‹ Le château de RambouilletChapitre 2 sur 32 · LES D'ANGENNES · texte numérisé non relu

LES D'ANGENNES

L'admirable situation, qui a fait la fortune de Tobscur village de Rambouillet, est signalée dans le premier document qui nous en donne le nom : l'an 768, Pépin le Bref, sur le point de mourir, faisait don à Tabbaye de Saint-Denis de la foret d'Yveline, sur la lisière de laquelle s'élevait déjà un hameau appelé Runibellilum.

b LE CHATEAU DE RAMBOUILLET

De cette date de 768 à la fin du xix" siècle, où lut fondé le château actuel, Rambouillet, d'abord, n'est même pas un fief: ce n'est qu'une infime paroisse, une simple terre des seigneurs de Montfort. Au commencement du xiii^ siècle, il est devenu un arrière-fief, mouvant du château d'Epernon. En 1248, nous y voyons s'élever la maison du seigneur, Raoul de la Roche-Tesson, cousin du comte Jean de Montfort. C'est cette même maison, sans doute, qu'en i368, sous l'appellation de « manoir et hébergement », Girard de Tournebu, chevalier, seigneur d'Auvilliers, transporte et vend à Jean Dernier, chevalier, conseiller et maître des requêtes de l'IIôtel du Roi. Ce (c manoir et hébergement », d'où relevaient pourtant « tous les hôtels et sujets de la ville de Rambouillet », n'a pu être qu'une demeure, assez importante sans doute, mais sans tour, sans fossé, sans fortification d'aucune sorte, car la fortification est justement le caractère qui distingue du « manoir et hébergement » le château proprement dit.

Construction du château actuel- — 11 datait de quarante-sept ans au plus, quand le nouveau propriétaire, Jean Bernier, grand personnage de la cour, que Charles Y venait en 1874 de désigner dans son testament pour faire éventuellement partie du conseil de régence de son fils, le fit réparer, le transforma et l'agrandit. Payé sept cents livres avec ses dépendances, le manoir devint en 1875 un « château ou forteresse » que le fils de

Jean Bernier, Guillaume, échangea en i384 contre l'hôtel de Bouzenval, en la paroisse de Rueil, que lui cédait Regnault d'Angennes, en y ajoutant une soulte de trois mille francs d'or. C'est de celte reconstruction de Jean Bernier qu'il faut faire partir l'histoire du château actuel. Il fut souvent remanié depuis ; transformé à nouveau, ruiné, rebâti, agrandi, embelli, défiguré et enfin tronqué, il n'en reste pas moins que les assises actuelles s'élèvent encore sur les fondations qu'avait établies Jean Bernier.

Les d'Angennes. — Quand en 1399, Regnault d'Angennes rend hommage à son ancien suzerain Jean de Graon, seigneur des Essarts « pour son hoslel fort, clos de fossez, une basse-cour couverte devant ledit hostel, deux cours d'étables » précédées d'un portail monumental, « la cohue où se tiennent les plaids » et où sont les prisons, son jardin, son pré, son étang et son moulin bannier, il précise la contenance de cet hôtel : avec ses fossés il mesure un arpent ou environ. Un arpent, c'était encore la superficie du château sous Louis XYI.

Le seigneur de Rambouillet n'y demeurait pas toute l'année : sa charge d'écuyer tranchant et de chambellan du Roi le retenait à la cour. Capitaine châtelain du Louvre, c'est au Louvre qu'était sa résidence. Aussi entretenait-il à Rambouillet un capitaine chargé de la garde et de la défense de son château.

PLAN DU CHATEAU g

A ravènement de son petit-fils Jean II. qui succéda en bas âge à son père, les Anglais tenaient le pays au nord de la Loire mais les gendarmes du roi Charles résistaient encore dans quelques places, et, de Rambouillet, au printemps de 1425, « couraient souvent jusque bien près de Paris. l'incommodaient fort, et empêchaient qu'on n"y portât des vivres ». Libre du côté de la Champagne, le duc de Bedford résolut de se défaire de cette o-êne. et

\ int mettre le siè^'e devant Ilamljouillet. Le château se rendit et fut mis au pillage. Repris par les Français, il était couvert en 1427 parles bandes royales qui manœuvraient dans l'ouest : Talbot et Bedford eurent raison de cette ligne de défense ; le Régent, de nouveau, prit le château. L'an d'après, Ram- Ijouillet subit un nouveau sièo-e, et dut encore capituler, cette fois devant Salisljury.

