‹ Le Château de LeumontChapitre 4 sur 13 · oo · texte numérisé non relu

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l'assiette de l'impôt, et, à ce propos, critique le système fiscal dont gémit Dufort : « Ce qui frappe dans la proposition actuelle, c'est qu'elle n'est qu'une reproduction des lois du 7 thermidor an III et du 9 germinal an V. On avait eu 1 comme aujourd'hui M. Bail ae, la pensée de chercher quel était le revenu vrai des citoyens et on avait groupé, comme on veut le faire, autour de la contribution mobilière, un faisceau de taxes qu'on appelait somptuaires. pour atteindre les revenus des gens riches, au moyen d'une sorte d'impôt supplémentaire. On avait constitué des jurys qu'on appelait desiurvs d'équité, chargés d'apprécier !; des gens; les écrits du temps sont remplis de plaintes sur l'arbitraire :c législation; longtemps après qu'elle avait disparu, on er. parlait encore. Nous ne verrons pi s, disait, en 1 83 1 , à la Chambre des r, ce-- pré-

tendus jurys d'équité appréciant sur la commune renommée les richesses mobilières de loirs voisins, et distribuant les charges publiques de manière à n'en garder qu'une très petite part pour eux et leurs amis. •

(1) Je transcris les chiffres de Dufort, sans expliquer certains ta îx de capitalisation bizarres. A les modifier, le total ne changerait pas sensiblement.

Il me reste :

Rentes dues par le gouvernement, 16.930 fr. réduits

Rentes sur particuliers 946

Fermages, métairies, prés, étangs 10.958

Vignes (70 arpents à 20 fr.) 1.400

Bois-taillis, coupe réglée 4.000

Basse-cour, évaluée 600

État des citoyens et citoyennes à mon service et à ma charge.

Deux femmes ) , ,.

r. , [ trois ont passe 60 ans.

Deux hommes S

Un garçon laboureur, trois chevaux de labour. Aucune voiture « roulante » habituellement.

Tant à mon gendre qu'à différents particuliers, tant en perpétuel qu'en viager, je dois annuellement 18.000 fr.

Cet état, que j'avais évité par prudence de faire, et qui, si je n'avais pas de grandes possessions en bois et terres, ne laisserait à mon avoir aucune ressource, me donna, dans le moment où je me croyais totalement guéri, une nouvelle attaque de jaunisse.

Nous arrivons, après cela, à la fin des mémoires.

L'auteur les a écrits sous une impression de tristesse profonde (1). Il s'interrompt plus d'une fois pour songer amèrement à son entourage décimé, à sa fortune amoindrie, au désordre et au mal où la France lui semble irrémédiablement plongée. Cependant il termine son manuscrit avec moins de découragement ; il ramène sa pensée sur son cercle intime : il a ses enfants près de lui, dans son intérieur d'autrefois, ce qu'il lui faut pour vivre etpour être heureux en somme, après une carrière où il a

(1) « O cher manuscrit, dit-il quelque part, confident intime de mes tristes pensées, dépositaire fidèle, ami qui suspends quelques instants l'ennui qui me

dévore !.... »

cite tant d'écueils. Pull il M.sscnt une satisfaction \

v.mit ur, d'avoir mis a tin

des iihiii »i;es; il épiouvc '. it de lame U

qui a COIll peine et • in instant distraite

venir des temps pro I D • ient

d.ms l'esprit; dod pi I I ttgi numumentum^ car il p.la résolution d'écrire et de faire su un

journal mémoires. Alors un un de sérénité

perce sa mélancolie et éclaire le d va lii

La maison de Blois étant tro pour nous contenir t

j'espère l'augmenter d'une autre, Tannée prochaine. • I irons y passer trois mois, l'hiver. Quelques amis viennent : voir. Mon fils aîné et sa femme vivent à une lieue de chez moi, dans une petite terre, ornée autant que le local peut le permettre (i). Ils viennent dîner deux fois la semaine avec U enfants. Quoiqu'ils aient un appartement superbe, arrangé par eux, et qu'ils soient bien reçus, ils ont désire avoir leur lit Ils ont une fort jolie maison à Blois, dans la rue des Carme, rue que j'habite ; nous sommes à même de nous voir souvent, et nous en profitons, soit à la ville, soit à la campagne.

