CHAPITRE IX
LES TROIS ÉRARD
Dans les premiers jours qui suivirent l’avènement de Louis XVI, un jeune artisan, passait aux environs de la Muette. C’était un dimanche, et la foule était grande, aux abords du château. Le promeneur se trouvait au milieu de groupes serrés que ne contenait aucun garde et, lorsque Marie-Antoinette vint à passer, il s’écria : Fife la Reine, avec une voix si puissante et aussi avec un accent alsacien si prononcé que la Reine, le prenant pour un compatriote, lui adressa la parole.
Le Strasbourgeois eut l’esprit de répondre à sa souveraine, que si, comme elle, il avait l’accent allemand, il était français par le cœur et par sa naissance, comme elle par son mariage. La Reine accueillit le compliment avec bonté et, se retournant vers le suisse qui gardait la grille, elle lui donna l’ordre de permettre à ce jeune homme de visiter le parc et d’y circuler en toute liberté. Le promeneur usa de la permission, admira la beauté de cette splendide demeure et il rentra à Paris, le cœur plein du souvenir de la bonté de la Reine et de la magnificence de la Muette.