SCÈNE IV
SAINT-ERNEST , endormi dans le grand fauteuil de droite; Mad. GRIMARDEAU.
MAD. GRIMARDEAU.
Allons, me voilà tranquille. J'ai envoyé tous mes gens au bourg voisin , avec ordre d'en rapporter , à quelque prix que ce soit , de quoi composer un festin aussi copieux que délicat; M. Grimardeau s'occupe des détails de l'ordonnance de la fête qui , j'espère , ne laissera rien à désirer; et moi , je vais disposer les appartenons. Commençons par cette première salle. (Apercevant Saint-Ernest endormi. ) Miséricorde ! qu'est-ce que c'est ça ?
saint-ernest , s* éveillant en sursaut.
Hein ?
MAD. GRIMARDEAU.
Un tomme ici î et un homme armé !
SAINT-ERNEST
Qu'y a-t-il ? ( Voyant madame Grimardeau. ) Peste î si c'est là la tendre châtelaine que Lefranc m'a annoncée...
MAD. GRIMARDEAU.
Au secours î au secours î
SAINT-ERNEST
Eh! mon Dieu ! Madame !... calmez-vous ?
mad. grimardeau , toute saisie.
Monsieur, ...Monsieur...
saint-ernest.
Pour qui me prenez-vous donc ?
MAD. GBIMARDEAU.
Je vous avoue qu'à la manière dont vous vous êtes introduit...
SAINT-ERNEST
Introduit? Apprenez que je suis entré...
MAD. GRIMARDEAU.
Et par où , s'il vous plaît?
SAINT-ERNEST
Par la porte , que j'ai trouvée ouverte.
MAD. GRIMARDEAU.
Qu'y faisiez-vous ?
SAINT-ERNEST
J'y dormais... comme vous avez pu voir.
MAD. GRIMARDEAU.
Et qui ètes-vous , Monsieur, pour avoir osé vous permettre?
saint-ernest , gaiement.
Mais, vous-même, pour me faire subir un pareil interrogatoire , êtes-vous la maîtresse de ce château ?
MAD. GRIMARDEAU.
Non , Monsieur ; mais depuis trente ans j'en suis la gouvernante , sous tous les propriétaires qui s'y sont succédés , et je les représente en leur absence.
SAINT-ERNEST
Je vous fais compliment , vous faites les honneurs de la maison avec une grâce, une prévenance...
MAD. GRIMARDEAU.
Ta, ta , ta... il ne s'agit pas de cela , Monsieur; ayez seulement la bonté de me dire qui vous êtes, d'où vous sortez, et ce que vous venez chercher ici...
SAINT-ERNEST
Ce que je suis ? militaire. D'où je sors? de l'armée. Ce que je viens chercher? ce n'est pas vous.
MAD. GRIMARDEAU.
Eh ! bien , monsieur le militaire , puisque ce n'est pas moi que vous cherchez, faites-moi le plaisir de déloger , si vous ne voulez pas que j'appelle main-forte.
SAINT-ERNEST
Main-forte ? Ah ! doucement, ma bonne dame; on n'obtient rien de moi par violence.
MAD. GRIMARDEAU.
Non! eh bien, c'est ce que nous allons voir. Monsieur Grimardeau ! monsieur Grimardeau !
saint-ernest , riant.
Qu'est-ce que ce monsieur Grimardeau ? quelque vieil extravagant aussi aimable que vous.
MAD. GRIMARDEAU.
Monsieur Grimardeau, un vieil extravagant ! c'est trop fort et la patience m'échappe.
Air de l'Anglaise de M. Darondeau.
Sortez à l'instant, sortez, Ou , morbleu ! si vous restez ,
Redoutez {bis) L'accueil que vous méritez ; Doit-on se conduire ainsi ?
Et croyez-vous , mon ami ,
Etre ici (bis) Dans un pays ennemi.
SAINT-ERNEST
L'heureux caractère, L'aimable colère-:
La bonté , la douceur, Ont moins d'attraits pour mon cœur!
( io)
Cris , fureur extrême , Voilà ce que j'aime !
Si j'osais (bis) Je l'embrasserais.