SAINT-ERNEST, LEFRANC
lefranc , accourant.
Mille citadelles ! quel tintamare ! serions-nous en pays ennemi , mon capitaine ?
SAINT-ERNEST
Ma foi à peu près , mon cher Lefranc , car il faut nous préparer à nous défendre.
LEFRANC
A nous défendre ! Et contre qui, s'il vous plaît?
SAINT-ERNEST
Je ne te cache pas que c'est contre de vieilles troupes.
LEFRANC
Allons , capitaine , vous voulez rire.
SAINT-ERNEST
Du tout , rien n'est plus sérieux et plus plaisant.
En ce cas tenons bon ; car comme je vous le disais , nous ne pouvons pas songer à la retraite , la voiture ne sera prête que demain.
SAINT-ERNEST
Je m'en doutais et j'ai retenu mon gîte.
LEFRANC
Mais enfin où sommes-nous donc ?
SAINT-ERNEST
Nous sommes dans un château fort , que j'avais pris pour une tour démantelée, à la facilité que nous avons eue à nous y introduire ; mais deux maudites sentinelles m'ont surpris , et sont ailées donner l'éveil à toute la garnison , qui va accourir en armes pour nous débusquer ; au reste je l'attends ici de pied ferme et avec l'impatience , non d'un militaire qui aspire à l'honneur d'une victoire, mais d'un voyageur qui veut se donner en passant le plaisir de la comédie.
LEFRANC
Je veux bien que le diable m'emporte , si je comprends rien....
SA.INT-ERNEST
Ne t'embarrasse de rien, et charge seulement mes pistolets de manière à ne tuer personne.
LEFRANC
Ma foi, mon capitaine , .... quelle que soit l'attaque dont vous me parlez et les vieilles troupes qui nous menacent , comptez sur moi —
Air : De Marianne.
Je soutiendrai le choc en brave , Et s'il faut céder au plus fort, Je disparais , et dans la cave Je descends chercher un renfort.
Là , dans mon centre ,
Je me place entre
Trois cents flacons
Rangés en bataillons; Soldats solides , Quoique liquides , De ma valeur Ils tripleront l'ardeur.
La troupe ennemie alarmée Cède aux assauts qu'elle reçoit , Puis en l'honneur de mes exploits J'avale mon armée.
Allons , en campagne!
saint-ernest , cherchant ses armes.
Eh bien ! où est mon sabre !
LEFRANC
Mille canons!... vous l'aurait-on pris?
SAINT-ERNEST
Je l'avais mis là... Pas de doute, c'est un tour de l'infernale gouvernante.
LEFRANC
Une gouvernante ?
SAINT-ERNEST
Oui, une gouvervante.... j'oubliais de t'en prévenir,., une jolie gouvernante, fraîche... très-appétissante, ma foi!
Ah! ah!... et jeune.
SAINT-ERNEST
Agée de soixante-dix ans.
LEFRANC
Miséricorde ! saint-ernest.
Air : Tu vas changer de costume.
Ah ! de ce tour , oui , je me vengerai En redoublant ses comiques alarmes; Et dans l'instant il faut bon gré , mal gré, Qu'elle me rende ici les armes.
LEFRANC
Ce que Suédois, Polonais, Allemands, Jusqu'à ce jour encor n'avaient pu faire , C'est un tendron de soixante et dix ans Qui — J'en étouffe de colère.
SAINT-ERNEST
Et moi j'en ris.... mais je me vengerai En redoublant ses comiques alarmes ; Et dans l'instant je veux bon gré , mal gré , F"NS. ) Qu'elle me rende ici les armes.
LEFRANC
Ah ! de ce tour , oui , je me vengerai En redoublant ses comiques alarmes ; Et dans l'instant il faut bon gré , mal gré , v Qu'elle nous rende ici les armes.
( Ils sortent par la porte latérale à gauche du public. )