LA.URE ET MAD. DERBOIS
En prison !
ROSE
Et madame Grimardeau aussi.
LAURE
Madame Grimardeau î
ROSE
Dans le colombier.
MAD. DERBOIS.
Prisonnière î
ROSE
Comme j'ons l'honneur de vous le dire; dam, c'est qu'il s'est passé ben des choses au château ce matin , allez.
MAD. DERBOIS.
Que s'est-il donc passé?
ROSE
Une bataille.
LAURE
Une bataille! ah! mon Dieu, ma bonne amie, allonsnous-en.
ROSE
Ah ! rassurez-vous, c'est fini à c'tc heure ; la garnison est désarmée.
MAD. DERBOIS.
Mais explique-toi donc mieux; car je ne comprends rien...
ROSE
Comment ! vous ne comprenez pas qu'il nous est tombé ce matin , je ne sais d'où , un bel officier; que cet officier , qui est ben un capitaine tout au moins , a demandé l'hospitalité à madame Grimardeau , qui la lui a refusée ; que monsieur Grimardeau est arrivé au bruit, qui la lui a refusée aussi ; Kjiïe
là-dessus le capitaine s'est fâché , et leur a dit qu'il resterait malgré eux ; que sur ce mot-là , ils ont été chercher tous les gens du château , qui sont venus armés jusqu'aux dents, de fourches , pelles , broches; bah ! est-ce que j'sais moi?., pour chasser le capitaine , qui n'a eu qu'à tirer un coup de pistolet pour faire mettre M. Grimardeau dans le grenier, madame. Grimardeau dans le colombier, le palefrenier à l'écurie pour soigner ses chevaux , et le cuisinier à la broche pour son souper.
MAD. DERBOIS.
C'est un roman tout entier.
LADRE
Ainsi il a fait toute la maison prisonnière.
ROSE
Oh ! tout le monde , ni plus ni moins.
Mais toi pourtant?...
ROSE
Oh ! moi , il ma faite autre chose ; il m'a faite...
MAD. DERBOIS.
Bah ! et quoi donc?
ROSE
Intendante du château.
LAURE ET MAD. DERBOIS , riant.
Intendante !
ROSE
Générale encore.
MAD. DERBOIS.
Et sais-tu son nom?
ROSE
Il ne nous l'a pas dit; mais, à ça près qu'il s'empare de tout ce qu'il y a dans le château , il a l'air d'un jeune homme de bonne famille.
MAD. DERBOIS.
Et il ne s'est pas nommé ! (A part.')
Air d'une Visile à Bedlam.
Oh ! quel singulier soupçon !
Oui , c'est lui , je le parie , Oui fait par cette folie , Son dernier tour de garçon,
LAURE
Cette conduite est vraiment D'une impertinence extrême.
MAD. DERBOIS,
/ Et si cet impertinent Etait ton futur lui-même !
LAURE
Eh quoi ! Belcour , tout de bon , Aurait fait cette folie !
Il faudrait donc, bonne amie, Qu'il eut perdu la raison.
MAD. DERBOIS.
Non, ce n'est plus un soupçon ; C'est Eelcour, je le parie , Qui fait , par cette folie, Son dernier tour de garçon.
ROSE
Qu'est-ce donc qu'elles se disent là tout bas
MAD. DERBOIS.
Tout s'explique ; le baron ne voulant pas que la prévention influât sur l'opinion que tu pouvais concevoir de lui à la première vue , lui a recommandé le plus complet incognito jusqu'à son retour ; et ils auront bâti ensemble la fable qu'il a faite à ces braves gens , et qu'il va nous faire à nous-mêmes , si nous voulons bien le croire.
LAURE
Mais c'est une conspiration que cela.
Bien innocente, puisqu'elle n'a pour but que ton bonheur.
LAURE
Ce que vous me dites là , ma bonne amie , double le désir que j'avais de connaître mon cousin.
MAD. DERBOIS.
Eh bien I il est aisé de te satisfaire ; moi-même je ne serais pas fâchée de voir cet aimable étourdi-là. Rose?..
ROSE
Madame ?
MAD. DERBOIS.
Va dire à cet étranger que deux dames, qui arrivent dans ce château , désirent lui parler.
ROSE
Et s'il dort ?
LAURE
Tu le réveilleras.
ROSE
En frappant seulement à la porte ; car un jeune homme vif comme ça , doit avoir le réveil bien méchant... Mais je voulais vous dire , n'allez pas aussi vous fâcher , car il vous mettrait en prison comme les autres , dà.
MAD. DERBOIS.
Sois tranquille, et va vite l'avertir.
ROSE
J'y courons ? Et t'nez , le v'ià; faut qu'il vous ait devinées