Trois sièges et trois occupations étrangères. aussi rapprochés les uns des autres avaient en partie ruine le château. Aussi Jean II d'Angennes et Philippe du Bellay, sa femme, déclarent-ils dans leur testament avoir, depuis leur mariage en 1436 converti ou employé leurs deniers à le reddiller, « réparer, soutenir et mettre en son état et valeur ».

Plan du château. — Cette restauration ou reconstruction donna à l'edihce la ligure qu'il devait conserver, à peu près sans altération, jusqu'au temps du comte de Toulouse. Sur des fondations de grès baignant en des douves abondamment alimentées par l'étang et les sources de la prairie voisine.

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s'élevait une enceinte pentagonale irrégulière. Les murailles étaient de briques et de meulière. Aux angles du midi, du sud-ouest et du levant s'élevaient trois tourelles, dont une seule est conservée, au moins dans son gros œuvre. Des deux autres, Tune a été reportée plus à l'ouest par le comte de Toulouse, l'autre a été complètement refaite sous l'Empire. A l'angle nord-ouest, où se trouve aujourd'hui le pavillon du concierge, s'ouvrait la porte, munie d'un pont-levis, et flanquée de deux tourelles à créneaux et mâchicoulis. La courtine reliait la porte ainsi défendue à la grosse tour qui existe encore. Le second étage de celle-ci qui garde sa physionomie primitive est voûté sur des ogives dont les moulures accusent le xv*" siècle, et qui se réunissent à une clef ornée de l'écu des d'Angennes : au sautoir de saisie sur champ d'argent.

Des cinq pans de courtine, trois seulement supportaient des bâtiments d'habitation : celui qui regarde maintenant le canal, celui qui a vue sur l'ancien parterre aujourd hui transformé en bosquets, et l'aile enfin de la porte fortifiée, aile démolie par Napoléon I"". Les nécessités de la défense réduisant nécessairement le nombre des ouvertures à l'extérieur, les corps de bâtiments ne mesuraient à chaque étage que la profondeur d'une pièce prenant jour sur la cour intérieure.

Le domaine — Quand Régna ult d'Angennes acheta Rambouillet, ce n'était qu'un domaine fort

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restreint, si on le compare à ce qu'il fut plus tard. « Il consistait en droits féodaux, en quelques terres et prés et en onze ou douze cents arpents de bois, situés vers Test et le sud-est de la ville actuelle. )> Bien vu du Roi, qui lui confia la garde de sa personne et le chargea d'importantes missions diplomatiques, favori du duc deGuienne qui l'eut pour gouverneur dans son enfance. Regnault, comblé des dons de ses maîtres, enrichit son héritage : non content de s'arrondir des petits fiefs voisins où furent aménagés au xviii^ siècle la Ferme et le Jardin anglais, il s'agrandit des terres plus importantes d'AufFaro'is, de Poio-nv, enfin de la chatellenie suzeraine des Essarts-le-Roi. Ces acquisitions le faisaient vassal direct du seigneur de Rocheforten-Yveline.

Aussi, peu avant i54o, Jacques d'Angennes putil transformer en parc une bonne partie de ses propriétés. Plus de mille arpents tant en bois qu'en prairie, c'est-à-dire Tancienne superficie du domaine de Regnault, furent enceints de murs. Au delà, les terres des d'Angennes continuent à s'accroître, et s'étendent encore, fournissant des chasses admirables, ces chasses qui retinrent François P' à Rambouillet au commencement de mars

François I ' à Rambouillet. — Depuis plus d'un mois, le Roi, atteint d'une fièvre lente, paraissait se fuir lui-même, et chercher l'oubli d'une angoisse qu'il avouait, dans l'exercice forcené de la chasse.

Saint-Germain, La fluette, Viilepreux, Dampierre, Limours Tattirent tour à tour et ne peuvent fixer son inquiétude qu'exaspèrent de croissants accès. Etant à Rochefort-en-Yveline il se décida à rentrer à Saint-Germain. Il vint coucher à Rambouillet « espérant n'y être qu'une nuit, mais le plaisir qu'il eut en approchant dudit Rambouillet, tant en la chasse qu'en la volerie, lui fit changer d'opinion. Il délibéra d'y faire séjour cinq à six jours. Enfin la fièvre, qui de longtemps ne l'avait pris, se renforça tellement par intervalles qu'elle se convertit en continue ». Les diètes, les saignées, les purgations, achevèrent de l'affaiblir. Bientôt lui-même se jugea perdu. Insoucieux des intrigues qui déjà se trament au dire des historiens dans la chambre voisine^ ^ il songe à mettre sa conscience en repos, et à remplir ses derniers devoirs de Roi . Ses recommandations au Dauphin, sur la conduite à tenir tant en ses affaires personnelles qu'en celles qui regardent la chrétienté et le royaume, les regrets qu'il exprima simplement de plusieurs de ses actes politiques et privés imprimèrent aux derniers moments du « Grand Roi François », le caractère d'une confession publique.

