‹ Le Château de Chaumont dans l'histoire et les artsChapitre 25 sur 68 · LES S A R D I N I · texte numérisé non relu

LES S A R D I N I

« Sardini, gentilshommes Lucquois. »

( Registres paroissiaux de Chaumont.)

ous avons laissé Chaumont aux mains du duc de Bouillon , en ouvrant une parenthèse pour résumer l’histoire des arts dans la région en un tableau général, qui nous a semblé préférable à l’émiettement exigé par l'ordre purement chronologique. Avec la plus vive satisfaction nous reprenons la suite des annales des seigneurs.

Charles-Robert de la Marck vendit la terre de Chaumont à Scipion Sardini, originaire de Lucques , cité où le commerce florissait avec éclat au xve siècle. Scipion Sardini, attiré en France par Catherine de Médicis, était doué des plus fines qualités de sa race et lit une fortune considérable comme financier, ainsi d’ailleurs que son frère Marc- Antoine Sardini. bien connu sous le règne de Henri IV. Les capitaux dont il disposait favorisèrent ses goûts pour les arts et en firent un Mécène '.

' La prospérité des affaires des Sardini inspira le distique suivant :

Qui modo Sardini, jam nunc sunt grandia cete :

Sic alit Italicos Gallia pisciculos.

A Paris, clans le quartier Saint -Marcel , au coin des rues de la Barre et du Fer-à-Moulin , il bâtit un hôtel qui se faisait remarquer par sa galerie à arcades élégantes, surmontées de médaillons en terre cuite non émaillée, dans le style de la Renaissance. Malgré les transformations subies par la maison, «qui est occupée maintenant par la boulangerie des Hôpitaux, on y remarque encore des arcades et des médaillons qui conservent une partie de la physionomie ancienne.

Sur les bords de la Loire ,

Scipion se complaisait également à montrer le luxe et le goût d'apparat propre à son tempérament. A Blois, il avait une demeure bâtie et meublée de la façon la plus agréable, et qui figure encore parmi les maisons les plus curieuses de la cité sous le nom d’« Hôtel Sardini »; on y remarque notamment une galerie et une chapelle rehaussée de peintures. Dans ses terres, il aimait à se faire appeler « vicomte de Buzaney et baron de Chaumont)), suivant les qualités mentionnées par un auteur ancien.

Bailleurs, les goûts fastueux de Scipion étaient partagés par son épouse, M"° de Limeuil, cpii fut célèbre en son temps. Elle était tille de Cilles de La Tour d’Auvergne, seigneur de Limeuil, et de Marguerite de la Cropte, et comme telle, cousine de l 'illustre vicomte de Turenne. On sait la passion qu’elle inspira à Coudé après la mort de son premier mari. La belle Isabelle de Limeuil eut une large part dans les lauriers que Ronsard décerna aux plus jolies nymphes de son temps. Il lui fit même l’honneur de lui dédier les trois livres des nouvelles poésies, parus en 1564. En tète du Recueil, le poète écrivit ce sonnet :

A Y S A B E A U DE LA T O U R DAMOISELLE DE LlMEUIL

Quand on ne peut sur le chef d'une image Mettre un bouquet, il le faut mettre au pie;

> tel Sardini à Blois, cour, galerie et escalier.

Le cœur sans plus qui est humilié,

Rend de nos faits et de nous tesmoignage.

Moy qui ne puis vous donner davantage Que ce livret qui vous est dédié,

Non sur le chef en lin or délié

Ma is à vos pieds je l’appends pour hommage.

Recevez donc, ô divine beauté,

Non le présent, mais bien la volonté;

Prenant mon corps et mon esprit, madame,

L’un pour vous servir, l’autre pour honorer.

Ainsy Dieu veut qu’on le vienne adorer,

Quand pour offrande on donne corps et âme.

Le train de maison de Scipion Sardini et de la belle Isabelle était en rapport avec leur fortune, et nous apprenons quelque chose du mouvement des affaires de banque par des pièces découvertes fortuitement. En faisant des recherches dans le minutier ancien de M° Laugier, notaire à Montrichard, nous avons rencontré une série de feuillets, formant chemises, et provenant de comptes du xvi° siècle. Ils comprennent deux catégories : les uns de format in-folio, et les autres in -4°. La rédaction est en italien et d’après le même procédé, avec mention de la date, des sommes versées et du livre général avec indication du contrôle. Plusieurs feuillets ont perdu leur numération, marquée au recto et au verso. Les comptes se rapportent aux années comprises entre 1582 et 1585, et sont ceux de la maison Scipion Sardini. Indépendamment des questions de banque, on y rencontre de nombreuses mentions relatives aux membres de la famille, aux enfants, aux serviteurs, aux fournisseurs et à tout ce qui peut nous apporter des indications sur leur train de vie ordinaire et extraordinaire. Nous avons copié textuellement la teneur, en mettant à part ce qui regarde la famille des seigneurs de Chaumont, avec quelques renseignements d’un intérêt plus spécial. Chaque article est contresigné d’une signature abrégée avec paraphe.

Entre les chapitres du compte, il en est un sous la rubrique de « Mous, de Chamont ». Il lui est versé, au cours dé l’année 1582, la somme de 2 563 livres 19 sols 12 deniers, dont les parties sont d'ordinaire remises « al suo homo », par paiements inégaux et irréguliers, qui vont de 66 à 350 livres; en un endroit, en janvier, on voit un versement de 200 livres, et un autre de 300 livres.

Parmi les personnages qui ont un compte ouvert chez Scipion Sardini, de 1582 à 1585, nous mentionnerons un certain nombre d'Italiens, dont plusieurs exerçaient la profession de banquiers. Ce sont : Scipione d’Albani, Stefano de Poggio, Erancesco Cenami de Lion,

Giuseppe e Giov. Bat. Cenami de Lion, les Massei Benedetto et Alexandro, Giuseppe de Nobili, Rieciardi Favre, Michel Arnolfîni, Bonnivi de Lion, Cesare Rimini, Alessandro Fanucci, Giacomo Giorgini di Marsilia ; ainsi que Alderigho Lorani, Tomazo del Bene, les Capponi, Maximiliano Mogama, Carlo Saldagna, Fabio de Nobili, Martio Mieheli, Ottavian Déni, Scipion Balbani, Bastian et Horatio Boccella, Lelio Garzoni.

Du côté des Français, on relève : « Mons. de Boues, » que l’on voit notamment verser 200 livres à un « sergent » ou huissier, pour son procès ; Hemon, M. Molier, Morin de Vernon, M. Malo,

M. Mos, M. Gbaron, M. Dupré,

M. Finies ; « M. Forget, » en 1583, peut-être le secrétaire du roi, qui touche 86 livres pour l’intérêt de trois mois, dont 3 livres 10 sols pour « currattaggio » ; M. Spitame, « pour le retirer de prison, » et auquel on voit des intérêts à Toulouse ; M. Bellefame de Clermont, M. de Talcy un parent que nous retrouverons),

M. Combault , M. de Metz ,

M. Bouguin , Pierre Le Conte,

Ballocien , receveur du Mans.

Nous rencontrons aussi M. de Castellan , Pinson , greffier de Châteaudun ; M. Broc, receveur de Nevers ; le receveur du Mans (d’Eumans); M. Petrequin, receveur de Clermont (en Champagne) ; M. Le Ceux, receveur de Saint-Quentin ; M. Loys Petit, receveur des tailles du Forest; M. Raoul Le Conte, receveur général du Languedoc; M. Castiglo, receveur du clergé; Risciome, receveur des tailles de Lyon; le receveur de Clamecy ; et Baccellieri, receveur de Chartres.

