LK CII\TEAU
et pure, et plus la faute sera grande? Que direz-vous en6n si cet homme s'appelle le romte de Ceyraii et celle femme la marquise de Rieux?... — Silence! misérable! sécria M. de Ceyran en séUmçant vers Urbain avec un geste tout a la fuis menaçant el suppliant. — N'est-ce pas, continua Urbain impassible, quirma est une charmante enfant el maiame de Rieux une mauvaise mère? Quant a vous, M. lu comte, je vous rends justice, moi, car je sais que si la prudence vous défend de reconnaître celle enfant, vous avez du moins l'inlenlion de ladopter...
Urbain s'arrêta en attachant sur son adversaire un regard de vengeance... M. de Ceyran était atterré... Urbain triomphait.
— Eh bien, M. le comte, conlinua-t -il, vous le voyez, nous avons chacun nos secrets... — Monsieur, dit M. de Ceyran en qui cette observation fit renaître une vague espérance, un hasard, une circonstance que je ne puis comprendre vous a î-endu maître d'un secret d'où dépend l'honneur d'une femme el d'une famille... Je ne vous demande rien pour moi, mais vous ne voudriez pas, j'en suis sûr, flétrir une femme qui ne vous a jamais fait de mal .. Si vous consentez à me jurer, sur celle affaire, un secret absolu, je jure, eu récompense, de garder le silence sur vos fréquenlalions et votre nouveau genre de vie... — Et si j aime mieux, m.oi, ma vengeance qu'une transaction? — Malheureux! songez que je puis vous perdre .. Avezvousdonc oublié que vous êtes placé sous le coup de la loi comme ravisseur d'une jeune filL' mineure?
Urbain sourit dédaigneuseiiient.
— Vous calomniez votre protégée, monsieur, dit Urbain. Je connais mieux l'âme honnête de Charlotte.
DK LA POMMEUAIE. MiO
J'invoquorai son témoignage, et elle proclamera, n'en (lontez pas, que je n'ai exercé sur elle ni séduction, ni violence...
M. de Ceyran, tremblant de colèr.^ et de crainte, parcourait la chambre d'un pas ujégal, cherchant en lui-même le moyen de sortir du piège où l'avait fait lomber une généreuse intention. ÏMon Di;'u' pensait-il. serai-je donc réduit à abandonner à !a merci de ce misérable l'infortunée dont j'avaisenlrepris de changer la destinée?
Tout à coup, il s'arrêta comme fra[)pé d'une idéo soudaine, et s'approchant vivement d'Urb in qui suivait tous ses mouvements avec une avide curiosité.
— Non, s'écria-t-il, non, je ne puis croire que vous persistiez dans la résolution d'arracher une infortunée a l'asile qui lui a été offert par la pitié,. et que vous la forciez a accepter de nouveau un malheur auquel la mort même lui avait semblé préférable... Oui, sachezle donc, elle a voulu mourir, et c'est moi que la Providence a conduit sur se-; pas pour la sauver... C'est votre infidélité, cest votre lâche abandon qui l'ont poussée à cet acte de désespoir... Et cependant elle n'a pas un seul instant la force de vous maudire... Sauvée malgré elle, sa première pensée a été pour vous, et la première parole quelle m'a adressée a été pour me conjurer de vous cacher à jamais le secret de son désespoir et de la tentative insensée dont il fut suivi... J'avais juré, a sa prière, de vous épargner ce remords, mais je ne puis me taire pluslongtfmps...
Tandis qne M. de Ceyran parlait, la figure d'Urbain avait perdu subitement l'expression de fermeté insultante inspirée par la salisfaclion du dernier avantage qu'd venait de remporter. Ses trails bouleversés et
I'l4 LV. CIIVTKAU
>es yeux égarés décelaient une douleur profonde... II lui semblait que sa vue s'obscurcissait subitement... Ses jambes Iremblaieni et il i'ut forcé du s'appuyer sur le dos d une chaise pour se soutenir...
