‹ Le château de la MuetteChapitre 165 sur 181 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

répandant autour d’elle la lumière et la chaleur, telle qu’un rayon de soleil descendu et oublié sur la terre. On ne pouvait l’approcher sans ressentir cette douce influence. Le charme qui s’exhalait de toute sa personne, et quelle conserva jusqu’à son dernier soupir, était déjà sensible dans la jeune fille d’une adorable gaucherie, d’une simplicité délicieuse, qui apparut, à quinze ans, dans le salon de Mme Erard. Toujours je l’ai trouvée la même, gardant, dans sa glorieuse maternité, dans son splendide château de la Muette, la gaîté éclatante de l’enfant, la grâce touchante de la jeune fille et le contraste enchanteur de sa modestie, de son humilité de sainte, avec la magnificence de sa demeure et les séductions d’une fortune princière.

« A l’école de Mme Erard, grande protectrice des arts et des artistes, elle avait perfectionné son don naturel d’attirer, d’encourager ou de retenir les amis de la veille, du jour ou du lendemain, les débutants et les maîtres, les humbles et les orgueilleux, les compagnons modestes des premiers jours et les coryphées de la musique et de la littérature, enfin les étrangers de marque attirés par l’hospitalité inépuisable de Mme Erard et, plus tard, par les travaux et les titres académiques de M. de Franqueville, dont la réputation avait dépassé les frontières et attiré l’attention du monde politique en Angleterre et en Allemagne.

« Mme de Franqueville brillait, dans ses grandes soirées mondaines et artistiques, moins encore par sa grâce et ses dons naturels que par son désir évident de ne pas en faire montre. Dans ce vaste parterre de talents et de vanités, elle figurait la violette. Elle ne s’y ennuyait pas, mais ce que

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LE DERNIER DEMI-SIÈCLE

cette femme exquise, cette chrétienne sérieuse et riante, instruite sans pédantisme, spirituelle sans malice, préférait à toutes les réceptions du monde, c’étaient les réunions intimes, où son esprit et son cœur se livraient, s’épanouissaient en liberté. Epouse, mère, maîtresse de maison, tertiaire de saint Dominique, elle partageait ses journées commencées par la messe et la communion, entre ses devoirs d’intérieur, ses œuvres de charité et ses obligations du monde.

c< Une de ses dernières joies avait été de voir étinceler, sur le dôme de l’église du Sacré-Cœur, à Montmartre, la grande croix de pierre blanche donnée par son mari. Une légère bronchite, bientôt transformée en pneumonie, la mit, en quelques jours, aux portes du tombeau.... Elle manifesta quelque surprise, mais nulle émotion, en recevant les onctions saintes, puis elle s’affaiblit et, quelques heures plus tard, elle entra dans un sommeil paisible, qui se changea si doucement en sommeil éternel que nul ne put saisir l’instant où son âme s’envola au ciel. »

Au décès de Mme de Franqueville, la Muette devint la propriété indivise de M. de Franqueville et de ses six enfants, qui en firent apport à une société, dont ils sont les seuls actionnaires.

La maison fermée, en raison du grand deuil de toute la. famille, s’entr’ouvrit, pour la première fois, en 1901. A la suite des conférences tenues à Wiesbaden, les 9 et 10 octobre 1899, les représentants des principales académies des Deux Mondes avaient résolu de fonder une union internationale des principaux corps savants, sous le nom d’Association internationale des Académies.

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