‹ Le Chateau de Chantilly pendant la Révolution: arrestations dans le Département de l'Oise enChapitre 37 sur 75 · Monit. du 28 février · texte numérisé non relu

Monit. du 28 février

a Considérant aussi que la grande quantité de témoins occasionnerait des frais considérables qui seront évités en faisant faire l'information sur les lieux ;

« Considérant enfin qu'il faut que la justice nationale fasse tomber les têtes coupables sur le lieu où le crime a été commis :

« Arrête que : conformément à la loi du 22 nivôse, le procès sera instruit par-devant les juges du tribunal criminel du département de l'Oise. En conséquence charge l'accusateur public près ce tribunal de faire sur-le-champ toutes les poursuites nécessaires contre les auteurs, instigateurs ou complices de l'attentat horrible commis à Bresles et le charge de lui rendre compte exact des suites de ce procès.

« André Dumowt*. »

1. Voici en quels termes M, Doyen raconte cette affaire : « Le 9 férrier au matin le district (de Beauvais) fut informé que Tarbre de la liberté de la commune de Breiiles arait été scié pendant la nuit. L'ageni national Girard et un membre du Comité de surveillance furent expédiés sur-le-champ à la recherche des coupables avec une escorte de 50 ca?aliers de Tarmée réTolutionnaire et des dép6ts. Après une longue enquête, quatre ou cinq malheureux furent arrêtés et transférés dans les prisons de Beauvais et l'on rapporta en même temps Tarbre coupé comme « témoignage s de la violation des droits du peuple....

c Avant de quitter Bresles, Girard fit dresser un poteau de 8 pieds d'élévation à la place qu'avait occupée Tarbre de la liberté et j plaça rioscription suivante en gros caractères :

c Le 21 pluviôse une main infâme et criminelle a ici coupé l'arbre

Dans une autre lettre datée à Amiens^ du 4 ventôse. Fan U (22 février 1794), il s'exprime ainsi :

« Tous nos ci-devant sont arrêtés, et il n'est pas de moyen qu'ils n'emploient pour prouver qu'ils ne sont pas de la caste justement maudite qu'ils chérissaient. Si la république était, comme la monarchie, appuyée

facré de la liberté. Les bons républicains doirent apprendre, par cet attentat, à Teilier continnellement à ce qne les ennemis da peuple ne puissent jamais attaquer sa souveraineté; quand les coupables seront punis de leurs forfaits, il sera replanté Tarbre de réunion et de la liberté qui alors, sûrement, sera conservé par les vrais républicains. U les coavrira de Tombre de son feuillage respectable, et c*est au pied qu'ils apprendront à aimer et à suivre les lois de la nature et celles delà République. Guerre étemelle aux tyrans, aux ennemis du peuple, et paix aux chaumières, ainsi qu'à leurs babiUnts. Vive la République! »

ff André Dumont se trouvait dans le département de la Somme, lorsqu'on lui demanda de prononcer sur Tattribution de cette affaire. Il avait à choisir, en vertu de ses pouvoirs, entre le tribunal révolutionnaire de Paris et le tribunal criminel de Beau vais : il préféra ce dernier. On voulut entourer le jugement d'une solennité qui fît sur les esprits une impression profonde, et le tribunal désertant le local ordinaire de ses séances, alla siéger dans la salle immense de la Société populaire. Les accusés comparurent au nombre de cinq ; c'étaient les nommés Fortin, Devienne, Larive, la femme Fortin et la femme Devienne, tous appartenant à la classe des cultivateurs, tous dans la force et Péclat de la jeunesse. Environ 90 témoins furent entendus, et le 2k février (6 ventôse) après deux jours de débats, suivis avec anxiété par plus de 3000 spectateurs, le jury composé en grande partie de révolutionnaires ardents, acquitta Larive et les deux jeunes femmes et déclara coupables Fortin et Devienne. Le président Dagueaux prononça Tarrét de mort contre ces deux infortunés, et le 25 février, à onze heures du matin, leurs tètes tombèrent à Bresles, sur le lieu même du délit, i {ffist. de la pUU de BtawaU^ t. II, p. 435.)

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sur les crimes^ elle pourrait vendre la roture comme on vendait la noblesse; nos ci-devant achèteraient cher le nom honorable de sans-culottes.

ce DUMONT. »

\je 16 du même mois (6 mars 1794), il se rend a Compiègne^ assiste à la séance de la Société populaire^ monte à la tribune et dans un discours souvent interrompu par les applaudissements, il annonce « la défaite prochaine des tyrans coalisés » et manifeste le désir de voir les citoyens se livrer au délassement de la danse les jours de décade^ après la lecture des lois et le chant des hymnes patriotiques. Il termine en disant « que la commune de Compiègne a présenté à la République le plus grand exemple dans la révolution, celui de se bien montrer, et assure qu'il en rendra le plus fidèle compte à la Convention nationale.

