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LES ANCIENS JARDINS DU ROI. — LA PLANTE. — LE PARC

Lorsque Gaston XI abandonna le château d'Orthez pour celui de Pau , il embellit sa nouvelle demeure et la dota, suivant un vieil auteur, de dehors magnifiques. C'est vers 1460 qu'il traça les jardins et planta la forêt du parc. Henri II, roi de Navarre, vers le printemps de 1532, prit plaisir à décorer ces lieux charmants où la nature se prêtait si bien à tous les caprices de l'art.

<c Sa Marguerite ornée de grand'prudence , « D'un grand esprit et grande expérience, « Lui assistait, sans qu'il prit à dédain « D'en prendre avis qui toujours était sain. »

Ces vers, de Palma Cayet, disent vrai. La reine de Navarre avait un grand goût pour les fleurs. Son jardin d'Alençon avait été surnommé le paradis terrestre. François Ier, pour complaire à sa sœur, lui envoya à Pau ses jardiniers les plus habiles. C'était pour Marguerite une douce distraction de les voir, sous ses yeux et quelquefois sous sa direction, opérer de gracieuses merveilles. Son cœur jouissait aussi de trouver l'occasion d'employer un nombre considérable d'ouvriers pour leur donner l'aumône sous la forme du salaire du travail. Elle réussit à avoir bientôt les plus beaux jardinages qui fussent en Europe. Jeanne d'ÀIbret continua de les embellir, et la ville mérita le surnom de Pau la Jardinière.

Henri IV tenait beaucoup aussi aux parterres du château. « II s'y trouvait dit Favyn, les plus belles allées et palis-

sades qu'il y eût en France et ailleurs. — Auparavant son avènement à la Couronne, dit Palma Cayet , leur entretien lui coûtait cinq mille êcus tous les ans, ayant fait accommoder l'un des carrés du jardin en façon de castramétalion ancienne, avec salles, chambres, cabinets et offices, tout de même quen un grand palais. Devenu roi de France, Henri IV , dans ses lettres , répète souvent : Mandez-moi des nouvelles de mes jardins de Paît, et s'ils sont beaux et bien entretenus. Cette pensée se mêle aux plus graves préoccupations politiques et se place dans sa correspondance à côté des questions les plus sérieuses. Les fruits du pays natal avaient pour lui une saveur particulière. Il ne manqua pas de peupler ses vergers de Fontainebleau , de St-Germain et des Tuileries de plusieurs arbres fruitiers de Béarn. Le 13 janvier 1597 il écrivait de lui envoyer des pavis et des mirlicotons; or, les mirlicotons, avec la grâce de Dieu et les progrès du temps, sont devenus les célèbres pêches de Montreuil. Sous le règne de Louis XIII, tout tomba en décadence autour du palais abandonné. Un écrivain de cette époque (Coulon, Description de la France), s'exprimait ainsi : Pau se glorifie de son château ; de son parc , de son jardin et de ses allées superbes que l'absence des princes, la négligence des gouverneurs et les injures du temps ont ruinés. L'ancien taillis devint en 1706 la Haute-Plante. Le président Bayard la fit dessiner en quinconce et lui donna son nom. « Derrière cette promenade, dit l'abbé d'Expilly, « est une une belle châtaigneraie, et à côté sont deux belles « pépinières de mûriers et de noyers, Tune et l'autre en- « tourées de viviers et de magnifiques allées. A côté des « pépinières est une grande châtaigneraie, au milieu de « de laquelle il y une fontaine appelée des Fées, dont l'eau « sert à guérir certaines douleurs et plaies » La Haute- Plante, aujourd'hui, a perdu ses arbres antiques, vendus à la marine en 1833. Mais elle est ornée par une des plus belles casernes qui existent en France. Les anciens par-

terres royaux furent successivement envahis par la ville. Le li août 1782, l'ingénieur Flamichon demanda la concession d'un terrain dépendant du château pour y construire la place Gramont. Le palais de Pau n'a plus de jardin. Il n'a que sa Basse-Plante , jadis nommée les Hormelettes , et son parc.

Le parc est , sans contredit , une des promenades les plus gracieuses, les plus pittoresques, les plus renommées du monde. C'est avec raison l'orgueil des Béarnais , qui ont su le sauver aux mauvais jours de la Bévolution. Les sombres allées de ce bois charmant plaisaient à Jeanne d'Albret. C'est là qu'elle avait fait construire son Castet- Bèzial , où elle venait se reposer de ses devoirs de reine en remplissant sa tâche de mère. Ce Castet-Béziat se cachait dans le fond du vallon , au nord , au milieu de la verdure , tandis que , sur le sommet de la colline , au midi , en face du paysage le plus vaste et le plus riant, s'élevait un antique ermitage dont il reste encore quelques vestiges.

Henri IV aimait aussi ce charmant bocage, dans lequel il se plaisait à parler d'amour avec Corisande ou à s'occuper d'affaires avec d'Aubigné.

Hélas ! le temps n'a guère épargné les arbres antiques que nos pères chérissaient parce que le bon roi avait pu s'asseoir avant eux sous les mêmes ombrages. Presque tous furent renversés, dans la nuit du 19 janvier 1820, par un des ouragans les plus épouvantables qu'on ait jamais vu dans nos contrées 5 mais une riche végétation a réparé ces désastres; les chênes et les hêtres du parc sont dignes de ces beaux lieux.