— Oh! mon Dieu! Charlotte! murmura- t-il en passant la main sur son front, comme pour écarter do son imaginLition une image funeste, Charlotle morte a cause de moi, assassinée par moi!... Charlotte! oh! [)ardonne-moi!... — Ah! vous Taimez encore! je le vois, s'écria M. de Ceyran transporté de joie... Vous lui rendrez le repos, le bonheur, j'en suis certain... Écoulez, poursuivit- il, vous êtes [.auvre, et la pauvreté est mauvaise conseillère... Si je parvenais à vous assurer une fortune et une position honorable... me prometlriez-vous, en revanche, non-seulement de ij^arder le secret que je vous demande, mais encore de renoncer à votre nouveau genre de vie, de revenir à des habitudes honnêtes et surtout a de.s procédés et des sentiments dignes de Charlotle? — Oh! n'en douiez pas, répondit Urbain avec entraînement. — Vous l'aimeriez? Vous la rendriez heureuse? .. — Je n'aurai besoin d'aucun eilort pour c^la, je vous h jure. — Vous l'aimez donc^ — De toute mon âme. — Eh bien, mon ami, frappez l'a! s écria M. de Ceyran en préseiilant sa main 'a Urbain qui avança la sienne sans hésiter, votre fortune est faite; car vous épouserez Charlotte, et c'est moi qui me porte garant du consentement de son père... .le lobliendrai, j'en suis certain, au moyen d'un projet que je viens de concevoir, et dont je vous instruirai, quand le moment sera venu... J'ui connu autrefois M. Dumesnil, et ce n'est pas en vain que j'invoquerai, dans cette circonstance, le souvenir dune aniilié éiirou\ée.
DE LA POMMERAIE. 1l'i5
Urbain, étourdi à cette déclaration, avait retiré sa main d'un air de doute et d'incrédulité.
— Oh! ne craignez rien, poursuivit M. de Ceyran; dans le cas même oià, par impossible, M. Dumesnil refuserait son consentement, je suppléerai moi-même à la fortune de Charlotte, et le mariage ne sera différé que jusqu'au jour où Charlotte deviendra maîtresse d'elle-même et de ses actions.
Touché de tant de marques d'intérêt, Urbain témoigna vivement sa feconnaissance à M. de Ceyran.
Quelques instants plus lard, ils partirent ensemble pour aller porter à Charlotte la joyeuse nouvelle'et la ramènera Paris, ainsi qu'Irma, lis convinrent cependant que la naissance dirma et les dispositions de M. de Ceyran à son égard resteraient un secret pour elle, jusqu'à ce que M. de Ceyran pût réaliser enfin ses internions, l'adoption dIrma devant avoir lieu trèsprochainement.
Charlotte aimait trop Urbain pour ne pas croire à la sincérité du retour de son affection et à son repentir. Bien que M. de Ceyran refusât obstinément de s'expliquer sur le moyen dont il comptait se servir pour vaincre le ressentiment de M. Dumesnil, la confiance qu'il témoignait à ce sujet était si grande, qu'Urbain lui-même était forcé de la partager. Charlotte, ivre de joie et d'espérance, se croyait revenue à ces jours où la certitude de famour d'Urbain la consolait de toutes les affections qu'elle avait perdues et de tous les ennuis de la pauvreté... Et maintenant, pour que rien ne manquât plus à son bonheur, voilà que l'avenir lui souriait, que l'aisance allait renaître autour d'elle, que son père allait lui rouvrir ses bras, qu elle allait être enfin unie à Urbain par un lien in-
iA6 LK CHATEAU
dissoluble et sacré!... Elle bénissait M. de Ceyran en lui baisant les mains... De son côté, Irma faisait mille folies... 11 lui semblfiit qu'elle trouvait une famille... Elle nommait M. de Ceyran son père, Charlotte sa sœur, et disait qu'Urbain était son frère paralliance... (>es idées faisaient sourire M. de Ceyran et Urbain, qui échangeaient ensemble d^scoups d'œil d'intelligence.
On reprit ainsi le chemin de Paris, et M. de Ceyran se sépara de sa future famille, en annonçant son prochain départ pour le château de la Pommeraie.