Dans les rangs des personnages notables , on remarque encore le secrétaire de « M. de Schomberg », le secrétaire du « comte de Wistenburg », le secrétaire du « comte d’Arengrave », le secrétaire des Allemanni » et le clerc de M. de Lobespine. Au sujet de ce dernier, on lit : « donai 2 livres au clerc de M. de Lobespine, pour avoir les lettres de la reine pour le duc de Mercœur et maréchal de Retz,

et 2 1. 10 s. pour envoyer un messager d’Angers avec les dites lettres. » En outre, on relève pour le compte de « M. de Guise » , 00 livres, et on constate les rapports financiers avec « le commandeur de Birague », et ailleurs, « le si’ Pierre Birague ». Une famille, dont la mention mérite davantage d’ètre signalée, est celle des Strozzi. En 1582, Camillo Strozzi touche une somme de 1800 livres; il est cpies-

tion d une « cassette de

lettres du cabarettier envoyée à Strozzi » , et le port, payé à Francesco Cenami de Lion, coûte 3 livres; ailleurs, il est versé 100 livres à Strozzi ; à deux reprises , on parle d’un « messager envoyé à Strozzi en Auvergne ». Plus loin, on précise et, en deux circonstances, il s’agit d’envoi à « Riom » pour Strozzi, notamment de deux cents lettres portées par le messager et, une autre fois, de deux cent soixante lettres, avec « 5 livres pour port de deux arbalètres envoyées en Auvergne à Strozzi ».

Au nombre des clients des Sardini figure le « Roi de Navarre ». Il s’agit du

Les Parques (Diane de Poitiers et ses filles), futur roi de F™nce, qui avait

marbre attribué à G. Pi lion, musée de Cluny. llérité du trône de Navarre

de son père Antoine de Bourbon, en 1572, en attendant d’occuper le trône de France sous le titre de Henri IV. Les guerres qu’il soutint pour le compte de la Réforme ou pour appuyer ses droits à la couronne l'amenèrent souvent à recourir aux banquiers. Pour ce qui est de la maison Sardini, nous trouvons dans ses livres les mentions suivantes :

1582. « Il Re di Navarra de havere a di 6 aprile 1. 178 datomi contanti Stefano di Poggio per il riscosso delli fermieri di sua Maesta; — 1584, a di 14 gennaro, 1. 2 384, sailli per lui dal recevitore di Catteau-Novo ; a di 4 marzo, 1. 350, santi per lui dal detto recevitore ; a di 12 maggio, 1. 19. 6. 8, santi dal detto contanti in 20 pistoletti ;

a di 16 luglio, 1. 500, santi contanti del detto. » — D’autre part, « les agents de la reine de Navarre » touchent, en particulier, 375 livres avant le 23 février 1582, et, de plus, 400 livres.

Les membres de la famille Sardini apparaissent dans le compte d’une manière plus expresse et plus intéressante pour nous. Les associés, d’une façon immédiate, sont Marc- Antonio Sardini et Davino Sardini, dit « di Lucca », à l’ordre desquels s’effectuent des opérations en France et à l’étranger. Marc-Antonio Sardini apparaît dès 1577 et, dans le compte de 1582, il est dit avoir versé 375 livres « aux agents de la reine de Navarre » , et on le voit figurer dans les comptes de 1584 et 1585. Pier Angelo Sardini paraît en maints endroits ; un chapitre de celui-ci pour l'année 1582 dépasse 2800 livres ; son compte de 1583 comprend une longue série de sommes qui vont de 3 livres à 1 40 livres, et montent à plus de 1750 livres, et il figure çà et là dans le compte d’autres personnes. M. Vincentio Sardini se montre rarement et touche, une fois, 33 livres pour frais de voyage à Damar. Jacomo-Felice Sardini a un compte ouvert conjointement avec Fabio de Nobili, et on y relève, en 1582, des sommes montant à 6000 livres; en 1583, à 650 livres, et en 1585, à 600 livi •es. Giovanni-Battista Sardini nous apparaît dans ses rapports avec les fournisseurs d'habillements. En 1583, il est dit avoir eu « plusieurs robes et vêtements » ; en 1584, il est l’objet de la même indication, jointe à la mention du « calzolaro Lorenzo » , « de passementerie de soie pour un habit et autres étoffes ». Orlando Sardini a un compte de 321 livres.

Au cours de ces fragments épars on voit une seule fois la mention : « Pour compte du s1’ Scipion Sardini, » avec l’indication 18 livres,

LES SARI) INI

et ailleurs, « pour madame Sardini, » 220 livres. Dans le détail des fournitures, on relève « un chapeau de castor, de la serge de Milan, quinze chemises et deux douzaines de mouchoirs pour moi », du velours pour une paire de chausses, des vêtements en serge de Milan , en camelot de Flandres, des futaines, sans oublier les boutons et les rubans, un chapeau de castor fourré de velours et une paire de bottes. Gomme mention se rapportant plus directement aux arts, on remarque « des pierreries achetées à un tailleur de pierreries » , et plus particulièrement des ouvrages d’orfèvrerie; mais par malheur le nom de l'artiste a été rongé par le temps. On observe l’indication « d’une nacelle d’argent qu’il fait pour moi » , et une série de versements montant au moins à 400 livres ; une « histoire de Castruccio doré avec stuc » , et un bassin, sur la valeur duquel il y a un acompte de 100 livres; de la vaisselle d'argent pour 600 livres ; enfin , « payé 30 livres à M. Pier Bordel, peintre, pour les portraits de mes fils et filles. »

Il y a çà et là des mentions relatives à la maison et au « domestique » de Scipion Sardini. En septembre 1582, « pour dépenses de mes fils, » 30 livres; « a compte sur les dépenses de mes fils, » 45 livres. On relève d’assez fréquentes dépenses pour les chevaux, et aussi pour le transport d’un carrosse. On rencontre le valet de chambre Marino, Catherine sa sœur, une fille de chambre, la nourrice de M. Alexandre, la nourrice de M. Paolo, le tailleur, le cocher, le jardinier Jean, les cuisiniers Michel et Etienne, le serviteur François, François de Flandres (peut-être le même), le Gascon, Pier Angelo, la fille de chambre de madame, un page, un suisse, le serviteur Cornélius de Flandres. Parmi divers détails, nous remarquons la mention : « Per conto délia mia donna, » 100 livres. Et puis, à quelque chose malheur est bon, surtout au point de vue des renseignements, et, grâce à la note du médecin, nous sommes au courant de l’état de santé delà famille, en particulier des enfants. Le 24 février 1583, M. Lefèvre, médecin, avait reçu 333 livres; ailleurs, on voit les honoraires du médecin « pour visites faites à mon fils »; et, du même coup, un messager s’en va <( à Beaugency pour donner à madame des nouvelles de mous. Paul », et un cavalier se rend à Bossy. Enfin, si nous jetons les regards sur les menus faits divers, nous relevons, en 1582, venant de Marseille à Lyon, une « boitte de bouteilles », dont le port coûte 3 sols 8 deniers, ainsi que deux barils, payés l livre 3 sols 5 deniers ; un « coffre pour mettre les écritures » , et le port d’un coffre de madame, payé au messager de Soissons.

Entre temps, le seigneur de Chaumont avait omis de remplir un

devoir féodal d’ordre essentiel, et le seigneur de Bellievre fil en conséquence opérer une saisie du domaine. L’affaire, portée devant la Cour, fut tranchée par elle dans le sens du demandeur. Aussi, le 28 septembre 1600, François Vasselin et André Bernier, commissaires de la seigneurie, furent « receüz en foy suivant l’arrest de la Cour du 10 juin, obtenu par le seigneur de Bellievre qui avoit faict saisie de la terre ». Au demeurant, le seigneur de Chaumont entretenait les meilleurs rapports avec les personnages les plus qualifiés et s’associait à leurs sentiments d’allégresse. Dans l’église chaumontoise , le 5 octobre 1601, eut lieu le « baptême de Paul, fils de noble homme M. de Bonacoursy, trésorier général, et de Suzanne de Suzax, sa femme; le parrain haut et puissant seigneur Paul de Sardini, fils du haut et puissant seigneur Cipion de Sardini, et la marraine dame Anne lîuzé, dame de la Herpinière [signé) : Paul de Sardini, Anne liuzé ».

Mais il semble qu’il fut dans les destinées de Chaumont, au xvii° siècle, de voir « les commissaires » exercer leurs exploits judiciaires à défaut de l’accomplissement régulier des devoirs féodaux. Le 1er juillet 1603, en vertu de la commission et à la requête de Fontaines, sergent au bailliage de Blois, on saisit « le beau chasteau, terre et seigneurye de Chaumont », et furent établis commissaires P. Joucber et François Vasselin « par faulte de foy non faicte ». C’est qu’en effet, à cette époque, la possession de Chaumont fut l’objet de rivalités qui s’expliquent par les charmes non moins que par l’importance de ce beau domaine.

