LV LAITERIE DE L\ RE1>E ^C
La Laiterie de la Reine. — L'idée de la Ferme semble avoir réconcilié ^larie-Aiitoiuette avec Rambouillet. Pour la retenir «en cette crapaudière, où elle n'avait que faire ». disait-elle, pour lui en rendre le séjour agréable, le Roi ne négligea aucune galanterie. A l'extrémité orientale des ca-
l'iioto .N..'ur.|.'in.
La Laiterie de la Reine
naux, au bas de la Ferme, un enclos fut aménao-é en Laiterie de la Reine. Deux pavillons circulaires, à chaînages de brique apparents, flanquèrent la grille d'entrée. Le pa\illon de droite et les bâtiments attenants furent affectés au logement des gardiens; celui de gauche servit de salon de repos et d'agrément. Une première pièce carrée donne accès au salon circulaire que Joseph Sauvage orna de quatre grisailles jouant le bas-relief.
8o LE CHATEAU DE RAMBOUILLET
Les grisailles de Sauvage. — Ce peintre tournaisien, qui avait étudié à Anvers et était académicien depuis 1783, n'exécuta guère en sa vie que des trompe-Foeil : camées, bas-reliefs de bronze ou de pierre, feintes décorations de terre cuite. Fort sensibles à son talent, les contemporains l'appréciaient comme un « enchanteur animant la matière morte et donnant un relief trompeur aux surfaces les plus planes ». Mais, petit à petit, la curiosité se refroidit et Ton finit par souscrire en général à ce jugement de Grimm : « C'est un mérite d'imitation, auquel on n'est pas plus tôt accoutumé qu'on y attache assez peu de prix. » Les Oiiaire Saisons de la Laiterie de la Reine sont de la meilleure époque de l'artiste. S'il faut reconnaître chez les Amours qui symbolisent le Printemps de la lourdeur et de la banalité, un agrément plus vif décore les Amours moissonncui's ; les Amours vendangeurs, bousculés par le bouc qu'ils lutinent sont vivants et mouvementés ; YHiver enfin, dans sa représentation mignarde, offre quelques motifs bien trouvés.
La première visite de Marie-Antoinette à la Laiterie fut une surprise. A son arrivée, une épaisse haie masquait l'arrière-plan. Quand la Reine quitta le salon de Sauvage, la haie était tombée. A sa place se dressait dans toute sa fraîcheur, une sorte de temple de grès, œuvre nouvelle de l'architecte Thé venin.
L'intérieur de la Laiterie. — Les deux colonnes
L INTERIEUR DE LA LAITERIE 8l
toscanes du péristyle soutiennent un fronton cintré, au centre (.lucjuel un médaillon de marljrc représente une vache allaitant son veau. Une première salle ronde, voûtée d'une coupole à caissons et à rosaces, dallée de marbre divers, présentait à son pourtour une haute console de marbre de Carrare. cha]\^ée de vases de porce-
Pamllon des (^uatre-S visons. — L Automne Grisaille peinte par Joseph Sauvage.
laine remplis de frais laitage. Le dernier exemplaire de ces seaux de porcelaine, aux anses ornées de tètes de chèvre est au Musée Céramif[ue de Sèvres. Aux murs, quatre petits bas-reliefs ronds représentant des sujets de la vie champêtre ; au centre une table ronde d'acajou massif aux pieds sculptés d'un très bon goût, entourée de fauteuils et de chaises de style étrusque. Au fond de cette rotonde, une seconde salle, rectangulaire s'ouvrait. En y pénétrant Iddl ne pensait à s'ar-
rèter, ni aux jets d'eau qui de chaque côté y répandaient la fraîcheur, ni aux vases étrusques, qui, sur leur socle alternaient avec les jets d'eau, ni aux fameuses coupes au galbe de sein, sur leurs trépieds à tète de béliers, ni même aux deux grands bas-reliefs sculptés par Julien : Apollon chez Admète et V Éducation de Jupiter pcir les Covybantes^ il allait tout droit à la Xymphe à la Chèvre.
Sous une grotte, taillée par les aides de Julien, et dont les roches menaçantes semblent prêtes à s'écrouler, apparaissait Amalthée, craintive, conduisant sa chèvre chérie. « Tout ce qu'on peut supposer de grâce, de fraîcheur, de beauté dans une jeuae bergère, nue à peu près, le statuaire en a doué le marbre. « L'eau limpide de la fontaine, dit un contemporain qui put Tadmirer, vient caresser le pied gauche qui semble la chercher. L'animal se groupe avec la bergère, sans trop se confondre, sans trop distraire Toeil. Il flaire l'eau comme pour s'y désaltérer. » Ce groupe, chef-d'œuvre de Pierre Julien, terminé et mis en place en 1787, ne resta pas dix ans à Rambouillet.
La Révolution en effet a déshonoré la Laiterie de la Reine. « Le mobilier et les vases furent vendus ; une partie des bas-reliefs fut enlevée très illégalement pour aller orner la laiterie que M"'^ Bonaparte avait fait faire à la Malmaison. Après la mort de l'impératrice Joséphine, ces objets d'art furent vendus et emportés en Angleterre. » La Laiterie de la Reine fut, il est vrai, restaurée, mais, malgré