Une légende tenace, et déjà ancienne parait-il, voudrait que Jacques V d'Angennes, ait, par crainte de la contagion, installé son maître mourant dans la plus haute salle de la grosse tour.

' Ce détail, noté par les historiens, est la preuve que François 1*^ ne fut pas logé dans le donjon, complètement isolé à celte époque des corps de bâtiments.

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Cette opinion n'est pas fondée : elle est du reste invraisemblable ; il faut se rappeler qu'à cette

époque, la tour, uniquement aménagée pour la défense, éclairée seulement par détroites meurtrières, n'était reliée aux corps dhôtel que par le

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chemin de ronde de la courtine crénelée, et qu'il était impossible d'y faire du feu. Si François P"" avait été relégué dans la grosse tour, les nombreux historiens qui ont rapporté sa mort avec tant de détails, n'auraient pas manqué de noter cette circonstance étonnante.

La salle de marbre. — Jacques d'Angennes, cependant, dut un jour se lasser de l'apparence tout « antique », ou « gothique », comme on dit plus tard, de son château, puisqu'en i556, il y fit « besoifi-ner de son estât de maçon et tailleur de pierre » un certain maître Olivier Ymbert, futur architecte du duc d'Alençon. On peut penser que de cette restauration date Taménagement de la grande salle de marbre du rez-de-chaussée. Le placage de marbre du Languedoc, gris et rouge, disposé à la manière italienne, donne à cette salle une allure monumentale que justifient ses vastes dimensions. Au xviii^ siècle encore, elle était fort appréciée ; on regrettait seulement que sa faible hauteur ne fût pas en proportion de sa longueur. Parmi ses travaux, Olivier Ymbert ne crut par devoir modifier au goût du jour la forme des baies : jusqu'à la Restauration, la grande salle du premier étage ne connut que des fenêtres « à la manière de celles des églises ».

Les embellissements du château étaient à peine terminés que Jacques d'Angennes à nouveau y reçut le Roi : en i559, François II, entouré de sa cour, y fit accueil au maréchal de Fkissac, retour

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d'Italie. L'inévital^le Brantôme était de la partie, et en prit occasion pour se faire une opinion sur les d"Angennes, leur demeure et leur fief : « La maison, le cluàteau et le bourg, sont très ])eaiix, grands, illustres et fort renommés en France. )>

De graves ou même tragiques circonstances ne tardèrent pas à ramener la Cour ou le Roi à Rambouillet. En 1062, c'est Catherine de [Médicis qui vient y attendre Tissue de la lutte contre les Huguenots : le duc de Guise lui-même accourt lui porter la nouvelle de sa victoire à Dreux. — Le i3 mai ij88, au lendemain des barricades, la Bastille venait d'être rendue à Henri de Lorraine, le peuple de Paris criait de tous côtés quïl fallait aller pendre « frère Henri de Valois » dans son Louvre ; une troupe d'écoliers et de moines s'apprêtait déjà à faire sa jonction avec les gendarmes du duc de Guise. Sur le conseil de Nicolas d'Angennes qui, ce jour-Là. mariait à Paris sa fille à Pierre du Bellay, seigneur de Thouars, le Roi se décide à fuir la capitale. Il se précipite à ses écuries des Tuileries, vers les trois heures du soir, à pied, une simple baguette de promenade à la main. On le botte à la hâte, et son éperon se trouve à l'envers : « C'est tout un. dit le Roi, je ne vais pas voir ma maîtresse. » Escorté des parents et amis du seigneur d'Angennes, réunis pour les noces de sa fille, Henri III court tout d'une traite à Rambouillet, et, toujours botté et éperonné, il y couche.