Une grande dame, nommée Diane de Luxembourg, rêvait des délices de cette résidence et des merveilleux horizons de la Loire. Son mari, Just de Pontailler, ainsi appelé d’une localité sise dans la Côted’Or et sur la Saône, et qui possédait la baronnie de Pleurs (dans la Marne, au canton de Sézanne), partageait les goûts de sa femme. Au nom de celle-ci, usant du droit seigneurial dit retrait lignager, il obtint la possession du domaine désiré. Par une obligation bien douce en la circonstance, Just de Ponlallier (sic) fit la foi et hommage, au mois de février 1604, non sans qu’on lui rappelât, en même temps que la fidélité inviolablement observée, le devoir de faire « l’adveu dedans le temps dé la coustume ». Dans cet acte, il est dit que c’est « le vingt-huitiesme jour de febvrier 1604 qu’a été reçu la foy et hommage de Just de Pontallier ». Dans le registre des fiefs du comte de Blois, on lit : « 1603, Foy et hommage par Just de Pontallier pour retrait sur Scipion de Sardigny, Registre journal. » Mais ce détail importe peu, et un arrêt du Conseil d’Etat, du 2 août 1605, porte que Scipion Sardini, lequel a acquis les droits du maréchal de Bouillon

LES SAliDINI

sur le domaine de Beaufort, devra payer annuellement 3200 livres au receveur de cette terre.

Dans l’intervalle , Chaumont avait changé de propriétaire pour venir aux mains de Nicolas Largentier, sieur de Vassemain et fermier général des gabelles. En 1605, Largentier fit la foi pour la terre de Chaumont , mais ce fut pour peu de temps, et la seigneurie devait rester définitivement à Scipion Sardini et à sa famille. Le 6 décembre 1607, on voit comme parrain « haut et puissant seigneur Paul de Sardini »

et marraine « Magdeleine de Roffîgnac, fille de noble homme Jacques de Roffîgnac ( signé ) : de Roffîgnac. » En l’année 1608, Scipion de Sardini fit l’hommage qui lui incombait.

Le château, meublé avec un luxe en rapport avec les tendances de l’époque et avec les goûts des seigneurs, offrait un vif intérêt, et un contemporain, Bernier, le vieil historien du Blésois, nous a laissé ses impressions. « L’an 1600, écrit-il, Scipion de Sardini, gentilhomme Lucquois, qui avoit suivi Catherine de Médieis en France, retira cette seigneurie comme lignager à cause de son épouse de la maison de LaTour, de la branche de Limeuil, sur le sieur Largentier, qui en estoit alors seigneur. Tous les seigneurs et princes de la maison de Médieis sont peints au naturel dans la salle basse du château , et Ton voit dans celle d’en haut trois grands tableaux qui représentent les batailles du fameux Castruccio Castracani, capitaine Lucquois. Il y a encore à présent quelques meubles de bois de la reine Catherine de Médieis qui ont quelque chose de singulier, et il y avoit du vivant de M. le comte de Sardini, dernier seigneur de cette maison, quelques beaux morceaux de peinture, et entr’autres une détrempe d’André Mantagne , dont le triomphe de Castrucce estoit le sujet et dans laquelle il y avoit une infinité de figurines et de personnages diffé-

Tombeau de Catherine de Médieis à Saint -Denis. Dessin de Gaignières.

LES S A RD INI

rents, rangez d’une manière admirable. Cette pièce est à présent chez M. le comte de Roussi. »

Le seigneur S. de Sardini touchait à un âge avancé. Il se trouvait à Paris à l’été de 1608, quand il fut emporté par la maladie. Sa dépouille mortelle fut conduite à Chaumont, ainsi que nous l’apprenons par l’acte suivant : « Le sabmedi, 3° jour de may 1608, feste de l’Invention Saincte Croix, environ les ix heures du soir, est deceddé haut et puissant seigneur Sipion de Sardiny, ainsi que ses officiers m’ont rapporté et a esté amené ensuite dans son carrosse par le s1' César Ysamber Lespagnol son fils, jusques en ce lieu où il est arrivé, le dimanche xie may à l'issue des vespres, il a esté mis en repos en son chastel dans la salle d’icellui où il a esté veillé jusques au dimanche xvnf du dit moys environ deux heures après midi, que l’on a apporté le dit corps en la dite église Mr Saint-Nicolas, où il reposa jusques à ce que, madame de Sardini et ses enffans soient venuz pour disposer de l’enterage; il a esté dict par chascun jour une messe haulte avecq les suffrages et ung Libéra à la fin jusques au mercredi xix novembre , lequel jour Mous, de Méry est party de ce lieu pour retourner à Paris et pour la dite messe haulte il n’a baillé qu’en tous 36 livres, touttes fois le s1' Debart notaire a fait continuer à dire une messe basse tous les jours jusques au bout de l’an. »

Cependant en la frondaison fleurie de l’été, une gracieuse solennité religieuse allait apporter l’allégresse au château et à l’église, abrités presque sous les mêmes arbres séculaires. Les cantilènes de la mélodie sacrée devaient marier leurs strophes harmonieuses avec les gais refrains des nouvelles cloches, dont les notes argentines s’égrenaient au loin dans la vallée, emportées par la brise du soir. Au premier rang de la fête figuraient les hôtes de Chaumont, qui avaient accepté le rôle de parrain et de marraine. C’est aux registres paroissiaux que nous empruntons l’écho de cette touchante cérémonie.

<( Le samedi xxviii0 jour de may 1608, ont été benistes deux cloches que les habittans ont faict refaire et fondre, l’une de l’église Mr Saint-Martin, et l’autre de l’église Mr Saint-Nicolas, celle du dit lieu de Saint-Nicolas est du costé sur la rivière de Loire, beaucoup plus petite que l’antienne qui est vers le coustau, et ont esté parrains les dames et seigneurs de Chaumont, le sr César M1S Thomas Ysambert et Marguerite Jalligny, femme et épouse de Loys Le Noir, et a esté nommée Marie. Et celle du dit Saint-Martin, qui est dans le cemetière, a esté nommé Marguerite, et ont esté parrains noble homme Claude Cosson, sr de Bury, Me Pierre Le Qeulx, greffier, et Margue-

rite Peloquin. » Une note ajoute que le marché avait été passé devant Pierre Lecomte, notaire à Chaumont.

La belle Isabeau de Limeuil, dame de Chaumont, ne devait pas survivre à son mari une année entière. Elle se trouvait dans la capitale quand elle décéda au printemps suivant. Ses restes furent ramenés auprès de son époux, et, cette fois encore, les registres paroissiaux nous ont transmis l’écho fidèle de la cérémonie mortuaire. « Le mercredi premier jour d’apvril 1609, y lisons-nous, est arrivé le corps de madame de Sardiny, assisté de M. Nicollas de Sardiny, et a esté porté en l’église de nions' Saint-Nicolas avec belle solempnité, laquelle estoit déceddé à Paris le xxve de mars, ayant receu les s. sacremens de notre mère saincte Eglise, et faict une belle repentance ainsi que me dict son fils Nicollas. Il a esté faict ung service par moy prestre, ung autre par un cordellier, ung par les moynes de Pontlevoy. Le service de sépulture n’a pas esté faict, ni du dit deffunct si' de Sardiny, ni aussy de sa deffuncte femme. »

Les réflexions contenues dans cet acte de sépulture donnent à entendre que la conduite de la défunte n’était pas demeurée à l’abri de tout reproche. Mais aussi elles autorisent à penser que le repentir avait enveloppé dans les plis du pardon les erreurs d’un cœur trop facile. 11 serait assurément fort curieux de retrouver quelque registre de famille pour nous éclairer sur les détails de la vie domestique. Du moins, à défaut d’un volume un peu complet, nous avons découvert dans l’étude de Me Laugier, notaire à Montrichard, deux feuillets in-folio d’un compte des Sardini se rapportant aux années 1609 et 1612 1 .

