CHAPITRE VII
On avait demandé au Roi s’il consentirait à recevoir le corps des marchands. « Je le veux et l’ordonne, réponditil, parce que cette fraction du peuple me plaît et que le commerce enrichit les nations. » Même réponse pour les dames de la halle « parce que leur expression est plus sincère et leur joie plus naïve ».
Hardy note, à la date du 15 juin. « Ce jour, on rapportait un trait du jeune Roi, qui prouvait de plus en plus son caractère bienfaisant; savoir que, se promenant dans la cour de la Muette, et y apercevant de pauvres femmes qui travaillaient à déraciner l’herbe d’entre les pavés, il leur avait demandé combien elles gagnaient par jour, à quoi l’une d’elles ayant répondu qu’on leur donnait huit sols et la soupe, il s’était ensuite adressé au maître-jardinier et, comme il soutenait qu’elles gagnaient trente sols par jour, il les avait mandées sur-le-champ et, d’après leur assurance réitérée en présence du jardinier, qui en avait été confondu, il avait expulsé ce jardinier infidèle, comme il le méritait et avait aussitôt chargé des ouvrages son premier garçon ^ »
Quelques jours plus tard, Louis XVI ayant annoncé qu’il allait faire une promenade, du côté du couvent des Bonshommes, les courtisans qui cherchaient déjà à le débaucher, firent placer, sur le passage, une fort jolie personne, à laquelle ils prédisaient que sa fortune serait faite. On fit remarquer au Roi la beauté de cette femme. « En effet, dit-il, elle est assez jolie, quelle profession exerce-t-elle? » On lui répondit que c’était une marchande