SCENE PREMIERE
Mao. GRÏMARDEAU , une lettre à la main.
Monsieur Grimardeau I monsieur Grimardeau !... Voyez un peu s'il viendra.... Et pourtant ii n'y a pas un instant à perdre d'après cette leitre. ÇElle lit.*)
a Je me hâte de vous annoncer, ma chère madame Gri- » mardeau, que je serai de retour au château, dans la journée. » Je me propose d'y célébrer l'union de ma fille avec Belcour, » mon neveu, si toutefois leur première entrevue a le résultat » que j'en espère , car je ne prétends pas contrarier leur in- » clination. Belcour arrive de Saint-Cyr , ce matin même ; » et madame Bernois , dont la terre est voisine de la mienne , » a bien voulu se charger d'amener ma fille de son pensionnat. » S'ils se trouvaient au château avant moi, vous en feriez les » honneurs avec le zèle et l'empressement que méritent ces » trois hôtes et le motif qui les amène.
» Dorsay , Baron de Saint- Val. »
Comme si une première entrevue pouvait décider du rapport des coeurs et du bonheur de la vie ! Et puis qu'espérer d'une pareille union ? Le jeune homme le plus froid , le plus réfléchi, le plus apathique que je connaisse ! et la demoiselle la plus vive , la plus étourdie qu'il soit possible de voir !... On s'étonne après cela de voir tant de mauvais ménages î... Le moyen que ce soit autrement.... Ah î il n'en était pas ainsi quand j'épousai M. Grimardeau. Le pauvre cher homme ! outre que nos deux caractères semblaient avoir été jetés dans le même moule , il me fit la cour pendant cinq ans , et soupira pendant six semaines avant d'oser me dire :
« Il fait beau temps aujourd'hui , Mademoiselle. » Et voilà comme on aime.
Air : De la Parole.
Aussi depuis notre lien, Dieu sait quel bonheur est le nôtre î Son avis est toujours le mien, Jamais un mot plus haut que l'autre.
Et si rien de ces nœuds constans Ne troubla la douceur touchante, C'est qu'on mariait, dans ce temps y Les jeunes filles à trente ans , Et les jeunes gens à quarante.
Mais voyez donc s'il arrivera.... Monsieur Grimardeau ! monsieur Grimardeau !... Ah mon Dieu ! si je ne pensais pas à tout.... Il est , je gage , à arroser quelques plantes dans le jardin , tandis que sa femme.... Ah mon Dieu î mon Dieu !
(Elle sort par la droite du public. )