1 Nous transcrivons ici la teneur, qui est à la fois en langue française et italienne:

Pour la somma du foglet cy de contra 1.282 1. 10 s.

A René fama de Cammera di Mad“ pour si acepter un capparon : 4 1. Pour le parte a Chomont de labito di Nicolao : 3 l.A Madla de Vandono pour faire acomoder sa caffia a deuil: 4 1. A Me Adrian tailleur pour ses parties pour la faction de plusieurs abigliement de deuil sivant la quitance : 19 1. A Mer Moreau pour acepter une pièce de cammelot noir pour faire des rideos au carosse de Mada : 11 1.

Puis pour le sieur de Rufignac, sr Lodovico son frère, le ser de Nieri Cesere Rorra quatre capeos, quatre bas de soie, les ciapaux, 9 1.; les bas de soie, 10 1.; quatre peres de giratières, quatre doxines de gaglietes, quatre aulnes de ruban de soie 21 et une cintora por le dit Cesare, le tout : 90 1. 12 s. Doner à Mor Moreau pour se faire abiglier : 25 1. Dones à Nicolas Nobelin, coder, pour un cappeau et una pere de bas : 5 1. Dones à Suret, apoticaro, pour se faire abiglier : 40 1. Rendu à René fama de cammera de madama qui avait doue allô suissero pour sacepler un cappeau et une pere de giratières : 9 1. A Jean Canteur pour la faction de plusieurs abitz de deuil sivant les parties et quitance: 206 1.

Au coniable por une pere de giratières, une doxine de gaglietes de ruban de soie et un cappeau, le tout 29 1. 10 s. Paiés à Mor Roier marciant de draps de lena pour draps fornis pour le deuil, savoir 2310 sur mada de Chastilion et 3000 sur Mer le Berton, métré des comptes à Paris: 5510 1. Pour la somma ens comine les frais faicts par madama Sardini laquele doibt le vin0 de may la somma de 1. 52, io dones à madama Délia Reveria pour

Scipion de Sardini et Isabelle de La Tour laissèrent pour héritiers trois garçons: Nicolas, Paul et Alexandre. Nicolas fut seigneur de Prinçay et épousa Marie Daullé, ou Dollet, dont il eut une fdle, Isabelle. Paul reçut le domaine de Jouy, et Alexandre hérita du

luy acepter aile quinze de tela dolanda; cinquanta cinque lalla, et ailes deux et demi; lire quatro et soldi dieei lalla, le tout : 52 1. 10 s. Le xvi j. doues ad Antonio Le Sec, marciant por étoiles a elle vendus sivant la quitance : 81 1. 5 s. Dones a René fama di caméra de madama pour acepter une alla de fustana pour doubler un coprs et acepter deux lacets : 2 1.

Le xxim j. done a M01' Chovelino por dirisser la minuta du contrat che la diet dama devait passer avecq madama la princessa de Conde : 9 1. 12 s. Dones a M01' délia Battue que le luy avoit promis pour un accordio faicz aveeque ella a causa délia sucesion de Mo»' de Limeuil son frere ([ui estoit morts: 1950 1. Le pimier de juing rendus alla Croce pour frais qui avoit faicz par la dicta dama sivant son récépissé : 49 1. Donés à René pour donner alla Brossa medicin, 3 1.4 s.; alla Croce pour son certilîcato pour una consultation faicte avec M°r (en blanc) et Mor Langlois pour la terra de Bosancy : 12 1. 16 s.

Dones alla Broce, alla dicte dame des lots et ventes de la terra de Bosancy. Le ix paies au sieur Bartholomeo Cenami qui avoit acepte alla dicta dame en janvier vic vi por sa promesse rendue : 300 1. Au (liez la Croce pour aler à Soison pour prendre posesion délia dicte terra de Bosancy sivant le stato des frais par luy faietz : 40 1. 10 s. Leprimier julliet dones alla Bisetta pour le deuil faict pour la dicte dama ence comprins 6 1. pour Madl'a de Vandomo : 126 1. A René pour acepter délia fustana et un ruban pour madama : 3 1. 10 s. Dones à Mer Chovelino pour consulter sur une sesie faicte le trésorier de Francie. A Voison pour la terre de Bosancy : 3 1. 4 s. Au dicz pour altra consultation sur le contract de mariage faicz aveeque M01’ Sardini : 6 1. 8 s.

Alla Croce pour faire corriger sentence du provost de Parigi done contra elle et ses enfans : 4 1. 16 s. Dones alla Croce pour faire reformer le don des los et ventes de Bosancy :21.2s. Dones a Godion, procureur délia dicte dame au eastelleto : 3 1. 10 s. Dones au clero du dicz Godion pour une sentence et comision pour envoier signifier à M01' de Marsac et madama de Marsac :31.6s. Le vne, dones alla Croce pour faire cereier et expedier une sentence obtenue levesque de Soison contre Mo»- le prince de Condé : 3 1. 6 s. Pour faire cercer une altra sentence obtenue parle dicz evesque contre mada la princessa de Conde :16 s.

1612. — Pour la somma du fogliet cy de contra : 17437 1. 9 s. - — Dones a M0»' Mercieri, procureur en castellet de Paris, pour frais contro alcun de creantieri délia dicta dama defunta .4 1. 15 s. — Paies à Verier, pour la desciarge délia dame Dyour (?) d’une de ses obligation. — Dones à Félix bordeur pour quatre armores en broderie pour metere aux ruelles de la dicte dame : 20 1. — Rendus à M°» Rimi que avoit prestes a ma dicte dame, 300 1. et 25 1. pour les interestz d’un an et un moy : 325 1, — Paies à Robert Dubois, sellier, pour besognes faictes de son mestieri pour la dicta dama: 13 1. 10 s.

Dones à M01' Chaveau restant délia somma de deux mil cinq cent livres deubz au dicz Chaveau délia quale somme de xvo le dicz Chaveau avoit transportes à Mor de Nitri et le dicz sr de Nitri au dicz Chaveau : 1500 1. — Au une janvier 1612, donnes a un notaro près la porta St Germano pour la desciarge délia altra obligation délia dame Depin : 5 1. 12 s. — Pour un servige faicz dire aux Cordeliers por la dicte dame : 4 1. — Le xx septembre dones à mada Bragelona pour sa rente de inc escue au mois de mars dernier : 300 1. — Pour une copia délia transaction faicte (entre) la detta dama et la sieur délia Batue : 3 1. 19 s. — Dones a Caron qui avoit prestes alla dicte dame sivant la somme rendue : 75 1.

Paies alla fama qui luy donoit le laicz danesse : 20 1. — A Bertrant tapesieri pour avoir garni la cammera délia dicte dama apres la more du defunto Mor Sardini : 196 1. — Dones à Mor Giris trésorier de France a conto des arrerages que mada de Funtaliny devoit pour la rente de sa terra que luy a vendue : 1000 1. — Dones à M»' Vinter le xxim septembre a conto de ce que Mada defunta luy doitz : 1000 1. — Paies à M1’ Cenami et Spada pour deux casses de confitures de Genes faicz venir par madama en diner : 6 1. 10 s.

domaine de Chaumont. On voit à celui-ci le titre de « comte de Sardini et seigneur de Chaumont ». En cette qualité, Alexandre recevait en particulier un hommage qui fut enregistré le 27 septembre 1613.

D’ailleurs, les membres de la famille vivaient dans l’union la plus intime, et le château des bords de la Loire était le rendez-vous des enfants et petits- enfants, autour desquels nous rencontrons les alliés et les amis avec la meilleure société des environs. C’est aux actes <( baptistaires » que nous demanderons de nous renseigner à cet égard, avec le double caractère de certitude et de simplicité sans fard qu’ils portent avec eux.