En effet, il écrit le même jour à ses collègues :

« A l'exemple de Paris et de Versailles, la commune de Compiègne prouve toute l'horreur que lui inspire le seul nom de roi. Les habitants sont tous à la hauteur et s'il y existe de faux frères, ils s'y tiennent bien cachés. La Société républicaine y est ex-

cellente et très-suivie ; la jeunesse y reçoit une belle éducation; tous les moyens sont mis en œuvre pour faire chérir la révolution. La Convention est révérée, les lois y sont exécutées et la chose publique va bien. IjCS forêts n'y sont plus dévastées; la leçon que j'ai donnée aux voleurs de bois et la surveillance qu'on exerce dans la forêt, tout concourt au respect de cette propriété nationale.

« L'esprit public, dans le district de Clermont, se prononce bien, et bientôt les communes du département de l'Oise rivaliseront en amour de la liberté et de la république.

« On vient de trouver dans les livres de l'infâme Voyer d'Argenson deux gravures sur satin, l'une représentant Capet, d'exécrable mémoire, et l'autre son fils, monté sur un dauphin, portant devant lui un médaillon sur lequel se trouvent les figures ignobles de deux raccourcis; on lui fait tenir à la main un drapeau couvert de fleurs de lis au milieu desquelles on voit la figure de la fille de la scélérate Anioinelte.

<r Ces deux gravures sont envoyées au Comité de sûreté générale. »

Le lendemain André Dumont se rend à Senlis, il assiste à la séance de la Société populaire et « dans un discours énergique, il développe les mesures

diaprés lesquelles on peut et l'on doit juger les patriotes; il rappelle aux vrais républicains les sentiments qui doivent seuls pénétrer leurs cœurs, et leur fait sentir que le niveau de l'égalité n'est pas un vain nom, un mot vide de sens; il leur démontre que tôt ou tard le rasoir national ne peut manquer d'atteindre les tètes coupables; il invite à la paix, à la concorde, sans lesquelles il ne peut y avoir de liberté, de bonheur, d'égalité, de république*. »

De Senlis il retourne à Amiens et y écrit le 25 ventôse (1 5 mars 1 794) la lettre suivante qu'il adresse aux membres des Comités de surveillance du département de l'Oise :

« Un vaste complot a été ourdi : le Comité de salut public vient de le faire connaître, il n'y a pas un instant à perdre, citoyens; il faut arrêter tous les intrigants, tous les ennemis de la République. Ne laissez pas en liberté un seul individu suspect; toutes considérations doivent cesser et disparaître quand il s'agit du salut public; surtout ne souffrez plus que les individus notés d'incivisme restent chez eux; faites-les promptement incarcérer, à peine d'être vous-

1. Procès-verbal de la téaDce du 17 ventôse, an II. {Archivu dt la fréfêcÈ. dé à'OUê,)

mêmes destitués. Le coup de massue est portée tous les emiemis de la patrie doivent tomber.

c Vive la République 1 »

a DUMONT. »

r>eux jours après le départ de cette lettre, il en reçoit une autre du Comité de surveillance de Beau* vais, où figure le nommé Prieur dont nous aurons occasion de parler plus loin ; on y trouve le passage suivant :

« Nous sommes en train de balayer la scélératesse de notre commune; mais depuis longtemps ceux qui redoutent notre surveillance, vont se réfugier dans les campagnes où ils conspirent à leur aise, et se placent même. Fais-nous délier les mains, faisnous rendre le ressort du district et nous te répondons sur notre tête de le purger de tous ces scélérats qui retardent la marche du gouvernement révolutionnaire. Réponds-nous par le même courrier; nous attendons pour agir en vrais sans-culottes.

ce Salut révolutionnaire.

« Signé: Prieur^ etc., etc. n

Aussitôt André Dumont de répondre :