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Nicolas d'Angennes avait été Yun des membres les plus distingués de sa famille. Sa grande connaissance des affaires, ses talents et sa fidélité lui valurent l'estime particulière de Charles IX, de Catherine de Médicis et de Henri III. Choisi à diverses reprises pour remplir d'importantes missions diplomatiques, quatre circonstances en particulier le signalèrent comme un des plus surs et des plus dévoués serviteurs des Valois : en septembre i5-3, il fut nommé vice-roi de Pologne en attendant que le duc d'Anjou put prendre possession de son trône. L'année suivante, c'est lui que Catherine de Médicis dépêche en diligence au roi de Pologne pour lui annoncer la mort de Charles IX, et le prier de hâter son retour en France. En i58o, il négocie en Angleterre le mariage d'Elisabeth avec le duc d'Alençon. Enfin en 1589, il travailla de concert avec Sully à la réconciliation du roi de France et du roi de Xavarre.

Les services de ses ancêtres et les siens furent récompensés en la personne de son fils ; par lettres patentes, datées de 161 2, Louis XIII érigea la seigneurie de Rambouillet en marquisat.

La marquise de Rambouillet. — Charles d'Angennes, le nouveau marquis, avait épousé Catherine de Vivonne, issue par sa mère des Savelli de Rome. On ne saurait dire ce que la société et les lettres françaises doivent à cette femme exquise et cultivée. La pédanterie et la grossièreté bannies des écrits et des salons, la femme enfin maîtresse

LA MARQUISE DE RAMBOUILLET in

de la place et du rôle qu'elle seule peut tenir, et de rinfluence qu'elle doit exercer sur les mœurs et la société, en un mot le goût des « honnêtes gens » devenu le bon goût et le critérium des ouvrages de l'esprit, voilà les bienfaits dont lui sont redevables les deux plus Idéaux siècles de notre civilisation.

Le fameux hôtel de R.ambouillet à Paris, source de ces biens inappréciables, c'est la marquise qui. mal satisfaite des dessins qu'on lui présentait en avait fait elle-même le plan. La place était fort irrégulière et de peu d'étendue, ce qui ne Tempècha pas d'en tirer un bon parti, et de concevoir un monument si parfait que Marie de Médicis, lorsqu'elle fît construire le Luxembourg, envoya ses architectes visiter Fhôtel de Rambouillet, et leur commanda de s'en inspirer pour le palais qu'ils allaient élever. (( Jusqu'alors on ne savait que faire une salle à un coté, une chambre à un autre, et l'escalier au milieu : c'est de M™® de Piambouillet qu'on a appris a mettre les escaliers à côté pour avoir une grande suite de chambres, à exhausser les planchers et à faire des portes et des fenêtres hautes et larges, et vis-à-vis les unes des autres... c'est elle la première qui s'est avisée de faire peindre une chambre d'autre couleur que de rouge et de tanné, et c'est ce qui a donné à sa grande chambre le nom de chambre bleue... C'était le lieu où Arthénice recevait ses visites. Les fenêtres sans appui qui régnent du haut en bas, depuis son plafond jusqu'à son parterre, la rendent très gaie et laissent jouir

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sans obstacle de Tair de la rue et des plaisirs des jardins \ »

Il est à penser qu'en son château M"'" de Rambouillet appliqua les principes qui lui avaient si bien réussi en son liotel. Cependant elle n'y séjournait pas souvent. Si amoureuse qu'elle fût de la nature, nous le savons, son hôtel et ses amis la retenaient à Paris. A Rambouillet, ceux-ci nauraient pu trouver à loger. En 1666, un inventaire nous montre au château bien peu d'appartements : le salon^ trois chambres de maîtres, trois autres chambres pour les gentilshommes et les pages, celle du concierge, un second salon, des cabinets et garde-robes en forment à peu près toute Fordonnance.

La marquise pouvait cependant accueillir quelques amis très intimes, comme M^^' Paulet qui, la première fois qu'elle y alla, « fut reçue à l'extrémité du bourg par les plus belles filles du lieu et par celles de la maison, toutes couronnées de fleurs et fort proprement vêtues. Une d'entre elles qui était plus parée que ses compagnes, luy présenta les clefs du château, et, quand elle vint à passer sur le pont on tira deux petites pièces d'artillerie ^ » qui étaient sur la grosse tour.

En i636, comme la marquise se trouvait à Rambouillet avec ^Si"^'' de Glermont et M^'^ Paulet, MM. Arnauld l'y vinrent surprendre â l'improviste.

Talleniant des Réau:

Idem .

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