‹ Le château de RambouilletChapitre 12 sur 32 · LES BOISERIES · texte numérisé non relu

LES BOISERIES

opinion. L'œuvre de Vassé à llK^tel de Toulouse,

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Boudoir de l.v comtesse de Toulouse

nannonce en rien la décoration des « appartements d'assemblée ». Les formules et Tattirail décoratifs, comme la composition et l'exécution

en sont très différents. Devant les boiseries de Rambouillet, c'est un autre souvenir qui se propose à l'esprit : celui des panneaux sculptés par Jacques Yerberckt de ijSo à ijSo au Salon de la Pendule et dans la Chambre de la Reine à Versailles ^ L'ordonnance générale est ici la même qu'à Rambouillet, où nous trouvons également une inspiration et un faire rappelant vivement ceux de Yerberckt. Mais les ressemblances de style en pareille matière, et surtout à cette époque, peuvent à peine constituer une présomption : les boiseries de Rambouillet restent anonymes.

Une restauration moderne les a, il faut bien Tavouer, quelque peu défigurées. L'exécution si recherchée, si ressentie, mais en même temps si enlevée, si spirituelle quand il faut rappeler la nature, leur aurait donné un certain air d'effort et de sécheresse, si la peinture et Tor dont elles étaient revêtues, n'en avaient, à dessein, adouci et assoupli le caractère. Le xix^ siècle, par un bizarre scrupule de parvenu puriste, dans le souci déplacé de mettre en évidence tout le mérite de ce travail « en plein bois )), a gratté la couleur. Aujourd'hui ces panneaux sont nus, leurs joints visiJ)lcs ; sur ce fond général un peu sombre, les meubles clairs, les tapisseries aux tons vifs sembent dé|)aysés. A jour frisant, le modelé des boi-

* Ces dates coïncideraient mieux que celles de Vassé avec 1 époque présumée de l'exécution de ces boiseries, qui, marquées du chiffre de la comtesse, ne peuvent être que postérieures à son mariage, célébré en 1723.

séries paraîtrait presque un peu sec, le coup de ciseau, la morsure de la gouge s'accuseraient clairement pour un peu, là où ne devraient pour ainsi dire se faire sentir qu'un modelé spirituel, enlevé à fleur de pouce.

Le bain de faïence de Delft. — Au rez-de-chaussée de Faile nouvelle, de grandes salles voûtées, aujourd'hui transformées en cuisine, étaient alors affectées à l'installation des bains. A la suite de ces salles communes, une petite pièce, correspondant aux petits salons du premier étage, présente une décoration charmante et très heureusement appropriée à son objet. En fixer la date précise est impossible en l'absence des comptes de dépenses ; on ne peut que l'attribuer approximativement aux toutes dernières années du comte de Toulouse. En tout cas, ce n'est pas plus la « salle de bains de Marie-Antoinette » que le boudoir du premier étage, avec lequel elle communique par un escalier dérobé, n'est le boudoir de la dernière reine de France. Si le boudoir, marqué des initiales de Marie-Victoire-Sophie de Xoailles a été certainement bâti et décoré sous le comte de Toulouse, c'est vraisemblablement sous lui aussi que cette salle de bains a été installée. Le sujet et le style de la décoration ne seraient-ils pas un souvenir de la décoration en faïence de Delft du premier Trianon de Louis XIV, construit au temps de la grande faveur de ^I™^ de Montespan, mère du comte de Toulouse ?

Du haut en bas, les parois de cette petite pièce sont plaqués de carreaux bleus de Delft, représentant des paysages et des marines. Jusqu'à hauteur d'ajjpui, ces carreaux, disposés comme une sorte de plinthe, n'offrent que de petits sujets, pastiches du style chinois, de la dimension exacte d'un carreau ; de ces sujets, les uns, assez ordinaires de facture, sont inscrits dans un cartouche circulaire, les autres, touchés d'une main plus légère et plus habile, et de tons plus fins, remplissent tout le carré. Au-dessus de l'appui ces deux espèces de carreaux se retrouvent, formant bordure à six panneaux de grandes dimensions, qui se font pendant deux à deux. Deux de ces panneaux, composés chacun de io8 carreaux, en bleu de Delft tout comme les autres, montrent l'entrée d'un port des Pays-Bas : dans le lointain, on aperçoit la ville, avec ses beffrois et ses cloches, vers laquelle cinglent des vaisseaux de haut bord. Dans un coin de chaque tableau, un tonneau flotte à la dérive; sur son fond apparaît dans un cartouche les initiales C. B. M., signature de Cornélis Bou-Meester, de Rotterdam, dessinateur de marines renommé.