Urbain, cependant, ne pouvait se défendre d'une secrète inquiétude. Le dénoûment inattendu de son entrevue avec M. de Ceyran avait changé la nature de ses pensées et le projet concerté avec madame de Sainl-Ycnant, avant qu'il eût eu le temps d'envisager toutes les conséquences de ce changement. Maintenant il tremblait, en songeant au secret important c{u il avait confié a sa complice, et à l'abus qu'elie en ferait sans doute par esprit de vengeance et de cupidité. D'autre part, sa réconciliation avec Charlotte, vn renversant nalurellcment le complot formé contre elle, ameutait tout à la fois contre lui M. de Vibrac, madame d'Orlès, madame de Saint-Venant et madame Morel.
L'alerte fut donnée par lex-gouvernante qui avait habilement conservé ses entrées chez Charlotte, et qui ne tarda pas à s'apercevoir du changement survenu dans les relations de Charlotte et d Urbain. Ce dernier avait d'ailleurs suspendu brusquement ses visites a Léonie, De Vibrac était furieux et ne parlait de rien moins que d'aller brûler la cervelle à Urbain. Madame Murel et madame d'Ortès se considéraient comme frustrées des plus légitimes espérances. 5Ia-
DE LA. POMMEUAIE. J47
dame de Saint-Venaiit se prétendait indignement trahie, se plaignait bien haut de Tinûdélité des hommes, et regrettait tout bas les vingt mille francs promis par de Vibrac. Tous ces intérêts froissés s'agitaient en bourdonnant, comme un nid de guêpes foulées sous les pieds d'un passant. C'était une véiilable insurrection, et, chose incroyable, le déchaînement le plus violent et les plus ardentes imprécations s'adressaient à Charlotte. — Voyez donc celte petitehypocrite, disait madame de Saint-Venant, avec ses airs de pensionnaire! Fiez- vous, après cela, aux visages candides et aux voix doucereuseslOh,je me^engerai... — Elle aura juué, au profit d Urbain, quelque scène de roman, fit madame dOrlès. Un évanouissement, un semblant de suicide... Que sais-je, moi? Les hommes croient tout ce qu on veut leur faire croire, quand leur amourpropre est enjeu. Et les femmes honnêtes sont si rusées! — En elîet, fit observer madame Morel, j'ai toujours remarqué chez Charlolte,sous une apparente naïveté, une grande finesse et une habilelé extraordinaire... Elle gouvernait son père selon sa fantaisie, et l'on sait que le général n'était pas homme à... — Eh! madame, interrompit vivement Léonie, c'était à vous de reformer le caractère de cette jeune lille... Si vous aviez mieux compris vos devoirs, nous ne serions pas aujourd'hui jouées par une enfant. —
— Ma foi, madame, répliqua madame Morel, rougo décolère et de surprise, je ne devais pas m'attendra à un pareil reproche de votre part, et il est probable qu'à ma place ce ne sont pas des leçons de candeur et de sincérité que vous eussiez données a votre élève.
— On sait, du moins, quel a été le fruit de vos con- :î.i. — Vous moDlricz njoins de scrupules quand
-ei
iUS LE CHATEAU
VOUS faisiez tomber Urbain dans les pièges de votre coquetterie et de votre insatiable cupidité... — Lii là, cria Vibrac intervenant tout à coup dans la querelle avec une gravité moqueuse, allez-vous tout perdre et vous brouiller pour un mot? Prenez exemr pie sur moi qui perds, soit dit sans vous offenser, mes dames, plus que vous toutes ensemble... Il ne s'agit pas de se quereller maintenant, mais de se venger... Cette proposition réunit tous les sufrages.
— Mais auparavant, continua Yibrac, il faut voir si tout est réellement perdu... fors l'honneur de Charlotte... Et d'abord, il me semble que rien n'est moins prouvé que la défection d'Urbain... Qui sait s'il ne médite pas, depuis plusieurs jours, quelque honnête subterfuge pour se délivrer de nouveau de ses entraves? 11 nous reviendra, j'en suis sûr... Telqueje le connais, Charlotte est incapable de le fixer... Il y a ici quelqu'un qu il lui préférera toujours et qui n'a besoin que d'un signe pour le voir accourir à ses pieds.