Mon neveu, M. de Sallaberry. a eu le bonheur de re'ussir. en comblant les vœux de feu son père. Ma belle-sœur a tout sacrifié pour son fils unique. Mon second fils, Dufort-Courson. a pre accepter un logement chez eux. l'hiver, et vit ou chez eux ou chez moi, fort tranquille. M. deToulongeon, mon gendre, avait quitté Harfleur, après y avoir passé trois ans et subi toutes les persécutions, excepté l'incarcération. Il a ramené dans sa terre, il y a six mois, sa femme prête d'accoucher de son sixième enfant; elle nourrit maintenant cet enfant, et ne pourra, cette année, venir nous voir. Mme Amelot vit à Paris avec ses deux filles... M. Amelot, mon neveu, devenu veuf de M,!e de Biré. ayant joué un rôle dans la Révolution, comme chef de la Trésorerie nationale, nommé par le roi, destitué, incarcéré, aux abois depuis dix-huit mois, ayant pensé périr plusieurs fois, se retire

(i) Au Breuil, dans la commune même de Cheverny.

à Madon (i), qu'il a acheté à quatre lieues d'ici, et qu'il préfère à sa terre de Ghaillou ; il y vit isolé, ayant, à ce qu'on croit, fait un mariege que sa mère ne veut pas savoir. Mrae la marquise de Roncherolles (a), n'ayant plus avec elle ses enfants, qui sont dans les pays étrangers, vit chez sa belle-sœur, Mrae Amelot. M. de Chabenat, l'ancien président (3), et ses fils, mes cousins germains, demeurent à Paris, rue de la Chaussée d'Antin, ou à Bonneuil, près Paris. M. le marquis Bouthillier de Chavigny, mon cousin issu de germain, et ses sœurs mariées sont tous sortis de France. M. et Mma de Bouthillier et leur fille que nous avons tous élevée, après la perte de Mine de Torme, jouissent de la terre de Gué-la-Guette (4), à cinq quarts de lieues d'ici, et continuent à nous tenir fidèle compagnie. Tel est le tableau de la vie que nous menons et de notre entourage.

Enfin j'ai terminé aujourd'hui , ier mai 1796, l'histoire entière des événements qui se sont passés sous mes yeux et qui me sont personnels. En y jetant les yeux, je n'ai qu'à remercier le ciel de la carrière que j'ai parcourue; si Horace m'avait connu, il n'aurait pu dire : Nemo sud sorte contentus vivit (5). Je suis né d'une famille ancienne et noble, sans autre illustration que l'ancienneté de son origine; quatre de mes ancêtres ont été dansdes charges ordinairesde robe. J'ai le malheur de perdre toute ma famille avant l'âge de quinze ans; je me trouve à la tête d'une grande fortune, dans un temps où il est fort aisé de s'égarer. Je suis appelé à une charge à la cour, occasion de jouissance et de

(1) Madon est un hameau de la commune de Candè, canton de Contres (Loiret-Cher). Amelot, neveu de Dufort, avait été conseiller d'Etat et commissaire délégué à la Caisse de l'extraordinaire.

(2) Née Marie-Louise Amelot, elle avait épousé Claude-Thomas-Sibvlle-Gaspard-Nicolas-Dorothée de Roncherolles, dit le chevalier de Pont-Saint-Pierre, lieutenant général des armées du roi.

(3) André-Charles-Louis de Chabenat, seigneur de Bonneuil et de la Malmaison, avait été président de la 2« chambre des enquêtes du parlement, depuis 1766 jusqu'à la Révolution. Son aïeul et son bisaïeul remplirent les fonctions d'introducteur des ambassadeurs. 11 avait épousé Anne-Charlotte de Jassaud. Je ne puis expliquer sa parenté avec Dufort.

(4) La terre de Gué-la-Guette s'étendait sur Fresnes et Cour-Cheverny.

(5) Qui fit, Mœcenas, ut nemo. quant sibi sortem Seu ratio Acdcrit, seu fors objeccrit, ill.i Contentus vivat f

(Satire Irp, liv. 1.)

luiii l'évite 1

lion d'une

rime

qui est devenue plutan-

beur

., car ell jours eu une conduit • uxquii mue.

