‹ Le Chateau de Chantilly pendant la Révolution: arrestations dans le Département de l'Oise enChapitre 35 sur 75 · Monit. do 13 octobre · texte numérisé non relu

Monit. do 13 octobre

de charlatans qu'ils ont joué ; d'autres disent : nous étions des imposteurs et nous allons devenir les apôtres de la vérité ; d'autres enfin déclarent qu'après avoir été complices de toutes les atrocités commises au nom du fanatisme, il ne leur reste d'autre ressource que celle d'expier par leurs remords les maux qu'ils ont causés. Ils me conjurent de rendre publiques leurs déclarations afin d éclairer leurs semblables.

« Vous sentez combien la collection de ces déclarations sera intéressante. Des prêtres devenus hommes^ c*est sans doute là un miracle bien plus frappant que ceux que nous prêchaient les émissaires noirs. Partout on ferme les églises^ on brûle les confessionnaux et les saints; on fait des gargousses avec les livres des lutrins. Je reviens de Péronne où la fête de la Raison se célèbre avec toute la simplicité de la nature. Tout l'ordre des vrais républicains est dans les épanchements de la plus douce fraternité. Une montagne couverte de gazon était élevée sur la place ; une femme représentant la Liberté était à la cime. Tandis que les saints et les saintes se disputaient avec les titres de noblesse^ à qui brûlerait le mieux et disparaîtrait le plus vite^ la noblesse s'embrasa plus tôt et se réduisit en cendres. Le clei^é, plus dur et plus acariâtre^ fit quelques difficultés; mais il n'avait différé que pour mieux sauter^ et il fut en effet

détruit en un instant^ sans qu'il s'opérât même la moitié d'un miracle.

« Les campagnes avaient toutes des députés à cette fête; ils n'attendirent pas mon prône républicain pour crier : « Plus de nobles, plus de prêtres; la « liberté, l'égalité et la raison ! » Deux mariages se firent sur la montagne, et l'un des époux était en divorce. Cette fête, à laquelle assista mon collègue Duquesnoy, se termina par des banquets et des danses; mais ce qu'il est bon de remarquer, c'est le propos de plusieiu^s filles venues de la campagne :

w Ils viendront cor chez curés y nos dire que des « morciaux de bas sont des saints : oh ! leur dirons : a OS êtes des menieuSy oh ne isolons pus de ifous. »

« Il faut néanmoins convenir que messieurs les saints étaient des personnages bien précieux à garder; car j'apprends à l'instant que parmi tous ceux qui se rassemblent dans les salles du département, la seule têle de monsieur saint Jean vaut cent cinquante mille livres. Ils étaient si luxurieux, ces messieurs, qu'on avait fait à leurs os de petits édifices en or et en argent, et qu'au lieu de tuiles ou d'ardoises on les

avait couverts de pierreries.

« Ddmout, »

Ce langage passionnait de plus en plus les ardents patriotes du département de FOise. Aussi à la séance

du 1*'*' nivôse la Société populaire de Compiègne, sur la proposition d'un de ses membres, décidait qu'il serait écrit à André Dumont pour lui dire qu'il avait bien mérité de la Patrie et particulièrement de la commune de Compiègne, et lui annoncer que le Temple de la Raison avait fait, dans la ville, place à celui de V Erreur et de la Superstition.

Toutefois le surlendemain, la même Société rapportait son arrêté, mais seulement pour la partie énonçant que Dumont avait bien mérité de la Patrie, « sur le motif que cette couronne difficile à mériter ne devait être donne*e que par la Convention, plus à même que la Société de la décerner à ceux qui Pont véritablement gagnée; que pour elle, elle ne pouvait que payer de la plus vive reconnaissance les services essentiels rendus par Dumont à la République et particulièrement à la commune de Compiègne*. »

Le 8 du même mois, André Dumont était à Boulogne- sur-Mer et, de celte ville, il annonçait à la Convention, qu'il allait retourner à Noyon. « Je suis, ajoute-t-il, comme un missionnaire républicain : je prêche partout Famour de la patrie et à quelques intrigants près, et tous les prêtres et nobles, je croîs avoir tout converti. Salut. »

l. Art9Û9U de iû préfecture de roise.

Une fois revenu dans l^Oise, il écrit, dans les premiers jours de février 1794 :

« Les autorités constituées sont entièrement renouvelées dans ce département. Ces. opérations se sont terminées par une fête où on a fait un auto-da-fé des signes de féodalité.

« La cérémonie du mariage de deux prêtres a été célébrée : ils ont prouvé, par leur choix, qu'ils aiment encore les friandises.

« Jadis les satellites du tyran avaient massacré des citoyens dans la salle de spectacle de Beauvais; la salle vient d'être fermée et il eo a été construit une nouvelle dans une église*, j»

Plus tard, rendant compte d*un fait qui s'est passé dans l'arrondissement de Beauvais :

a II vient, dit- il, d'être commis un crime afireux dans la commune de Brée^y chef-lieu dans le département de l'Oise. Le jour même où l'arbre de la Liberté a été planté, des scélérats ont eu l'audace de le scier; j'ai fait arrêter les prévenus de ce crime et les ai fait traduire devant le tribunal criminel de

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