CHAPITRE IL
Pendant la Fronde, Montdejeux servit en Flandre, sous le maréchal de la Meilleraye, et se distingua, à la prise de Gravelines. En 1652, Anne d’Autriche le nomma gouverneur d’Arras. La ville était fort mal défendue et le trésor royal étant à sec, ne pouvait fournir aux dépenses indispensables pour la mettre en état. Le gouverneur proposa d’entretenir deux mille cinq cents hommes d’infanterie et trois cents cavaliers et de pourvoir à la réparation des fortifications d’Arras, à la condition qu’on lui permettrait de lever, à son gré, des contributions sur les ennemis. Mazarin s’empressa d’accepter. La ville cependant n’était pas encore complètement protégée lorsque les Espagnols, commandés par le duc de Lorraine, parurent, le 3 juillet 1654. Leurs forces s’élevaient à quarante-cinq mille hommes munis de soixante-cinq pièces de canon. Montdejeux fit face à tout. Il avait à lutter non seulement contre l’ennemi, mais aussi contre les habitants de la ville qui, devenus Français depuis quatorze ans seulement, n’étaient pas encore fermement attachés à leur nouvelle patrie. Le gouverneur, voyant que la milice urbaine ne répondait pas à son appel, fît saisir le premier capitaine de la bourgeoisie, puis il envoya chercher un prêtre et un bourreau. En voyant la potence, les miliciens crièrent grâce et Montdejeux se contenta de faire imprimer, au fer rouge, sur la joue du capitaine, une fleur de lys, disant que, si cet homme n’avait pas l’emblème dans le cœur, il le porterait, du moins, sur son visage. Cependant l’ennemi, dirigé, en fait, par Condé, était sur le point d’emporter la place, malgré les héroïques efforts des défenseurs, lorsque Turenne arriva, le 25 août 1654 et fit lever le siège. Cette victoire parut à Louis XIV d’une
DE LOUIS XIII A LA RÉGENCE
telle importance qu’il chargea son ambassadeur à Constantinople de la notifier au Sultan, lequel, d’ailleurs, se contenta de répondre : « Je me soucie bien que le chien mange le pourceau ou que le pourceau mange le chien! » On trouve, dans la Muse historique, de LoretS un long récit de cette glorieuse épopée :
Le brave et vaillant Montdejeu Jouera sans doute illic beau jeu
II crevera bien des bedaines Et remplira bien des fossez De pauvres Flamands trépassez.
Du sus dit Montdejeu la femme Qui, sans mentir a dans son âme Autant d’honneur et de vertu Que jamais son sexe en ait eu,
Sachant son noble époux en peine S’en va malgré tout embarras Essayer d’entrer dans Arras.
Le danger passé, Montdejeux continua malheureusement à se montrer aussi dur avec les habitants, et ses exactions furent telles qu’elles devinrent une véritable ruine pour la ville. Cela dura pendant douze ans, sans qu’un Cicéron se levât pour flétrir les excès de ce Verrès. Cependant le surintendant des finances, Brienne, demanda que l’on poursuivît le gouverneur. Le Tellier s’y opposa et Montdejeux, sûr de l’impunité, continua imperturbablement. Il entretenait une compagnie de cent Suisses à sa livrée, cinquante chevaux de carrosse, vingt-six cadets, près de cent pensionnaires, dont plusieurs gens de lettres. Les plaintes devinrent