LES APPARTEMENTS DU COMTE D’ARTOIS
En redescendant au rez-de-chaussée, on pénètre dans les appartements situés aussi de ce côté du
Cheminée de la salle à manger du Comte d'Artois.
château que le comte d’Artois fît aménager vers 1780. Les travaux en furent conduits par l’architecte Bellanger qui devait vers le même temps élever pour le même prince la coûteuse et charmante « folie » de Bagatelle. Il eut comme collaborateur principal un décorateur nommé Lhuillier, dont l’honneur d’avoir remis le nom en lumière revient à M. Léon Deshairs et qui fut certainement un homme de très grand talent. C’est lui qui composa toute l’ornementation de la grande salle à manger, pierre et stuc, notamment la belle cheminée ornée de deux bacchantes ajustant des guirlandes sur un trépied et d’un aigle à l’antique en pierre, et le dessus de porte où deux Renommées assises accotent un médaillon garni de deux jeunes femmes qui enguirlandent un Priape.
Les belles statues des niches sont les plâtres originaux des figures commandées par le comte d’Artois aux plus grands sculpteurs du moment et dont l’exécution en pierre ne put être achevée faute d’argent. Elles .représentent Cérès par Houdon, Pomone par Boizot, Flore par Foucou, Erigone par Clodion.
Ce sont là d’admirables morceaux fort intéressants en eux-mêmes, mais qui prennent dans ce décor, où se marie l’esprit du style Louis XIV, vivant encore dans les grandes lignes de l’architecture, à la grâce fine et précise du style Louis XVI, une allure de noblesse et de grandeur toute particulière, et assez rare dans les créations du xvme siècle.
La table de marbre enrichie de porphyre qui a été placée au centre de cet ensemble merveilleux et qui s’y encadre parfaitement, est un travail moderne que M. Jacques Doucet, qui en a fait don au château de Maisons, avait commandé au sculpteur Rozet pour compléter un ensemble analogue à celui-ci où dominait l’ingénieuse et libre fantaisie de Clodion.
Les travaux du comte d’Artois furent interrompus, nous l’avons dit, bien avant la Révolution et il est probable qu’il ne se servit pas des pièces ainsi décorées. Au moment où les commissaires de la Convention dressèrent l’inventaire du château, les parquets n’étaient pas posés et les pièces étaient encore remplies d’échafaudages. L’achèvement en est dû au maréchal Lannes et çà et là apparaît peut-être l’intervention des décorateurs de l’Empire, notamment dans la cheminée de la première pièce dite Salle à manger d'hiver.
De décoration beaucoup plus simple, celle-ci a reçu sur la cheminée un beau buste en marbre de Louis XVI dû à l’atelier de Pajou et des tableaux de la fin du xvme siècle, le Sacrifice d'une Vestale deSuvée, des Paysages de Joseph Vernet etdeChastelet, Pygmalion et sa statue et Dihutade ou YOrigine de la peinture par J. -B. Régnault, enfin des portraits de Louis XVI et de ses frères, les comtes d’Artois et de Provence.
La petite salle de jeux située dans l’aile, qui com-
plète l’appartement et par où l’on termine la visite, est ornée de stucs imitant le marbre et de reliefs d’un classicisme ingénieux. Les travaux commencés sous Louis XVI ont dû être aussi terminés sous l’Empire. Outre quelques meubles, dont une table en marqueterie datée de 1817, on y a disposé plusieurs sculptures parmi lesquelles un Silène couché d’après l’antique que les inventaires révolutionnaires signalent déjà à Maisons et qui était passé au Louvre, et les morceaux de réception à l’Académie de peinture et de sculpture de Foucou {un Fleuve),, et de Boizot [Méléagre), auteurs de deux des belles statues de la salle voisine.