id, (28 norembre 1794), t. XXn, p
être parvenu. Me voilà depuis quelques jours dans le département de l'Oise, peu avancé encore dans cette carrière révolutionnaire; j'y ai goûté déjà la satisfaction la plus douce. Il est délicieux pour mon cœur de te la faire partager.
« La fête du malheur a été célébrée à Beau\'ais décadi dernier; la vieillesse, l'indigence et la nature y ont été honorées et secourues. J'ai été le distributeur de la reconnaissance nationale : c'est un des plus beaux moments de ma vie.
« J'ai embrassé, au nom de la Convention, les êtres
les plus intéressants Les larmes du sentiment
ont coulé de tous les yeux; tout le monde était heureux de la grandeur de la République et de la justice de la Convention.
ce II ne manque plus à la félicité des habitants de Beauvais que la proclamation du décret sollicité par Richard le 8 du mois dernier.
a r^ crime affligea cette cité; que la justice la console et que la gloire lui soit rendue.
« Tout à la République et à la Convention.
'c Signe : Pérard. »
« Un membre réclama alors le renvoi au Comité de salut public pour faire un rapport sur l'annulation du décret, par lequel la ville de Beauvais avait
PENDANT LA RÉVOLUTION. i05
été déclarée en état de rébellion^ mais Legendre (de Paris) s'y opposa en disant :
« D n'est pas besoin d'un renvoi pour cela; je demande expressivement le rapport de ce décret. J'ai été envoyé dans cette commune en qualité de commissaire du Conseil exécutif, avec Jean Debry et Merlin (de Thionville), tous deux députés alors à l'Assemblée législative; nous parlâmes aux habitants de cette commune, nous les excitâmes à voler à la défense de la patrie : il ne reste à Beauvais que les vieillards, les femmes, les filles et les enfants. (On applaudit.) La Convention a été trompée depuis par des conspirateurs qui égaraient l'opinion.
« Levasseur (de la Sarthe) : Je rends la même justice aux habitants de cette commune. Ils ont toujours été attachés à la liberté et à la Convention ; il est très-vrai que l'Assemblée et le Comité de salut public ont été abusés par un rapport faux en tous ses points.
« Ui« MEMBRE. Par Mazuel.
u IsoRÉ. Je demande l'insertion de la lettre au bulletin. T^a commune de Beauvais n'a jamais été déshonorée, malgré les menées du contre-révolutionnaire Mazuel et autres qui Font calomniée. La Convention nationale a déjà chargé le Comité de salut
i06 LE CHATEAU DE CHANTILLY.
public de faire un rapport à ce sujet, et j'invite Richard, rapporteur, à le présenter au plus tôt. »
L'insertion de la lettre fut accordée et la Convention vota à l'unanimité le rapport du décret qui déclarait Beauvais en état de rébellion.
La nouvelle de ce résultat causa une vive joie dans le chef-lieu du département de l'Oise. Aussitôt la municipalité se réunit et écrivit à la Convention pour la remercier :
« La commune de Beauvais, disait-elle, a beaucoup souffert des suites du décret du 17 vendémiaire. Le rapport de ce funeste décret rend justice à des citoyens qui n'ont cessé d'être enthousiastes de la liberté; il livre aux remords ces intrigants audacieux qui, à l'aide de complots supposés, ont fait trembler les bons, ont accueilli les méchants, insulté aux mœurs, suscité des haines et poussé le peuple au
désespoir Continuez de signaler les ambitieux,
les fourbes et les hommes de sang, etc., etc *. »
Tels sont en raccourci les principaux événements qui s'accomplirent dans le département de l'Oise, pendant les années 1 793 et 1 794, et qui montrent quel était à ce moment le courant d'opinion qui y dominait.
Revenons maintenant au château de Chantilly.