CHAPITRE IV
Il épousa, en 1743, Angélique-Sophie de Hautefort, veuve du baron de Thémines. Son frère fut évêque du Puy et ses deux sœurs successivement abbesses de Faremoutiers. Beringhen conserva ses fonctions de gouverneur pendant trente-six ans; il mourut en 1770.
Ce fut en 1736 que la liaison du Roi avec Mme de Mailly devint publique. D’Argenson écrit, dans son Journal, à la date du mois de septembre : « Le Roi ne pouvant plus se tenir aux seuls attraits de la Reine, a pris pour maîtresse, depuis six mois, Mlle de Mailly, fille de M. de Nesle.... Cette affaire est menée secrètement, comme toutes les galanteries le devraient être. Les entresols et petits cabinets du Roi ont cent issues; la Muette est excellente pour cela. Les allées qui conduisent de la Muette au logement de Mlle de Charolais, à Madrid, sont étroites et coupées de barrières; on y voit toujours des traces de calèches quand le Roi a couché à la Muette, car Mlle de Cbarolais est en pleine confiance. » Et, quelques mois plus tard, il revient sur le même sujet : a Mlle de Charolais en a fait le premier maquerellage, par la commodité de sa maison de Madrid, du bois et de la Muette où le Roi soupe souvent. Il m’est arrivé de me promener, de grand matin, à cheval, dans le Bois de Boulogne, de trouver des traces de roues fraîches de la nuit, dans certaines routes étroites et toujours fermées de barrières, lesquelles vont de la Muette à Madrid. Mais, depuis que la grosse affaire est consommée. Mademoiselle n’y est plus de rien, et les deux amants font leurs affaires tout seuls. »
((M. le Premier b dit d’Argenson, a empêché, tant qu’il 1. Le premier écuyer Beringhen, gouverneur de la Muette.
LA JEUNESSE DE LOUIS XV
a pu, que Mme de Mailly ne couchât à la Muette, dont il est gouverneur, et elle allait toujours coucher à Madrid ou à Bagatelle, après avoir soupe avec le Boi. A présent, elle y couche toujours. Le Boi semble n’avoir de bon temps que celui où il est seul avec Mme de Mailly L »
Le Dauphin venait quelquefois à la Muette et l’on voit dans les Mémoires de Luynes que ces petites fêtes coûtaient assez cher. « J’appris, dit-il, quelques détails, qui servent à prouver combien on fait payer cher au Boi tout ce qui s’appelle dépense extraordinaire. M. le Dauphin, alors âgé de huit ans, allant promener aux Tuileries, fut dîner à la Muette. M. de Chàtillon et d’autres personnes, au nombre de sept ou huit en tout, eurent l’honneur de dîner avec lui; il y eut, outre cela, la suite, qui n’était pas bien nombreuse. On compta deux mille écus pour l’extraordinaire de ce dîner »
Le dimanche gras de 1737, le Boi soupa à la Muette et y coucha; il y chassa, le 6 août. Il y fît un plus long séjour et de plus fréquentes apparitions en 1738. Le duc de Luynes raconte, à la date du 13 mai^ : « Le Boi partit jeudi 8 de ce mois, de Marly et alla coucher à la Meute; il visita, en arrivant, les bâtiments neufs qu’il y a fait faire ; toute la face du côté de la cour est doublée, ce qui forme un vestibule, au-dessus duquel est un appartement pour le Boi, et dans les souterrains plusieurs pièces pour la commodité du service. Il y avait jvingt-sept à vingt-huit
Mémoires, III, p. 125.