiaire, an III, président de la Conyention; c*est lui qui présida le 12 germinal et pendant les journées de prairial. Plus tard, il fut élu membre du Conseil des Cinq-€ents par onze départements, et lorsque les préfectures des départements furent instituées, on lui en offrit une, mais il préféra la sous-préfecture d'Abberille et y demeura jusqu'à la première Restauration. Pendant les Cent-Jours, Napoléon l'appela à la préfecture du Pasde-ûdais, après TaToir nommé cheralier de la Légion d'honneur. Plus tard, la seconde Restauration le destitua et la loi du 12 janyier 1816 le força de s*exiler en Relgique. Rentré en France, après 1830, André Dumont se retira dans le département de la Somme où il Técut complètement retiré du monde, et mourut à Amiens le 19 octobre 1836.

Une publication récente {Un séjour en France de 1792 à 1795) contient une lettre écrite par un témoin de la Rérolution française le 6 jan-

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connaissance de la nouvelle mission qu'on lui confiait; c'est de cette ville qu'il écrivit, le 22 octobre 1793, à la Convention :

c Da premier en deuxième mois (22 ootobre 1793).

« Gtoyens collègues^ nouvelles captures; d'infômes bigots de prêtres réfractaires vivaient dans des tas de foin dans la ci-devant abbave du Gard : leurs barbes longues semblaient annoncer combien leur aristocratie était invétérée ; ces trois bêtes noires, ex-moines, ont été découverts cachés^ et après eux on a trouvé un trésor en terre....

a J'ai accepté, malgré ma fatigue, l'adjonction du département de l'Oise où je vais me rendre, parce qu'en nettoyant ce département je n'en trouverai que plus de moyens d'extirper le chancre cadavéreux

^îer \19k, et dans laquelle fe trouTe le passage sniraiit : c Dernièrement le peuple d* Amiens, dacs un moment d'efTerrescence et de mécontentementy a brûlé un arbre de la Liberté, et Dumont, le représentant, a été menacé; ce crime, dans le code rérolutionnaire, est d'une nature très-sérieuse, et quelque léger qu'il puisse paraître, il n*a tenu qu'à Dumont en cette circonstance de sacrifier un grand nombre de yies. Mais Dumont, quoique transformé en tyran par les circonstances, n*est pas sanguinaire ; il est par nature et par éducation passionné et grossier, et en d'autres temps, il n'aurait peut-être été qu'un polisson bon enfant. Jusqu'ici il s'est contenté d'alarmer les gens, de les dégoûter de la fie; mais je ne crois pas qu'il ait, directement on intentionndlement, causé la mort de personne, i

de Farislocratie. Patience, et j'en découvrirai bien d'autres.

« DUWLONT. »

Le même jour, seconde lettre ainsi conçue :

a .... Je viens de requérir l'arrestation des prêtres qui se permettaient de célébrer les fêtes ou dimanches; je fais disparaître les cruciGx et les croix^ et bientôt je comprendrai dans la proscription les animaux noirs appelés prêtres. J'ai dissous hier la société populaire, et j'ai nommé un Comité secret chargé du scrutin épuratoire....

ce Je pars pour JBeauvais, que je vais mettre au bouillon maigre avant de lui faire prendre une médecine. Les départements qui sont dans mon étendue vont s'élever à l'envi, et bientôt l'aristocratie au\ abois ne saura plus où se réfugier. La République ou la morti

a DUMONT. »

En effets il arriva à Beauvais le lendemain dans la soirée, se mit aussitôt en rapport avec Levasseur; destitua la municipalité qui existait, en nomma une autre et rendit, de concert avec son collègue, grand nombre d'arrêtés révolutionnaires. Les uns prescrivaient à la municipalité de « consigner aux portes

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tous les citoyens de h ville, » et même de &ire une proclamation à son de trompe pour que chacun ait à rester chez soi, sous peine d'être arrêté par des patrouilles organisées à cet effet; les autres enjoignaient au Comité de surveillance de fournir sur-le-champ des renseignements sur les personnes suspectes^ et de Ëdre incarcérer toutes celles dont la liberté pou* vait compromettre la tranquillité publique; le tout au moyen de visites domiciliaires qui devaient avoir lieu dans chaque maison^ de la caçe au grenier.

Et les autorités d'alors de s'empresser d'obéir^ té« moin les actes suivants :

BÊPUBLIQUE FRAlfÇAISE^ UNE ET IUDIVISIBLE.

LISEATÊ KT ÉGAUTÊ.