Le 2 janvier 1610, « Nicolas de Sardiny » est parrain avec, pour marraine, Philippes Lenoir ; le 22 février, c’est avec Marie de Yigenere, femme de noble homme Adrien de Bonacoursy. Le 28 octobre, on voit parrain noble homme René Depauge (ou de Pogge) avec sa femme, demoiselle Isabelle de Salviati ; les signatures portent : (( Elizabeth de Salviati et René Depauge. » La même fonction est remplie, le 10 décembre 1611, par « Nicolas de Sardini , gentilhomme Luquoys », et, le 17 mars 1612, par « noble homme Nicolas de Sardini, gentilhomme Lucquois, » avec dame Marie de Yigenere, épouse de noble homme Adrien de Bonacoursi, sr de la Iierpinière. Au cours de l’année 1613, le 20 février, on rencontre Isabelle de Sardini, marraine avec noble homme François de Launay, et Nicolas de Sardini, parrain avec Isabelle de Salviati. Le 16 mars, Isabeau Lecomte, fdle du procureur fiscal de Chaumont, fut tenue sur les fonts par « Nicolas de Sardini, gentilhomme Luquois, gouverneur de Chaumont », et par

— Paiers a Bartolome Comartin aiant transportés de Nicolay délia Comba cessonario du Capitan selle en ce au restant dare loro messa de 1. 390 que la dicte dame avoil été condamnée au conseil de la luy paier : 390 1.

Le xviii0 juing por sa renta, paié à madama Bragelona : 300 1. — A Claude Narlat di caméra de mada a conto de ses gages : 18 1. — A m01' Vacherot pour un année des arreragi délia renta que madema defunta devoit à madame Bragelogne laquale avait fait condaner m«' Nacherot la racepter corne fiez : 300 1. — 48 1. que lui paia laiant faicz condaner pour frais que avoit faicz contre eux : 48 1. — Dones à Madla Buit Dubois pour restant de ses gages : 90 1. — Paies à Mor de Nieri qui avoit preste alla dicte dame : 46 1.

— Paié à Pierre de Segale que le défunt lui devoit : 36 1. 18 s. — Pour resto di conto arreté par la dicte dame: 126 1. — Donc alla Batue et retire une obligation de la dicte dama qui la quita pour la dicte somma : 500 1. — 1613. Le xxx juing doner à Vacherot pour une année délia rente que la defunta devoit à Mada Bragelona : 300 1. — A Bernardin Santucci que Paulin son frère avoit preste alla dicte dame : 36 1.

Paies à Mor Vinter a conto de ce que la defunta luy doitz : 450 1. — Au pot de vin que la defunta lui devoit : 10 1. — A Barberon tapisieri pour parties faictes pour le liez de damas cromesi tane sivant la quitance en may 609 : 240 1. — A Jehan Lagogue, pour son mestieri pour passa mano crepine franges tane cremosi aceptes de lui la defunta pour le liez de damas cromesi sivant la quitance : 236 1. 10 s. — Pour la somma del’altra parte : 25760 1.15 s.

« dame Isabeau de Sardini, dame de Talcy, veuve de messire Lorenz de Salviati, vivant sieur du dit lieu. [Signé) Ysabelle Sardiny, Nicolas de Sardiny. »

Le chevalier Paul de Sardini avait la confiance absolue de la reine Marie de Médicis, qui lui confia notamment une mission délicate. Au cours de l’année 1620, la reine mère résolut de soumettre au roi des considérations au sujet de ce qu elle estimait profitable pour le bien de 1 Etat et la bonne administration des différentes affaires du royaume. « La charge de porter cette lettre fut donnée à Sardini, qui la reçut d’autant plus volontiers qu’outre que le

Rouen (où il avait tenu

le parlement), reçut l’avis de l’envoi du dit Sardini, tant il était exactement averti de toutes choses par les traîtres qui étoient entre nous... Sardini arriva près du roi le 14, à Dives; il lui fut fait défense de donner aucune lettre à Sa Majesté, de la vue duquel même il fut privé, quoiqu’il dit qu’il ne portail rien qui offensât le sieur de Luynes. On lui fit passer pour grâce de ce qu’on ne le privoit point de liberté, et qu’on lui permettoit de retourner auprès de la reine. Ainsi le s1' de Luynes, au lieu d’écouter ses plaintes, sollicita le roi de le presser et oppresser elle et les siens par les armes. Sardini ne fut pas plutôt de retour que l’on apprit que la suite des armes du roi était semblable à leur commencement. Luynes trouva peu de résistance à Caen 1 . »

Dès le commencement du xvn“ siècle, Chaumont était en possession d’un maître chargé d’instruire la jeunesse. Sous Louis XIII, nous trouvons Jacques Lascart investi de cette fonction, d’autant plus digne d’intérêt qu’elle est plus modeste. Ces sentiments étaient partagés par les seigneurs; le 18 mars 1614, Elisabeth, « fille de Jacques Lascart,

1 Collection Petitot, Mémoires de Richelieu, t. XXII, p . 78-79.

style en était doux et respectueux , elle était encore accompagnée d’une autre, par laquelle la reine rendait raison de cellelà, » ne le pouvant faire de vive voix.

« Le roi, dès le jour de son parlement de

Coffre du xvie siècle à Chaumont.

précepteur de la paroisse de Chaumont, » était présentée au baptême par noble homme Nicolas de Sardini, gentilhomme Lucquois, et par Marguerite Croquebois.

Nous continuons à interroger les actes paroissiaux au sujet de la vie seigneuriale. Le 7 juin 1619, Paul de Sardini, sieur de Jouy, est parrain avec Isabelle de Salviati, qui signe « Ysabel ». Le 17 décembre, c’est le tour de « Horace di Mery, gentilhomme Lucquois », qui paraît également le 30 janvier suivant. La même fonction pieuse

fut remplie, en 1622, par Pierre Guirini , « maistre d’hostel de

Mît1' de Chaumont; » le 19 février 1625, par « noble homme Horace de Dignery, gentilhomme Lucois » ; ensuite, par « honorable homme Laurent Gours;on, concierge du château ». Cette même année , on salue comme parrain, le 30 juillet, « Paul de Meri. fils de noble homme Horace de Meri , gentilhomme Lucois , [signé :) Meri » ; le 9 septembre, Paul de Sardini , « chevalier de l’ordre du roy, seigneur et baron de Jouy, » avec Marie de Regnard, lîlle du seigneur de Rilly ; le 10 octobre, « noble et puissant seigneur Paul de Sardini, chevalier cr du roi, et baron de Jouy et de Chaumont, » avec Catherine de Marcy. Si nous poursuivons notre glanée , nous voyons, le 28 décembre 1628, noble homme René de Pogge, écuyer; le 17 juillet 1630, Nicolas de Sardini, écuyer, sieur de Prinçay, qui tient sur les fonts Jean, fils de Claude de la Plaine, et est encore parrain les 3 et 19 mars 1631, cette dernière fois avec Gabrielle Deriaut. Puis, c’est le tour d’Isabelle de Sardini, dame de Talcy, qui est marraine d’une fille du greffier; et, en septembre et octobre 1632, on voit parrain et marraine d’enfants de « marchands » Elisabeth de Sardini et Nicolas Sardini, sieur de Prinçay.

Par suite de complications résultant de l’état féodal, la situation du domaine chaumontois n’était pas sans traverser quelques difficultés. Le seigneur, Alexandre de Sardini, qui s’efforçait de mettre tout en une assiette satisfaisante, fit les démarches utiles auprès de son suzerain

Hôtel d’Alluye à Blois, façade sur la rue.

à Blois. Sur sa requête, en 1632, la Chambre des comptes de Blois ordonna qu’on délivrerait au dit seigneur une copie des derniers aveux et quittances du fief, « et cependant la saisye tiendra ».