En disant cela, Yibrac regardait galamment madame de Saint-Venant, qui ne put s'empêcher de sourire en minaudant modestement.
— D'ailleurs, poursuivit Yibrac, les renseignements nous manquent pour agir avec avantage... 11 faut mettre immédiatement en campagne quelque fin limier... J'y ai déjà songé et jeté les yeux sur un homme habile et qui m'est tout dévoué... Reposez-vous sur moi de ce soin.. .Je vous rendrai un compte régulier de mes démarches, et vous agirez, chacune à voire tour,quand il sera temps...
Ce plan fut approuvé, et Yibrac reçut une autorisation générale.
Cependant, M. de Ceyran avait voulu, ainsi qu'il l'a-
vait annoncé coufidenliellement à Urbain, que l'adoption définitive d'Irma précédât son départ pour la Pommeraie. Cette résolution se rattachait a un projet dont il so réservait de faire la déclaration en temps opportun. L'acte fut dressé et toutes les formalités accomplies en présence de plusieurs témoins, parmi lesquels figurait en première ligne la marquise de Rieux. M. de Ceyran avait exigé de la fière et prudente marquise cette nouvelle concession, qui, du reste, était à peu près sans danger pour elle, par la précaution qu'il avait prise do n'inviter que des personnes étrangères à la société de madame de Rieux. Urbain, cependant, fut invité, ainsi que Charlotte, à la fête par laquelle M. de Ceyran voulait, disait-il, inaugurer sa paternité. Mais outre que madame de Rieux était loin de penser qu'Urbain connût le lien secret qui l'unissait à Irma, il était placé trop au-dessous d'elle pour que ses soupçons, s'il enconcevait quelques-uns, pussent lui causer le moindre dommage. Urbain n'était, à ses yeux, que l'ex-professcur de son fils et lo mari de Charlotte. Sa présence chez M. de Ceyran s'expliquait tout naturellement par la liaison de Charlotte et d'Irma. Elle savait d'ailleurs le comte très-disposé, par caractère, à faire bon marché de son rang et de sa nobesse.
La fùte fut animée. La joie expansive d'Irma, l'amabilité de M. do Ceyran et l'esprit d'Urbain en firent surtoutles frais. Le visage de Charlotte exprimait un bonheur plus contenu. Seule, la figure sérieuse de madame de Rieux contrastait avec la gaieté générale, et semblait projeter de temps en temps comme une ombre rapide sur le front d'Urbain, placé à son côté.
Vers le milieu de la soirée, comme madame de Rieux donnait des ordres pour son départ, on lui re-
mit une lettre apportée par un inconnu, qui s'était retiré aussitôt sans attendre la réponse. La marquise se hâta de décacheter la lettre, qui était sans signature et ne contenait que quelques lignes. Mais a peine ses yeux Teurent-ils parcourue quelle pâlit, se troubla et parut près de s'évanouir. On s'empressa autour d'elle; mais, faisant un violent effort pour surmonter sa faiblesse, elle prétexta une défaillance causée par la fatigue, et, s'appuyant sur M. de Ceyran, qui s'était approché avec intérêt, elle l'entraina dans une pièce voisine... Un instant après, lecomfe reparut, et, ayant dissipé l'inquiétude des assistants, il emmena Urbain à l'écart et lui montra la lettre qui avait causé une si vive émotion a la marquise. Un vague pressentiment avait averti Urbain de l'objet de la missive, et il ne fit paraître, en la lisant, ni trouble ni surprise. ..Le secret de la marquise était connu, et on lui donnait avis que ce secret était au pouvoir<l'un traître. ..Urbaincomprit aussitôt de quelle main ce billet était sorti;mais il comprit, en même temps, que tout serait rompu, entre le comte et lui, s'il avouait qu'il avait lui-même un confident. Il répondit donc à toutes les questions de iM. de Ceyran, de manière à le rassurer entièrement à cet égard, ajoutant que des conjectures, fondées sur quelques apparences, avaient sans doute inspiré celte méchanceté a quelque enn^rmie cela marquise, cachée sous le voile de l'anonyme. Le caractère hautain et la rigueur intolérante des principes de madame de Rieux donnaient 'a cette supposition une certaine vraisemblance, et M. de Ceyran, rassuré par Urbaiu, finit par faire adopter celte versoin à la marquise ellemême. Le lendemain, après avoir installé chez lui sa fille adoptive et placé près d'elle une personne digne de confiance, le comte partit pour la Pommeraie. Outre
