CHAPITRE IV
gentilhomme de Normandie, chez lequel Henri IV s’arrêta, un jour, pendant la guerre civile. Le Prince loua beaucoup la façon dont les armes de son hôte étaient entretenues et ajouta qu’il serait heureux d’avoir un pareil serviteur. Ce fut ainsi que Beringhen passa au service du Béarnais, qui le nomma premier valet de chambre. Il transmit cette charge à son fils, également nommé Pierre, qui fut en outre, grand bailli et gouverneur d’Etaples. Le fils de Pierre, Henri, né en 1603, eut part à la faveur de Louis XIII et se montra fidèle à la régente Anne d’Autriche; son nom revient souvent dans le Journal fait devant le grand orage. A tort ou à raison, Richelieu le considérait comme l’un des agents les plus actifs de la cabale dirigée contre lui par la Du Fargis, qui passait pour sa maîtresse. Après le voyage de Lyon, où le Roi lui confia un secret, qu’il refusa de révéler au Cardinal, ce dernier le fit éloigner de la Cour. Il passa alors en Allemagne, au service de Gustave-Adolphe et il se trouva à la bataille de Lutzen. x\près la mort du Roi de Suède, il entra au service de Maurice de Nassau, mais Louis XIII le rappela, en 1642, le nomma chevalier de ses ordres et grand écuyer. Il fut tué, en 1674, devant Besançon, en chargeant à la tête du régiment d’infanterie Dauphin.
D’abord chevalier de Malte, son frère Jacques-ljouis quitta l’ordre, et reçut la charge de premier écuyer. Il obtint sucessivement un régiment de cavalerie, le guidon des gendarmes de Bourgogne et enhn, en 1688, le cordon bleu. Ce fut lui qui fut envoyé au-devant de la Reine d’Angleterre lorsqu’elle se réfugia en France.
c< En 1708, après la bataille d’Oudenarde et la prise de
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LA JEUNESSE DE LOUIS XV
Lille, la France resta ouverte à l’ennemi, qui vint braver Louis XIV, aux portes mêmes de Versailles. Un parti de Plollandais s’avança jusqu’au pont de Sèvres, et résolut de s’emparer du Dauphin. Ils prirent, pour sa voiture, celle du marquis deBeringhen, qu’ils firent monter à cheval, mais les pages du Roi les poursuivirent et les firent eux-mêmes prisonniers; quelques minutes plus tard, ils auraient pris le Dauphin, qui arrivait avec un seul garde. Beringhen les fit, d’ailleurs, mettre en liberté. »
Beringhen devint conseiller du Roi pour l’intérieur, directeur général des Ponts et Chaussés et membre honoraire de l’Académie des Inscriptions. Il était fort amateur et son recueil de gravures forme une des parties les plus considérables du Cabinet des estampes. Il mourut, le l®** mai 1723.
De son mariage avec la fille du duc d’Aumont, il eut plusieurs enfants. Son fils aîné, Henri-Camille, marquis de Beringhen, qui devint gouverneur de la Muette, avait hérité de sa charge de grand écuyer, mais il ne l’obtint réellement qu’en 1723, après la mort du Régent, qui ne pouvait lui pardonner d’avoir été son rival heureux auprès de la comtesse de Parabère. Il fut nommé, le 2 février 1731, chevalier du Saint-Esprit. D’Argenson, dans ses Mémoires le traite de « sot et dépensier », tandis qu’au-dessus de son portrait, gravé, en 1759, par Moitte, d’après la Porte, on lit ces vers :
Zélé sujet, ami généreux et fidèle,
Bienfaisant avec choix, simple avec dignité Courtisan sans bassesse et grand sans vanité La fortune l’a vu toujours au-dessus d’elle.