De Henri IV à Napoléon III, que d'hommes illustres de toutes les parties du monde sont venus visiter cette promenade , si fréquentée depuis que nos sites pittoresques , prônés par la mode , ont acquis une réputation méritée, européenne et toujours croissante !

Le 1er août 1817 , le prince de Talleyrand voulut s'y

promener avec Mesdames de Périgord et Poniatowska; sa voiture fut précipitée dans un endroit escarpé. Le prince, qui sut se relever si bien de tant de chûtes d'un autre genre, n'éprouva presque aucun mal de celle-ci, qui aurait semblé devoir être mortelle. Qui pourrait redire toutes les fêtes royales ou populaires dont le parc fut témoin ? La dernière ne fut pas la moins brillante. Elle eut lieu à l'occasion de l'inauguration de la statue d'Henri IV. Le jeune duc de Montpensier y présidait : banquet de 350 couverts en plein air: illumination à giorno 9 bals, musique, feu d'artifice, tout fut d'une splendide magnificence.

Mais ce n'est pas le bruit des réjouissances publiques qu'on aime à chercher sous ces mystérieux ombrages ! Tant que la mode sera fidèle au pèlerinage des Pyrénées, tant que la Providence voudra conserver à nos sources thermales leurs vertus merveilleuses , à notre bienfaisant climat sa douce température , à nos sites ravissants leur charme séducteur , le parc d'Henri , avec son soleil si resplendissant pendant l'hiver, avec sa verdure si fraîche pendant Pété, avec ses doux murmures du Gave, ses brises embaumées, son air si pur et si suave, sera toujours le refuge des santés languissantes et le rendez-vous de ceux qui veulent respirer, au milieu des tableaux d'une admirable nature , le calme , l'espérance et la vie !

Faut-il décrire les paysages divers , qui se déroulent devant les yeux et qui changent à chaque pas , comme les tableaux d'une scène féerique ? Faut-il énumérer ces monts vaporeux des Pyrénées qui tantôt semblent vouloir se rapprocher de nous et tantôt vouloir se cacher derrière une brume transparente ? Faut-il peindre ce Pic-du-Midi, dont la neige brille aux feux de l'été plus resplendissante que le diamant, ou rougit aux rayons du soir comme une vierge timide ?...

Il serait impossible d'indiquer même les noms de tous les écrivains qui ont vanté le parc d'Henri IV avec des

paroles dignes de leur admiration. Parmi nos grands auteurs, M. Nisard, de l'Académie française, en a fait une ravissante description. Parmi les auteurs anglais, M. James ( Desultory man ) , le compare au brillant prestige d'un rêve féerique. Parmi les poètes allemands, un homme aussi distingué par l'esprit que par l'illustration de la naissance , le comte de Bentheim-Tecklembourg, a composé une pièce charmante sur l'aspect des Pyrénées , vues du Parc. Parmi les célébrités de la littérature espagnole, M. le marquis de Molins a dû à ces beaux lieux une de ses plus heureuses inspirations en chantant à Pau même la naissance d'Henri IV (Obras poelicas , t. /,p. iiï).

Des poètes français ont depuis longtemps célébré le parc du bon Henri. Le plus illustre de tous M. de Lamartine s'est écrié en le voyant : Voilà la plus belle vue de terre comme Naples est la plus belle vue de mer, et quand je lui ai demandé si c'était bien là ses expressions il m'a répondu : Je regrette seulement quelles soient trop faibles pour rendre l'admiration que m'a inspirée votre beau pays ; admiration qui croît toujours dans mon souvenir.

Nous ne saurions mieux terminer notre livre que par des couplets sur le château de Pau composés par M. Mazères, ancien Préfet, auteur dramatique connu par de nombreux succès :

Arrêtez-vous , voyez cette tourelle , Ces murs épais que le temps a noircis , Ce lourd donjon qui dans les airs chancelle , Et ces crénaux par le ciel obscurcis ; Voyez encor ce magnifique ombrage

Qui sur le Gave au loin forme un berceau

Du Béarnais c'est l'antique héritage; Arrêtez-vous : c'est le château de Pau!

Partout ici de notre Diable-à-Quatre , Le souvenir vient servir de leçon; A nos guerriers il apprend à combattre.

Tenez, là-bas Voyez-vous Jurançon?

Nos bons vieillards couchés sous les tonnelles , Le verre en main , font retentir l'écho ; Nos jeunes gens gaiement trompent leurs belles En regardant le vieux château de Pau !

Un jour, hélas! j'en ai la souvenance, De rage encor tous mes sens sont émus , Là , sur le pont , fier , brandissant sa lance , J'ai vu l'Anglais! Je ne l'y verrai plus !

L'Anglais superbe Il chantait la victoire!

Mais de Henri , dès qu'il vit le drapeau , Le fer baissé, ne parlant plus de gloire , Il salua le vieux château de Pau !

On dit chez nous , et je le crois sans peine ( Que ne peut-on croire du grand Henri ! ) Que vers le soir là-haut il se promène ; A ses côtés même on a vu Sully !

S'il était vrai ! si , fléchissant les Parques , Les deux amis causaient sur le coteau , Je m'écrierais : Ministres et monarques, Accourez tous vers le château de Pau !

Toi dont le cœur n'a pas connu la haine , Toi qui savais comment il faut régner, Entré tes bras , toi qui serrais Mayenne , A ton nom seul on aime à pardonner!

Nos longs discords , nos fureurs et nos guerres , On les oublie au pied de ton berceau ! Français , enfin , pour vivre tous en frères , Venez tous voir le vieux château de Pau !

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