u Je vous félicite, citoyens, de vos opérations et

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de votre zèle : je dois me rendre chez vous le 1 1 . Je m'y serais même rendu aujourd'hui si je n'avais été retenu indispensable ici où je ne suis arrivé que hier. Je vous envoie quelques exemplaires d'une adresse que je vous engagea lire : je suis informé qu'on débite que plusieurs fonctionnaires publics vont être arrêtés. Je n'ai pas besoin de vous observer qu'il ne faut pas écouter les passions de certains individus et que vous devez être doublement circonspects lorsqu'il s'agit d'un fonctionnaire public^ que les passions, les jalousies et tous les genres d'aristocratie poursuivent avec acharnement. Pesez mon opinion dans l'adresse que je vous envoie et jugez-la. Oui, les citoyens Saint-Just et Robespierre vous l'ont dit, la malveillance veut entraîner dans l'abime les véritables patriotes; déjouez toujours les infernales manœuvres des intrigants. Soyez tenîbles envers tous les ennemis de la patrie^ mais défiez-vous de l'intrigue et ne précipitez rien. Quant aux fonctionnaires publics^ si vous avez des doutes sur certains d'enti*e eux, prenez les mesures de sûreté^ mais n'oubliez pas que j'arrive le 1 1 et bornez- vous jusque-là à surveiller ces fonctionnaires.

« Salut et firaternité.

« Signé : Dumout, représeniant du peuple. »

Puis, quelques jours plus tard^ il lance la proclamation suivante:

« La République ou la mort^.

a André Dumont^ représentant du peuple dans le département de la Somme et de l'Oise ,

V A ses concitoyens, à ses frères et à ses amis,

c< La République s'aftermit chaque jour, les trônes s'ébranlent; les despotes sentent approcher la mort; les prêtres, ces animaux voraces, ces fléaux de l'espèce humaine, rougissent du rôle infâme qu'ils ont joué ; les ci-devant nobles sont reclus ; il ne nous faut plus maintenant que de l'union pour écraser nos ennemis. Les intrigants se réveillent, la calomnie est mise en usage, mais nous voulons être libres^ nous le sommes et rien ne résistera à notre volonté. Le royalisme chercherait en vain à relever sa tête hideuse; la vertu confond toujours le crime; le fanatisme voudrait en vain ressusciter de sa cendre, la vérité luit et la raison triomphe. Un peuple qui veut être libre, un peuple en révolution, est un torrent qui renverse ce qui s'oppose à son passage. Riches égoïstes, accapareurs, voudriez- vous aussi avoir ce

1 Séance da oonseil d^adroinittration da diftrict de NoyoD, da 16 ger* minai. {Arck. Jt iapréf. Jt tOuê,)

rôle à jouer dans la scène nouvelle des intrigants ? La mort est votre partage, les Français sont républicains^ ils chérissent la vertu autant qu'ils détestent le crime. Hommes à préjugés , hommes jadis pleins d'orgueil, ci-devant nobles insensés, quel est donc votre espoir? Seriez-vous assez stupides pour prétendre au retour de l'ancien régime? Vous vous croyiez alors des personnages importants ; vous étiez cependant ce que vous êtes aujourd'hui, à la seule différence que vous étiez des fous en liberté et qu'à présent vous êtes des furieux justement enchaînés. Vous, vertueux républicains , vous, amis de la justice, appuis de l'innocence, pères des pauvres et partisans des vertus sociales, écoutez un concitoyen, un frère, un ami, écoutez- le et pesez ses réflexions. « Une trame infernale, une coalition horrible menaçaient la liberté; l'assassinat de vos représentants devait être le début de la scène sanglante qui devait déchirer la France; cette trame a été déjouée; les chefs des conjurés ont subi la peine réservée à tous les ennemis de la République ; leur projet était de perdre les patriotes et de les sacrifier tous. Craignez d'être encore les dupes des intrigants; depuis longtemps je vous prêche de la défiance envers les patriotes de fraîche date, les aristocrates déguisés, les intrigants affublés d'un bonnet rouge; depuis longtemps je fixe vos regaixls sur cette méta-

morphose des muscadins en carmagnole ; méfiezvous de ceux qui ne cessent de vous dire qu'ils soDt républicains : un véritable patriote ne le dit pas^ il ne cherche pas à faire juger ses sentiments par son costume; il lui suffit de faire le bien^ et il trouve la satisfaction de l'homme vertueux, qui en payant sa dette civique, rend encore hommage à la vertu. Frappez hardiment tous les aristocrates^ les modérés^ les ennemis de la patrie : mais en tenant en main la massue nationale, tenons de l'autre la balance de la justice. Un fonctionnaire public^ un membre du Comité de surveillance doit avoir un bandeau sur les yeux et bannir toutes passions ou considérations particulières. Le bien général et la justice, tels doivent être les mobiles de ses actions. Dans la Société même on doit étouffer les haines^ les rivalités, les jalousies et les passions^ on ne doit avoir que celle du salut public. Les seuls ennemis des républicains sont ceux de la patrie.

a André Dumont. »

Cependant^ à la fin du même mois un arrêté du Comité de salut public mit fin à la mission d'André Dumont et lui enjoignit de rentrer dans le sein de la Commentions Dumont rédigea alors et fit imprimer

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