L’aimable demeure continuait de réunir sous son toit hospitalier les membres et les amis de la famille, ainsi que nous 1 apprenons par les cérémonies auxquelles ils prenaient part, non sans se remplacer avec une parfaite obligeance. Ainsi, à un baptême célébré le 14 mars 1633, Paul de Sardini, chevalier, sieur de Jouy, « absent de présent du château, » fut suppléé par Nicolas de Sardini ; plus tard, le 2 mai,

Paul remplit effectivement les fonctions baptismales. Le 8 octobre 1634, la fille du procureur et concierge Jean Chahaigne fut tenue sur les fonts par Paul de Sardini, « en’ du roi en ses conseils, » etpar dame Suzanne Martin,

« épouse de messire Nicolas Vyart, chevalier, seigneur de la Villette ,

Candé, etc., cei’ du roi » ; elle signe :

« Martin de Manay. »

Les cérémonies religieuses associaient fréquemment les seigneurs de Chaumont aux gentilshommes des environs. Le 19 janvier 1636, on célébrait le mariage de Valentin Cosson, écuyer, fils de feu Claude Cosson, écuyer, s>' de Bury et de la Yarenne, et de demoiselle Catherine de la Halle , avec demoiselle incende Bellin , veuve de Daniel Hamel, écuyer, sieur de la Frérie, dans la chapelle de la Herpinière. La même année, le 3 février et le 6 mars, Paul de Sardini remplit les fonctions de parrain. En 1637, la charge de marraine est occupée par Isabelle de Sardini, les 26 janvier et 16 mars, la dernière fois, avec Michel Le Ragois, seigneur de la Herpinière; à cette époque, on voit « Castodeau Madost, domestique de messieurs de Chaumont ». Enfin, le 1er octobre, Elizabeth de Sardini, dame de Talcy, fut marraine avec René de Pogge, « gentilhomme ordinaire de M. le comte de Sardini, seigneur de Chaumont ».

Au cours de l’année 1638, les Sardini firent de longs séjours au château. Le 10 janvier, la charge de marraine est remplie par demoiselle « Elisabeth de Sardiny, fille de deffunt gentilhomme Mr Nicolas de Sardiny, seigneur de Prinçay, laquelle n’a sceu signer, » en raison de son

Hôtel d’AUuye, détail sur la cour, escalier et galerie.

âge; elle était en compagnie de Louis Brunei, marchand. Le 21 février, c’est le tour de Paul de Sardini, baron de Jouy, avec Elizabeth de Sardini, « sa femme, dame de Talcy » ; le 6 mai, cette dernière est marraine avec Michel le Ragois, maître d’hôtel de Sa Majesté, qui, du nom de son domaine, signe « La Herpinière ». L’année 1639, qui nous montre Pierre Gudin comme « maistre d’hostel de monsieur de Sardiny, seigneur de Chaumont », nous fait connaître le mariage d’un prisonnier gardé au château. 11 se nommait Mauguin. En « son emprisonnement » et « personne ne le contraignant », il prit pour sa femme légitime Antoinette (nom déchiré) « dans la chapelle du chasteau de Chaumont », en présence de Claude de la Plaine, notaire, de Nicolas Lenoir, sergent au dit lieu, et d’autres.

Le joyeux carillon des cloches sur le berceau du nouveau-né allait céder la place au glas funèbre sur la couche mortuaire. Le chastel mit un long crêpe de deuil à sa bannière seigneuriale, et, dans le silence du soir, sous la voûte des grandes salles, on dressa une chapelle ardente avec un catafalque richement décoré. La personne dont la perte apportait la douleur au manoir était la vénérable dame qui lui avait donné jadis tant de douce allégresse. C’était la châtelaine de Talcy. Ses obsèques se firent au milieu des regrets de toutes les classes, et l’acte de sépulture est ainsi conçu : « Le 22 juin 1642, décéda sur les six heures du matin et fut le lendemain ensepulturée en l’église de Saint-Nicolas, haute et puissante dame Elizabeth de Sardiny, veufve de deffunct haut et puissant messire Lorenz de Salviati, chevalier, gentilhomme ordinaire de la chambre du roy, vivant seigneur de Talcy, laquelle a esté posée en la cave de la dite église, où gisent les corps de deffunts M. et Mme de Sardiny, ses père et mère, apres avoir receu tous les sacremens durant sa maladie. »

Nous poursuivons notre excursion à travers les registres baptismaux, toujours si intéressants. Le 15 avril 1640, Elizabeth de Sardini est marraine et signe « Ysabelle de Prinçay ». En 1641, le 24 juillet, <( dUo Marie Dolet, veufve de deffunt gentilhomme Nicolas de Sardini, sieur de Prinçay, » est marraine avec Georges Le Normant, curé de la paroisse. Le 30 octobre et le 19 décembre, Elizabeth de Sardini, qui signe Isabelle de Prinçay, remplit la charge de marraine, la seconde fois , avec « Louis de Regnard , écuyer, sieur de Rilly, capitaine d’une compagnie d’infanterie pour le roy ». En 1642, Isabelle de Sardini, dame de Talcy, est marraine, le 9 mars, avec le curé et, le 22, avec une autre personne. Le 6 avril, Marie Dolet, veuve de Nicolas de Sardini, est en compagnie de Jehan Deschamps, « homme de chambre de monsieur de Chaumont » ; et, le 26 mai, d"e Elizabeth

LES SARDINl

de Prinçay est assistée par François Morissault, domestique de M. de Chaumont, et, le 28 août, elle se présente avec un autre parrain.

En 1643, la justice seigneuriale de Chaumont avait pour sergent Martin Morissault, ayant un fils nommé François. Cette année-là, de concert avec Pierre Morissault, « peintre à Vendôme, » marié à Jeanne Collin, et Pierre Belin, meunier à Veuves, époux de Huguette Morissault, le sergent vendit à Pierre Boucher, curé de Monteaux, un demiarpent de pré sis près 1 église de ce lieu. De leur côté, les hôtes du château avaient la gracieuseté de s’associer à toutes les fêtes de famille

Chambord, vue générale, gravure du département des Estampes.

pour lesquelles on demandait leur concours. En 1643, dlle Isabelle de Prinçay était marraine le 3 mai, le 13 octobre (pour le fils d’un chirurgien , avec Valentin Cosson , écuyer, sieur de la Varenne ) , ainsi que le 26 novembre avec un autre parrain. Le 7 juillet de l’année suivante, elle se présentait avec Jean Vernon, procureur et receveur de Chaumont. Le 20 décembre 1644, on célébrait le baptême d'Isabelle, fille de Jehan de la Branlle et de Louise de la Branlle, qui fut tenue sur les fonts par Louis de LaMarck, « abbé commandataire des abayes de Saint-Yve de Braine et de Notre-Dame Digues (?), » et par Marie de La Marck, sa sœur. Le 16 septembre 1645, comme « procuratrice de d"e Renée de Jouy », d"e Elizabeth de Sardini, ou Isabelle de Prinçay, était marraine avec Jean Baudron , de la paroisse Saint- Honoré de Blois.

De tout temps les arts, ainsi que les sciences et les lettres, fleurirent dans le Blésois comme sur un sol privilégié. Le moyen âge montre avec honneur les églises de Cellettes, de Ruan, de Selles, de Nourray, de Mesland, d’Aigues-Vives à Faverolles, et surtout l’église Saint-Nicolas, jadis

abbatiale de Saint-Lomêr, à Blois; de même, le visiteur, aussi bien que l'archéologue, s’arrête avec intérêt devant les restes imposants des châteaux de Fréleval, Mondoubleau, Montoire, Lavardin et Ternay. La période ogivale est représentée avec honneur par les intéressantes églises de Cour-sur-Loire , La Fontaine, Selles-Saint-Denis, Vendôme et Villedieu-en-Beauce. A partir du xve siècle, on salue les curieux châteaux de Saint-Agil , du Moulin à Lassay, de Beauregard à Collettes, et plusieurs autres. En même temps, le pinceau excellait à compléter l’œuvre de l’architecte et du sculpteur, ainsi qu’on le remarque dans les églises de Saint-Gilles à Montoire, de Saint- Jacques-des-Guérets , de Selles- Saint-Denis et de quelques autres localités.

A l’époque où la cour favorisait cette province par ses séjours prolongés, le triomphe des arts se manifesta dans la construction des superbes châteaux de Chaumont, de Blois et de Chambord, qui peuvent soutenir la comparaison avec ce que le génie a réalisé de plus magnifique. On connaît le rôle des maîtres et conducteurs d’œuvre tels que Colin Byart, Pierre Nepveu dit Trinqueau, Sourdeau et d’autres, qui ont attaché leur nom à ces ouvrages; sans parler des Dominique et des Joconde, dont l’influence paraît plus dans les édifices que dans les comptes. Quant au ciseau , il a délicieusement agrémenté les dehors et les dedans, tenu qu’il était par des artistes français et étrangers, dont le souvenir se conserve en particulier sur un cartouche du charmant escalier de Blois, à gauche de la porte, où l’on remarque les initiales I P, qui pourraient se rapporter au célèbre sculpteur Jérôme Pacherot.