Je mus un autre ; lai pour me I u de

Cheverny. Le roi i

général de quatre provinces. L'intendant, qui est mon ami intime, ajoute a la i. :

Révolution commence. I I • pour:

dent de l'administration juent i • te de

tous les ordres de l'Étal >lution continue. Par un

bonheur sans égal, il y avait vingt-cii

censé avoir quitte Paris, n'y ayant plus de maison. Je vois I les orages, la mort planer sur . s les plus illustres. les plus

probes et du plus grand mérite, le n'y perds que la m ma fortune, tandis que les autres y perdent la vie. J'ai le bonheur d'avoir un gendre d'un nom illustre, qui. tandis que son frère aîné, jouant un rôle, est force d'émigrer pou - sauver ta vie, reste et fait qu. :^pe au péril d'avoir une fille émi^

Mes deux tils se conduisent selon les mêmes prk.. beaux-frères dont j'étais l'aîné. M. Amelot, le second, devient fou et meurt: M. de Sallaberry perd la vie, et moi. inca: quatre mois dans mon pays, on me trait.

Je reviens chez moi : ma pro; est entièrement tenue

comme dans l'ancien régime; pas un de j n'a

négligé ses devoirs. Nous n'avons presque pas éprouvé la famine qui a tourmenté toute la France. J'ai pu retrou\er des amis et leur être secourable. et si, oubliant l'univers, nous ne lisions pas les journaux et ne savions ce qui se passe, nous pourrions nous figurer que rien n'est change depuis dix ans. Ma femme, re> table à tous égards, contribue à l'agrément de ma vie. soins éclairés, son esprit, ses lumières, son coup d'œil dans ces temps orageux, nous soutiennent et allègent le poids des maux

(i) Dufort fait commencer la Révolution en 1787.

— ii7 — que nous supportons. Telles sont les consolations re'elles qui, dans cette révolution, me donnent le courage nécessaire.

L'embellie ne dura guère. Dufort, dès Tannée suivante, perdit son vieil ami Sedaine, et, à peu d'intervalle, le 26 avril 1799, son tils aîné, qui avait quarante-deux ans.

Son journal finit le 20 juin 1801. Il vendit Cheverny, cinq jours après, à un banquier de Paris (1) ; peut-être n'eut-il pas le courage de l'écrire. Puis voici la fin de l'épilogue : quelques lignes empruntées aux registres de l'état civil de Blois.

Du neuvième jour du mois de ventôse de l'an dix de la République française (28 février 1802).

Acte de décès de Jean-Nicolas Dufort, époux de Anne-Marie- Edme Le Gendre, décédé aujourd'hui, a cinq heures du matin, propriétaire, Agé de soixante-onze ans, né à Paris, département de la Seine, demeurant a Blois, rue des Écuries, fils de feu Joseph-Pierre Dufort et d'Agnès-Françoise Soullet. Sur déclaration à moi faite par le citoyen Charles-René Baron, demeurant à Blois, profession de propriétaire, qui a dit être ami du défunt, et par le citoyen Jean-Martin Renou, demeurant à Blois, profession de marchand, qui a dit être ami du défunt; et ont signé, etc..

La veuve du fils aîné de Dufort mourut à Blois, le 5 avril 1 8 5 r , âgée de quatre-vingt-dix ans. Elle avait eu une fille, Aimée-Zéphirine, qui épousa Marie-Nicolas Renaud d'Avène des Méloizes, marquis de Fresnoy ; et un fils, Bernard-Eugène de Dufort, comte de Cheverny, auditeur

(1) Le fils de celui-ci, M. Germain, vendit la terre de Cheverny, le 25 juin 1808, à MM. Guillot père et (ils. M. Guillot fils la vendit à son tour, en 1824, à Anne- Victor-Denys Hurault, marquis de Vibraye, descendant en ligne directe de Denys Hurault. frère du chancelier. Cheverny, depuis lors, n'a pas cessé d'appartenir à la famille de ses anciens seigneurs; le propriétaire actuel est le petit-fils du personnage qui en reprit possession en 1824 : ML Henri Hurault, marquis de Vibraye. C'est lui qui a bien voulu me fournir les dates des dernières transmissions de sa terre.

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Jean- Pierre-Marie de Dufort, cfa

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Marcant, ei fut juge de paii II n'eut qu'un I

Edmond-Charles, mort célibataire iHo^-iHh-j. \ .

(i) J'emprunte ces renseignement*, par l'obligeant intermédiaire naad

H.ischet, a l'arbre généalogique d< Jan» la famil

Méloistt, aii'onrd hui la seule descendance de I ancien *cignr

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