LES BOISERIES ^Q
meubles en sont remarquables par les moreeaux de tapisserie qui les recouvrent : c'est une rare
CuL.MI.NÉii DU SECU.ND SaLO.N D£S (( AppAKTE
ME.NTS D ASSEMBLEE ))
Savonnerie Louis XI\'. Tout, dans les deux salons qui s'ouvrent en enlilade a droite de Tanticliambre, les tapis Louis XIV malgré la grande harmonie
5o LE CHATEAU DE RAMBOUILLET
de leurs teintes, car celai du second salon n'est qu'une imparfaite copie du premier, la tapisserie de La Fille de Jephté, comme le grand tableau qu'elle cache de la Bataille de Rocroi^ les charmantes garnitures de cheminée Louis XVI, les admirables meubles tendus de tapisseries de Beauvais aux Fables de la Fontaine, tout, jusqu'aux erreurs du goût moderne, jusqu'aux regrettables tapisseries « au petit point » que les mains innocentes des « demoiselles de la Légion d'honneur » ont imposées à des bois de fauteuil Louis XIY, tout s'efface devant l'exquise merveille des boiseries.
Les boiseries. — La composition générale en est très simple, et soumise étroitement aux lignes de l'architecture. Les motifs, tout ornementaux ou à peu près, s'inscrivent vivement, mais sans turbulence entre les moulures d'un profil net et ferme, dépourvu cependant de sécheresse . Ces caractères se remarquent surtout aux portes où les exigences de l'assemblage imposent une solide construction architecturale. Les trumeaux, quoique pareillement encadrés, sont d'une fantaisie plus légère et plus mouvementée : les courbes et contrecourbes, les enroulements et les arabesques y tendent volontiers à suggérer le souvenir de quelque plante fantaisiste. L'no fleurette vivement enlevée y anime de sa naïve physionomie les enlacements capricieux des ornements en torsades. Au centre des panneaux, des trophées chargés de
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ruches à lait, de musettes, de flûtes, de houlettes,
de violons, d'arcs et d'ombrelles rappellent les bergeries et les fêtes galantes.
Tout aussi simple, mais très différent est Tenca-
drement des glaces. Sur le trumeau qui les surmonte, le chiffre entrelacé de Marie-Yi(-toire-Sophie de Xoailles y alterne avec les trophées dans un cartouche où apparaissent les palmes et les verdures. La bordure même de la glace est d\in faisceau de jonc, enlacé d'une guirlande de fleurs qui retombe en feston sur le miroir. Enlin une corniche de stuc où, parmi les arabesques et les guirlandes, jouent de petits génies, couronne cet ensemble harmonieux et varié, que n'arrivent pas à gâter de grossières peintures modernes, lourdes nudités dans des tons roses, lilas et lie de vin.
En quittant le second salon, on traverse deux cabinets, meublés de fauteuils et de chaises Louis XV, tendus de tapisseries de Beauvais dont les tons frais relèvent admirablement des bouquets de fleurs des champs, et Ton arrive au boudoir ovale. La conception décorative est la même que dans les grands salons, mais ici le style a évolué : il s'est presque libéré des contraintes architecturales. Les moulures essentielles subsistent, mais atténuées, laissant se produire en valeur les arabesques et les treillis, les fines guirlandes, les légers semis de fleurs. L'ensemble est plus riche, mais plus menu et comme papillotant.
A qui doit-on ce chef-d'œuvre ? On ne peut le dire. Parce qu'Antoine Yassé vers 1719 décora de sculptures l'hôtel de laVrillière, acheté par le comte de Toulouse, il a paru naturel de lui attribuer celles de Rambouillet. Rien ne permet de souscrire à cette