CHAPITRE II
Le 26 octobre 1660, le Roi conféra le titre de capitaine de la Varenne du Louvre, etc., à Jean de Montdejeux, futur maréchal de Schulemberg et, prévoyant que celui-ci serait souvent empêché, il nomma conjointement avec lui son parent, Armand de Marsilly, en accordant à ce dernier la survivance de la charge*.
La famille de Montdejeux^ « était originaire du pays de la Mark, en Westphalie. Elle était une des branches de la maison de Schulemberg et avait pris son nom du comté de Montdejeux, près d’Attigny-sur-Aisne, acheté par Jean de Schulemberg, qui s’établit en France, sous le règne de Louis XL
Jean de Montdejeux était né en 1598, au château de Guincourt en Vermandois. Son père venait d’être tué, au siège d’Amiens, à la tête du régiment de Champagne, dont il était colonel. A douze ans, sa mère l’envoya à l’académie de Sedan, pour apprendre le métier des armes.
« Souvenez-vous, lui dit-elle, que vous êtes d’un sang qui ne s’est jamais ménagé où il s’est agi de le répandre pour l’honneur du nom que vous portez; mais ne vous en souvenez pas trop et comptez toujours moins sur l’honneur
1. « Louis... nous ont fait agreer la démission qu’en a faite en sa faveur le Baron de Saint- Ange des estats et charge de Bailly et de capitaine de La Varenne du Louvre, châteaux de Madrid et de la Muette... et nous ont fait trouver bon à sa prière d’en pourvoir conjointement avec lui le S*" Armand Deschamps de Marsilly pour le soulager dans la fonction de ces charges et nous y servir en son absence. Gomme son affection pour notre service et sa vigilance nous sont particulièrement connues et que nous pouvons nous assurer qu’en l’absence de notre cousin le Maréchal, la soignance de nos plaisirs dans l’estendue du pouvoir appartenant à ses charges ne sera pas moindre que s’il y était en personne, etc. »
2. L’histoire du Maréchal de Schulemberg est racontée en détail, dans un manuscrit conservé à la Bibliothèque d’Arras, dont les Mémoires de V Académie d'Arras (vol. IX) ont publié une partie.
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ÜE LOUIS XIII A LA RÉGENCE
que vous avez hérité de vos aïeux que sur celui que vous leur ferez de leur ressembler. » Ces paroles ne furent pas oubliées. Dès avant quatorze ans, il avait eu de véritables duels : impatient de se distinguer autrement. Use présenta au maréchal duc de Bouillon, qui l’engagea aussitôt. Fait prisonnier, il trouva le moyen de s’évader pendant la nuit, en traversant l’Aisne à la nage, et de gagner la demeure d’un de ses parents, le sieur de Lyris. « La plus grande merveille que j’ai faite disait-il, c’est d’avoir apporté ma tête plus loin que saint Denis ne porta la sienne et de n’avoir eu besoin d’aucun miracle pour m’en servir. » En 1614, il fut envoyé en Piémont, comme cornette du Prince de Sedan et il se distingua brillamment, à la prise de Verceil. L’année suivante, il fut fait capitaine de cbevau-légers ; il rejoignit l’armée de l’Empereur Ferdinand, et prit part, en 1620, à la sanglante bataille de Prague. Il passa ensuite au service du Roi et se distingua, comme capitaine de cbevau-légers, aux sièges de Saint-Jean-d’Angély et de Montauban, à la suite desquels Louis XIII lui donna le commandement du régiment de Vaudemont.
Nommé, en 1632, mestre de camp d’infanterie et gouverneur de Coblentz, il soutint un siège, l’un des plus brillants de la guerre de Trente Ans. Réduit à la dernière extrémité, il refusa de capituler et trouva le moyen de se sauver, avec sa troupe, en s’embarquant, pendant la nuit, sur le Rhin, après avoir trompé les ennemis, par un ingénieux stratagème. Promu maréchal de camp, en 1639, à la suite de la prise d’Hesdin, il épousa, le 8 septembre 1640, Mlle de Forceville, d’une ancienne famille de Picardie, proche parente du cardinal de Richelieu.