Les quatre autres panneaux, verticaux ceux-ci, tranchent sur le fond bleu de l'ensemble : multicolores, ils ra])pellent la faïence [de Rouen. Malgré cette ressemblance, ils sont de provenance delftoise, et, plus évidemment encore que les petits paysages bleus, d'inspiration chinoise. Avec une variété réelle, mais sensible seulement dans

LE BX\y DE FAIE>"CE DE DELFT

le détail, ils reproduisent, tous quatre, un vase rappelant le canthare antique, oîi plonge une gerbe de fleurs; des oiseaux de toutes sortes s'y viennent reposer, des papillons volettent à Fentour. Les tons de ces panneaux se retrouvent dans les arabesques de stuc de la corniche.

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Salle de bains en FAiE>CE de Delft

a Le sol de la pièce est également pavé de carreaux, mais ils ne sont pas tous de Delft : on reconnaît l'origine de quel([ues-uns au dessin et à la couleur jaune citron, nuance particulière aux fabriques françaises et italiennes. La plus grande partie de ces pavés, décorés en vert bleu et jonquille, dont quatre pièces forment toujours un très joli ornement carré, sortent probablement des anciennes fabriques de Rouen ou de Xevers; les

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autres, à étoiles en bleu et jaune, peuvent également provenir de Rouent »

Les Communs. — De Tautre côté de la cour intérieure, dans Taile opposée, s'enfonçait un souterrain, qui menait aux cuisines, reléguées dans les communs.

Ces communs, qui contenaient indistinctement tous les services, formèrent un vaste bâtiment, élevé sur une terrasse, en bordure de Tavant-cour. Dans son gros œuvre, c'est encore le bâtiment aujourd'hui affecté à l'école des Enfants de troupe, mais infiniment plus simple : pas d'avant-corps; au rez-de-chaussée, consacré aux écuries, de rares ouvertures carrées, qu'un nouvel aménagement ne tarda pas à multiplier; un premier étage servant de logis aux officiers du prince; dans le toit, encore des logements, éclairés par des lucarnes.

Le Roi qui visita ce bâtiment en 17 12, le déclara « magnifique et rempli de beaux chevaux ». Mais, déjà en 1707 le Dauphin y avait trouvé « cent deux chevaux avec des couvertures magnifiques ; les harnais étaient en ordre et d'une propreté très grande. Le nombre des chevaux, tous d'une file, avec des nœuds de rubans, les rideaux qui étaient à toutes les croisées, et les chambres pratiquées dans les trumeaux pour les palefreniers, qui y ont chacun leur lit, tout cela, vu d'un seul coup d'œil, produisait un effet admirable ».

' Deaimin. Guide de Famaleur de faïences et porcelaines.

LES CÛMML>S Gl

La magnificence du comte de Toulouse ne se

Photo Xeurtiein.

Le Qui.Nco-Nct £1 LE Tkkme d'Esc llape

montra pas satisfaite. Soucieux de faire honneur i Louis XV, qui si souvent était son hôte, et qui, diton, voulut en faire hi dépense, il ordonna en ses der-

nières années maints remaniements aux communs. Il flanqua de trois avant-corps ce bâtiment, long de 240 mètres, où la capitainerie, les cuisines, les offices et les écuries tenaient tout le rez-de-chaussée. «Au-dessus étaient aménagés cinquante-quatre appartements de maîtres, tous également bien meublés et commodes. La principale des écuries, destinée à cent deux chevaux, était ornée de deux cent quatre têtes de cerfs, sculptées et coloriées par Desportes. Les bois en étaient naturels. »

Achèvement du parc. — Pour rendre d'autre part la chasse plus facile et plus agréable, le comte fit percer plus de trois cents lieues d'avenues dans les milliers d'arpents de bois qui couvraient son duché ; ces avenues étaient bordées et ombragées de cordons d'arbres magnifiques. Dans le parc, il s'attacha à entretenir les plantations de Fleuriau, et à en raccorder les avenues avec les routes des forets. Dans les jardins eux-mêmes, le plan de Fleuriau s'imposait par sa grandeur. 11 n'y eut qu'à le parfaire la plupart du temps, et à en réaliser l'esquisse sur certains points. Ces travaux ne se firent qu'après 1715, c'est-à-dire lorsque, disgracié, le comte par dignité se retira peu à peu de la cour, renfermant sa vie dans les limites de ses propriétés.

Fleuriau avait fait creuser le grand canal de 740 mètres qui borde le château et celui de 35o ([ui lui fait l'ace, mais les îles n'étaient encore indiquées que par des rigoles. Ces rigoles furent élargies et creusées à l'égal des grands canaux.

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