Avec l’éloignement progressif de la cour, l’influence des continuateurs de maîtres, tels que Léonard de Vinci et Andrea Solario, s’affaiblit graduellement. Néanmoins quelques nobles esprits s’évertuèrent à tenir dignement la bannière des arts. Tandis que les graveurs, orfèvres, peintres en émail, ébénistes et autres artistes continuaient le bon

Château de Blois,

détail de l’escalier François Ier (signature J.

renom artistique de la capitale du Blésois, la palette montre, non sans une légitime lierté, Guillaume Boutelou, Jacob et François Bunel et les Mosnier. Ces derniers, pendant plus de deux siècles, formèrent une dynastie dont le sceptre passa successivement aux mains de Louis, Jean Ier, Jean II, Jean III, Pierre et Jacques, qui lurent peintres du roi. La réputation des Mosnier leur valut des commandes importantes pour les églises de Blois (dont celle de Saint-Saturnin garde la Vierge aux échevins ), à Yalençay, à Tours, à Bourgueil et en diverses localités. Peut-être faut-il leur assigner une place dans les décorations dont Chaumont fut doté au xvue siècle; nous savons qu’ils avaient les faveurs de Marie de Médicis, qui commanda à Jean Mosnier une copie de la Vierge de Solario, copie conservée au musée de Blois.

On voudrait être en droit de lui attribuer le portrait de Caston d’Orléans, qui se voit aussi dans ce musée et reproduit la toile par Yan Dyck, de Chantilly.

A l’époque qui nous occupe,

Blois avait retrouvé une partie de l’éclat que la présence de la cour lui avait donné jadis, et dut cet avantage au séjour du frère de Louis XIII. Gaston d’Orléans, qui avait épousé l’héritière du duché de Montpensier, reçut en augmentation d’apanage le comté de Blois. Le désir du roi était de tenir le prince éloigné de la cour, où il se plaisait à nouer des intrigues. Cédant à ses idées artistiques, Gaston résolut de transformer le château de Blois suivant le goût de l’époque, et les travaux commencèrent en 1636 d’après un plan dressé par Mansart, et qui ne fut exécuté qu’en partie, par bonheur pour les souvenirs d’art des âges précédents. Le duc d’( )rléans y installa une riche bibliothèque et de précieuses collections de médailles, de gravures et de tableaux. Son inclination pour les sciences naturelles le porta à doter les jardins de plus de trois cents plantes curieuses. Ce fut dès lors une petite cour princière dans laquelle les

lettres, les sciences et les arts contribuèrent à donner aux rives de la Loire un aimable reflet des magnificences royales d’autrefois, sous l’impulsion de Gaston, qui accueillait ses hôtes « d’un visage ouvert et riant », non sans leur offrir « tout ce que Blois a de friand ».

On sait que le duc d’Orléans , — disons- le de suite, — après une existence où le soir s’acheva dans un calme qui contraste avec les ardeurs du midi, reçut la sépulture dans l’église qu’il avait fondée

non loin du château. Dans le chœur de l’édifice, inspiré du meilleur style du xviic siècle , sa fille , MUc de Monlpensier, lui fit ériger un monument funéraire rehaussé de statues allégoriques symbolisant les vertus théologales et morales, d’une bonne exécution .

Sur ces entrefaites, la terre de Cbaumont était passée aux mains de Paul de Sardini , qui veillait à accomplir les obligations que lui imposait la hié-

Monunient funéraire de Gaston d’Orléans rarchie féodale. Le - août

dans l’éalise Saint- Louis de Blois. Ensemble et détail. 1646, il rendit 1 llOmmaÇfe

au duc d’Orléans, fut « taxé à LX livres d’espices », et, le même jour, reçut du prince une lettre de don; mais ailleurs on lit que, le 19 juillet, il présenta « les lettres de sa foy par luy rendue entre les mains du chancelier de S. A. R., qui ont été enregistrées, et qu’il doit l’aveu ». Quoi qu’il en soit, la liquidation des droits de rachat, dus par Paul de Sardini, seigneur de Jouy, pour la terre de Chaumont, fut fixée à 300 livres, d’après un compte du revenu de quatre années. Il est spécifié que le domaine « vault bien 45 000 ou 50 000 livres de rente », et que la rente de 640 livres due aux religieuses de Moncé n’est point assignée sur cette terre, « estant deüb seulement par le dit seigneur à cause qu’il a touché, ou ses auteurs, XXVe livres pour passage du sel et péage, sur lequel la dite rente est assignée. » D’autre part, dans les Registres des fiefs du comté de Blois, on relève : « 1646,

le 19 juillet, le sieur de Sardigni a fait enregistrer ses lettres de foy. » Enfin, une note finale dit que, d’après les cartulaires des layettes (f. 99 et 100), « Chaumont a été donné par le roi à la duchesse d’Orléans, et depuis, Jehanne d’Amboise promit au comte de Blois de luy livrer le chasteau et luy bailler, quand il voudra. »

La vie seigneuriale à Chaumont n’était pas sans refléter quelque rayon de l’éclat princier de la cour de Gaston , qui d’ailleurs se plaisait à monter et descendre le lleuve, parfois en compagnie de sa fille, la spirituelle et piquante Mlle de Montpensier. Au point de vue local, nous glanons çà et là quelques épis, dont nous continuons à former notre gerbe de renseignements. En 1647, les 20 janvier et 26 juillet, Isabelle de Sardini, dite « de celte paroisse », occupa la dignité de marraine; il en est de même le 11 octobre 1648 et le 26 février 1649. Cette dernière année, le 12 août, les fonctions de parrain et de marraine furent remplies par le noble seigneur de Sardini, « chevalier de Malte, » et par Isabelle de Prinçay ; le premier signe « chevalier de Sardini » , et la seconde a une écriture pesante et fatiguée qui accuse un âge avancé. Entre temps, le 4 mars 1650, Isabelle de Sardini fait une acquisition de rente et, le 12 janvier 1651, elle conclut un bail où elle est dite « demeurant à Chaumont ».

De son côté, Paul de Sardini résida fréquemment à Chaumont au cours des années 1650 et suivantes, et on le voit notamment réaliser plusieurs baux pour diverses portions du domaine chaumontois. En particulier, le 7 mai 1650, par-devant les notaires Delaunay et de la Boullais, il ratifiait une transaction le concernant et passée à Paris le 27 avril précédent ; il s’agissait d’un accord conclu en son nom par Jean-François Delacroix, secrétaire ordinaire de la chambre du roi, avec Robert Gousselin, procureur au parlement, comme légataire de son oncle feu Vincent Gousselin, seigneur de la Bonardière ; en vertu de l’accord, il s’engageait à payer à celui-ci 8500 livres, à prendre dans les rentes « appartenans au dit sr de Sardiny sur l’hostel de ville de Paris ». Plus tard (1656), il est fait mention de Claude Boullier, « maistre d’hotel de Mgr de Chaumont ». Le 16 juin 1652, on voit Paul signer le contrat de mariage de gens du pays, qui se disent « communs en biens meubles et immeubles », et dont « le douaire sera de 200 livres une fois payéez , pris sur les biens déclarés ».

Au mois de mai 1653, une cérémonie baptismale réunissait la châtelaine et le curé : Isabelle de Sardini était marraine avec le recteur Le Normant. Mais, un peu plus tard, le château prenait une physionomie plus souriante à l occasion d’une solennité nuptiale, et, par une

matinée de janvier, les cloches jetaient aux échos de la vallée leurs notes les plus animées. Le 26 janvier 1655, deux jeunes fiancés comparaissaient devant le notaire pour y arrêter leur contrat de mariage. La fiancée était Isabelle de Prinçay, « fille de feu Nicolas de Sardiny, écuier et sieur du dit lieu de Prinçay, et de Marie Daullé, demeurant au dit Chaumont. » Elle paraissait tout heureuse de donner sa main à « honneste homme Augustin Vazer, maistre en l’art de pinture, demeurant en cesle ville de Chaumont, fils de Christophe Yazer et de Marie Soyer, demeurant à Amiens ». Les contractants « cognurent avoir faict de fond le traité de mariage qui en suivant les sollennitez de la sainte Eglise sera gardé et observé ». Les époux se déclarent <( unys de communs en tous biens, meubles et acquetz d’immeubles, suivant la eoustume du bailliage de Blois ». L’épouse aura la somme de 3 000 livres en argent et meubles, dont 600 livres entreront « en la communauté », et le surplus « demeurera en propre à la future ». Parmi les témoins figure « vénérable et discrète personne Mre Georges Le Normand, curé de Chaumont ». Nous observons d’ailleurs que, fidèle à son art, le fiancé a esquissé sur l’acte une silhouette au-dessous de sa signature. La présence du maître peintre Christophe Vazer se rattache probablement à l’exécution de travaux de décoration sur lesquels nous manquons de renseignements.