«r En exécution des volontés des représentants du peuple Dumont et Levasseur, en mission dans le dé parlement de l'Oise et pour le salut public, le citoyen Fauveau, maréchal des logis, maître-tailleur au 19' riment de cavalerie, stationnant à Beauvais quant au dépôt^ et sur son civisme reconnu,

ff Nous, procureur-syndic du district de Beauvais, en vertu des ordres qui nous sont donnés à cet effet,

et Invitons, et en tant que de besoin, chargeons ledit citoyen Fauveau de surveiQer autant qu'il est en son pouvoir les aristocrates, les contre-révolutionnaires.

n LE CHATEAU DE CHANTILYT

les malveillants^ et tous ceux qui oseraient former des complots ou proférer des propositions contraires à l'établissement et à la prospérité de la République^ une et indivisible^ de les dénoncer au Comité de surveillance de Beauvais, méme^ en cas de flagrant délit, de les arrêter sur-le-champ, pour les conduire audit Comité de surveillance qui, sur lesdites dénonciations et déclarations, prononcera ainsi qu'il appartiendra. La tranquillité de la atrie nous paraissant être, aux yeux du citoyen Fauveau, le but de ses démarches civiques^ il trouvera dans le succès de ses efforts la véritable récompense à laquelle un républicain doit être sensible.

« Le procureur-syndic du district,

ff BeaaTais, le cinquième clu deaxième mois de Tan II delà Républiqae| ime, indirifible et impérissable.

« Signé : RiGAULT. »

Et plus loin :

« Le Comité de surveillance révolutionnaire de Beauvais requiert le département de faire exécuter dans la ville de Noyon l'arrêté de Dumont avec toute Fénei^ie dont il est capable, c'est-à-dire de faire traduire à la barre de la Convention tous les saints, châsses et reliques, et notamment la fameuse chasse de saint Eloy, qui se trouve dans le corps du maîtit*-

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autel^ mesure que propose la section du Muséum de Paris.

« A Bcaimûsy le lextidi, 16 brumaire, deuxième amiée répnblioaine.

« Signé: Diot et Floury. »

Quant à André Dumont, il ne perdit point de temps pour édifier la Convention sur son attitude dans le département de POîse. En effet, dès le lendemain de son arrivée, il lui écrivit une lettre ainsi conçue :

Beanraifly le troisième jour du deuxième mois de la République française une, indiyisible et impérissable (24 octobre 1793.)

« Citoyens collègues,

« Arrivé hier soir à Beauvais, j'y ai trouvé mon collègue T^vasseur, qui m'a fait part de ses travaux. Pour mon entrée en fonctions, j'ai été notifier aux maire et officiers municipaux leur destitution. Après avoir installé les remplaçants, j'ai, séance tenante, requis l'arrestation des premiers. Qu'on ne me demande pas si les destitués parlent bien, ils sont encore à ouvrir la bouche. En quittant ces muets, j'ai été, avec mon collègue Levasseur, à la société populaire ; j'ai vu avec satisfaction que la séance était bien tenue; mais quelle glace 1 La chaleur du Midi aurait

pu à peine la dégeler. On y a lu un conte qu'on se disposait à vous adresser^ et par lequel il ne s'agissait de rien moins que de faire décréter que Beauvais avait été inculpé mal à propos^ et qu'il avait bien mérité de la patrie. Je vous avoue que je n'ai pu alors contenir mon indignation^ et je l'ai manifestée d'une manière peu propre à rassurer les malveillants. « Eh quoil (( leur dis-je, vous vantez votre patriotisme^ quand a des crimes ont été commis et que vous n'en avez « pas livré les auteurs au glaive de la loi 1 Vous vous c dites républicains, et les criminels ne sont pas même a dénoncés 1 N'espérez pas tromper la Convention. (V Je vais lui dire la vérité^ et n'attendez de moi au- « cun ménagement jusqu'à ce que cette ville soit a purgée de tous les royalistes^ modérés et feuillants a qui l'infestent. » Après avoir fixé l'attention du peuple sur tous ceux qu'il doit regarder comme ses ennemis et l'avoir engagé à concourir, avec Tarmée révolutionnaire et nous, à sauver la patrie, nous nous sommes retirés, mon collègue et moi. Les portes de la ville ont été fermées et le sont encore. Six officiers municipaux et six surveillants travaillent en ce moment à une visite domiciliaire dirigée contre les étrangers et les personnes suspectes. On n'était pas fait ici aux mesures révolutionnaires; les fonctionnaires publics ne connaissent pas les responsabilités capitales; les sans-culottes et le peuple ne se faisaient pas une

idée de l'énei^ie républicaine. Nous allons les mettre au pas^ et bientôt Beauvais sera rendu à la liberté. Nous avons passé en revue ce matin les escadrons de la cavalerie révolutionnaire. Cette cavalerie est composée de très-beaux hommes^ qui manœuvrent on ne peut mieux et paraissent très-subordonnés.

a DUMOUT*. »

Quatre jours après, il adressait une autre lettre ainsi conçue :

c Le leptième jour du deuxième moii de Fan II

(28 octobre 1793).

<K Autant j^ai lieu de me plaindre de l'esprit public à Beauvais, autant j'ai lieu de me féliciter du feu sacré du républicanisme que j'ai laissé à Breteuil^ où j'ai destitué et remplacé des ofBciers municipaux et des administrateurs du district. J'ai harangué le peuple deux fois; je ne l'ai pas caressé, je ne Fai pas flagorné^ et il a mieux senti et profité de ce que j'ai dit : je ne peux assez vous en faire l'éloge.

« Yoici le détail d'une fête qui a été célébrée à mon retour :

« Les autorités constituées, un bataillon de volontaires^ la société populaire^ les citoyens et citoyennes

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