l'engagement qu'il avait pris de fléchir le ressentiment du général et dobtenir son consentement au mariage de Charlotte et d'Urbain, sa démarche avait un autre but, c'était de proposer à M. Dumesnil la main d'Irma pour l'aîné de ses fils. 11 avait même compté sur l'effet de celte seconde proposition pour déterminer le général à adopter la première. A ce point de vue, ses espérances n'étaient pas dénuées de fondement. Comparée à celle du général, sa fortune était considérable. Son rang.sa noblesse pouvaient d'ailleurs faire paraître son alliance doublement précieuse aux yeux de M. Dumesnil. Quant aux dispositions actuelles du général, des renseignements récents et qu'il avait tout lieu de croire exacts l'assuraient que le temps avait considérablement adouci, sinon entièrement fermé, la blessure faite à Torgueil du père et à la susceptibilité du vieux soldat. Sa confiance était donc légitime, et l'engagement qu'il avait contracté spontanément n'offrait vkn de trop téméraire. Cependant il n'avait voulu déclarer a personne la seconde partie de son projet, soit qu'il craignît, dans la supposition d'un échec, d'exposer Irma 'a des regrets, soit qu'il songeât à lui ménager la surprise d'une union avec le frère de Charlotte.
Mais si sa foi dans une complète réussite était i:rande, celle dUrbain avait reçu une atteinte mort(lle. Lo billet anonyme adressé à la marquise de Rieuxlui annonçait clairement a quelle guerre terrible il devait s'attendre de la part de ceux qui se croyaient trahis par lui. Il n'avait pu se méprendre sur l'auteur de la dénonciation. Madame de Saint- Venant était la seule personne a qui il eût révélé le nom et le secret de madame de Rieux. A défaut dun amour véritable, le dépit, le désir de la vengeance, surtout le regret de voir lui échapper la part ronsidérablr qu'il hn avait
promise dans les profits do leur honteuse spéculation, ne lui permettaient pas de douter qu'elle recourût, pour obtenir une réparation, à toutes sortes de bassesses et de perfidies. Son esprit rusé, entreprenant et rompu à toutes les inligues, la rendait redoutable dans cette circonstance. Urbain n'avait été qu'indiqué, en quelque sorte, par elle 'a madame deRieux, comme si l'avertissement s'adressait encore plus à lui personnellement qu'à la marquise. C'était encore une menace indirecte et une sommation de revenir en arrrièrc. Nul doute qu'un refus de sa part ne fut suivi immédiatement d'une accusation nominative et de tous les renseignements qui pourraient la fortifier. Alors l'échafaudage sur lequel il venait d'asseoir tout son avenir s'écroulait sans ressource, et Charlotte retom bait pour jamais au pouvoir de ses ennemis. Cette perspective, à la veille de voir se réaliser ses deux rêves si ardemment caressés, une existence honorable pour lui, et la fortune, le luxe et un bonheur tranquille pour Charlotte, épouvantait l'âme d Urbain. Incapable de résister au coup qui le menaçait, il résolut do tout employer pour le détourner ou pour le suspendre. Dans ce dernier cas, il aurait eu le temps de se mettre hors de la portée de ses adversaires. Ses précautions seraient prises, sa position assurée, et si son honneur ne sortait pas pur de celte épreuve, le bonheur de Charlotte serait du moins sauvé.
Sans faire part à Charlotte de ses cruelles appréhensions, Urbain retourna doPiC secrètement chez madame de Saint-Venant.