Paul de Sardini était à son château à l’été de cette année ; le 31 mai, il vendit au laboureur Piou un arpent et demi de terre à Hauterive, « joignant vers sollare au grand clos à M. Claude de la Plaine, vers aval au même propriétaire, et vers gallerne à Lereau, et vers mont à un jardin. » L’acquéreur, chaque année, paiera de cens au château un chapon à la fête de Saint-Etienne et baillera quatre •septiers d’avoine une fois donnés.

Au cours des années suivantes, Paul accomplit également des actes de propriété, ventes et acquêts, d’ailleurs sans importance, et l’acquisition de poinçons montre qu’il s’occupait de son vignoble. En 1660, le 8 juin fut attristé parla chute mortelle d’un homme dans la Loire. Le 25 de ce mois, un acte de propriété était réalisé par Paul de Sardini, « chevalier, conseiller du roy et de Son Altesse Royale, vicomte de Buzancy, baron de Jouy et seigneur de Chaumont. » Deux jours plus tard, il baillait à ferme le Grand-Maindray, comprenant « maison pour le métayer, granges, estables, jardins, prés, pastureaux, bois, buissons, terres labourables et non labourables, etc. », pour une durée de six années, moyennant « trente septiers de bled mesteil et quinze septiers d’avoyne, mesure de Chaumont, rendus es greniers du chasteau de Chaumont en bons grains et des meilleurs », plus six chapons

et six poules chaque an, à la fête de saint Jean-Baptiste. En ce tempslà, on rencontre Claude Boullier, « maistre d’hostel de m(F le vicomte de Sardini » .

A partir de cette période, les documents contiennent les noms des Sardini avec les qualités de « comte et de vicomte ». Ce dernier titre était celui que portait le seigneur de Chaumont; mais la mort devait bientôt le lui ravir. Une inscription , gravée à la pointe sur le gracieux escalier en spirale qui dessert à la fois l’aile orientale et la chapelle, nous apprend l’époque précise du décès qui eut lieu en dehors du manoir, car les registres paroissiaux n’en font pas mention. Elle est ainsi conçue : « Le quinze jeun mil six cens | soixante et sept est décédé messire | Paul de Sardiny chevalier seigr de Chaumont et | aultres lieux , priez Dieu | pour luy . »

Le chevalier Paul laissa après lui les regrets les plus sincères. L’écho nous en a été conservé par un historien contemporain .

« Feu M. le vt0 de Sardini, écrit Bernier , a si bien

Boiseries du cabinet de Catherine de Médicis au château de Blois.

fait de nostre temps les

honneurs du château et a tant témoigné d’amitié à tous les honnestes gens du païs Blésois, qu’encore qu’il n’v soit pas né, il ne mérite pas moins qu’on s’en souvienne, ses bontés s’estant mesme estenduës plusieurs fois sur les pauvres dans les nécessitez publiques. » Et l’auteur ajoute : « Chaumont contient plus de dix lieues d’etendue, de châtellenies et de vassaux, car Rilly, Veuve, le Petit-Vallière , Pontlevoy, la Herpinière, Nanteuil et plusieurs autres terres y vont par appel, sans parler de quelques autres qui en relèvent. »

De son côté, Félibien écrit : « En 1600, la terre de Chaumont

ayant été vendue à Nicolas Largentier, fermier général des gabelles de France et l’un des plus riches hommes de ce temps là, Scipion de Sardiny, gentilhomme Lucquoys, qui avoit suivi en France la royne Catherine de Médicis, le retira par droict lignaiger à cause de sa femme, qui estoit de la maison de la Tour, de la branche de Limeuil ; et depuis elle est demeurée dans la famille de Sardigny, où elle est encore aujourd'hui. »

Félibien nous a laissé la peinture de Chaumont à l’époque qui nous occupe. « De la ville on peut aller au château par une montée assez roide, qui rend à une porte qui regarde la rivière, mais la principale entrée est au midy du costé d’une grande plaine meslée de bois et de terres labourables. Les hastiments ont été faits en différents temps, ceux qui regardent la rivière sont les plus anciens. En entrant dans la cour, il y a deux corps de logis à droite et à gauche qui ont esté basti par Charles de Chaumont, grand maistre et amiral de France. Le long du premier étage de celui qui est à main droite, est une espèce de terrasse de pierre de taille qui a cinq pieds de large : elle est portée par deux rangs de grandes coquilles les unes au-dessus des autres, et ces coquilles sont soutenues par des consoles ornées de masques et des armes de la maison et des alliances d’Amboise.

« Pour le bâtiment, qui est à main gauche, il n’est pas achevé. On y voit un très bel escalier, qui est demeuré imparfait et dont les marches ont huit pieds et demi de long, il est à noyau et en pierre de Liais, parfaitement bien travaillé.

(( Il y a plusieurs appartements dans tous ces hastiments. Dans les plus anciens est une grande salle, fort spacieuse, qui a veuë du costé de l’eau. La tradition veut que la royne Catherine ait demeuré dans le chasteau de Chaumont , et que c’estoil dans ceste mesme salle qu elle tenoit ses assemblées, quand elle conféroit avec les astrologues et les devineurs auxquels elle avoit beaucoup de foy. Il y a encore quelques meubles qui luy ont appartenu, entre autres deux cabinets, un coffre, un bois de lie l et une table, le tout faict à la manière de ce temps là de bois de raport, et d’ouvrages de sculptures, et très bien taillez et dorez en quelques endroits. Il y a aussi des tableaux d’après Raphaël, assez bien copiez et plusieurs portraits de la maison de Médicis. »

L’édifice est entouré d’un chemin de mâchicoulis, et le bâtiment de Charles présente une ceinture de pierre, avec des allégories symbolisant le nom de Chaumont. Il a été fait pour une place et manque de jardin, mais présente une vue superbe sur la Loire. « On pourroit, du costé de la campagne vers le midy, continue Félibien, faire des avenues et des jardinages si grands qu'on voudroit. Il y a mesme, à

cinquante pas de la porte, une espèce de vivier très considérable, parce qu’encore qu’il soit sur une très grande hauteur, néanmoins il est toujours rempli d’une eau vive et très claire, ce qui fait juger qu’il y a des sources en cet endroit, d'où l’on pourroit tirer de très grandes commoditez, et mesme des jets d’eau dans des jardins plus bas le long de la coste ’ . »

C’est ainsi que Chaumont, d’abord camp retranché, puis place forte, avait, dans le cours des âges, été doté des accroissements et des embellissements qui en font une des demeures les plus magnifiques de la France. Chaque siècle avait contribué à en rehausser l’éclat en lui imprimant son caractère particulier. Après la période des d’Amboise, auxquels on doit la reconstruction du château dans sa physionomie définitive, il était réservé à leurs successeurs, des La Rochefoucault et Diane de Poitiers aux Sardini, d’enrichir la maison, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, de tous les agréments que les modernes générations savent si parfaitement réaliser. Tandis que le parc était l’objet de travaux d’amélioration, un mobilier somptueux donnait aux salles et aux galeries spacieuses tous les charmes d’un luxe raffiné plus en rapport avec les goûts et les mœurs.

1 Félibien, les Maisons royales des bords de la Loire ( 1681 , ouvrage publié en 1874 par A. de Montaiglon, p. 51.

Gaillon au temps moderne.

Gravure de la Bibliothèque Nationale.

Paysage, dessin à la plume par J. -B. Nini, graveur à Chaumont au xvuie siècle.

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