LES ROCHES I
Cette année-là, par extraordinaire, la famille s'était retirée pour trois mois, de septembre à décembre, en ses terres. « Il est vrai qu'il y avait dix ans qu'elle ne s'y était allée divertir, m On faisait alors le siège de Corbie. Trois officiers de carabiniers, trois cousins, MM. Arnauld, profitant des lenteurs du siège, se mirent en tête d'aller rendre visite à la marquise. Cinquante lieues à cheval ne furent pour eux qu'une excursion. Dans l'enthousiasme de l'arrivée, on organise la comédie, et trois jours après, avec des costumes empruntés à la garderobe des ballets du Roi. dont le marquis était autrefois le grand-maître, on représente la Soplionishe de Mairet, à l'égale satisfaction des acteurs et des spectateurs.
Les Roches. — Une autre fois, la même année peut-être, c'est Tévêque de Lisieux, Philippe de Cospéan, qui est reçu au château. La marquise lui propose une promenade dans le parc et le conduit à travers une prairie vers un bouquet d'arbres pittoresquement étages sur des rochers. « Quand il fut assez près pour entrevoir à travers les feuilles, l'évêque aperçut en divers endroits je ne sais quoi de brillant ; étant plus proche il lui sembla qu'il discernait des femmes, et qu'elles étaient vêtues en nymphes. La marquise au commencement ne faisait pas semblant de rien voir de ce qu'il voyait. Enfin étant parvenus jusqu'à ces rochers ils trouvèrent '^V^' de Rambouillet et toutes les demoiselles de la maison, vêtues effectivement en nymphes »
Julie avec Tare et le visage de Diane, « qui, assises sur des roches, faisaient le spectacle le plus agréable du monde. Le bonhomme en fut si charmé que, depuis, il ne voyait jamais la marquise sans lui parler des roches de Rambouillet^ ».
En ce temps, ces roches avaient déjà leur histoire. Par une bizarrerie de la nature, ce cercle de
Photo de la LiLrairie Nouvelle. Rambouillet.
L'Ile des Roches
grosses pierres de grès, amoncelées en équilibre les unes sur les aulres, s'élevait au bout de la prairie, par delà un élang de cent arpents^ appelé Fétang de Rambouillet. Avant que cet étang ne fût comblé vers le milieu du xvi*" siècle, les grands arbres qui enserrent ces roches faisaient déjà un lieu de refuge, très agréable pour son ombrage. Accompa-
Talleuianl des Rét