DEPUIS LA RÉVOLUTION
C\'.sl nalurellcmcnl la Révolution qui coinnieiice pour Ilambouillet celle décadence qui s'est poursuivie tout le long du xix"" siècle, cl que le séjour des Présidents de la Piépul)li([ue ne jKirail pas caj)able d'arrêter.
Compris en 1792 dans Tadminislralion des Do-
NAPOLÉON l" 89
mailles iialionnnx. lianilxxiillcl lui (li'pccé et veiulii à l'enean. La Vénerie, le Graiul-GlieiiiL la Ca[)itainerie des Ciiasses, THotel du Gouveriieinent sont adjugés à des particuliers, démolis ou du moins défig-urés. Le potager est iiioiceli'. le parterre luimême boulevei'sé et converti également en potagers privés. « Vn large i'ossé vint séparer des jardins la partie tlu llondeau. (]elte pièce d'eau devint un abreuvoir public, et la pelouse une pâture communale, en haut de laquelle on dressa Tautel de la Patrie. Cq fut partout un allligeant spectacle d'abandon et de dévaslalion. GluKpic année on rai>ai[ une burlesque et sauvage parodie de la prise de la Bastille, et chacune de ces sino-eries coûtait à la grosse tour quehjues créneaux \ »
Le i4 octobre 1793, les Pveprésentants du Peuple, commissaires à Rambouillet, écrivent que u les meubles de cette maison ci-devant royale se sont parfaitement vendus. Le produit de la vente s'élève à 090.000 livres », La belle grille monumentale, dressée parle comte de Toulouse, est arrachée; on en tire plusieurs milliers de fer, expédiés à Paris par les charrois militaires, et que l'on compte faire servir au Palais de l'Assemblée.
Napoléon I''. — Le Consulat et l'Empire devaient, s'il est possible, coûter plus cher encore au château. Le 4 janvier 1801. comme le l^remier Consul passait rue Saint-Nicaise, éclata la machine iniérnale.
' Moulic. yuticc sur Rambouillft.
go LE CHATEAU DE RAMBOUILLET
Parmi les l^lessés gisait sur le pavé un passant, le citoyen Trepsat ; il n'avait que la jaml^e cUemportée mais, par malheur, c'était un architecte : ce mutilé devait se payer de sa jambe sur le château de Rambouillet.
Par manière de consolation, il avait été nommé architecte des Palais Nationaux et affecté à Rambouillet. A peine installé, il proposait à TEmpereur la démolition du château, alors fort délabré. Xapoléon, qui parfois sembla témoigner du souci de se rattacher à l'ancienne France, se montra hésitant, puis insista pour avoir à Rambouillet au moins un rendez-vous de chasse, situé de préférence sur un emplacement plus élevé et moins humide. Mais les plans de Trepsat, tant pour la démolition et reconstruction sur un plan plus vaste et rappelant celui qui avait déjà été proposé à Louis XVI, que pour l'édification d'un pavillon neuf, l'effrayèrent et il se résolut simplement à restaurer et aménager l'antique demeure des d'Angennes. En juillet i8o5, il accordait huit jours au maximum pour que tout fût prêt à le recevoir. Sur les observations des architectes, il se résigna à attendre six semaines. ^lais Tannée i8o5 se passa ; l'Empereur ne parut pas à Rambouillet : il faisait campagne en Autriche.
Démolition de Taile orientale. — Trepsat, cependant, n'avait pas perdu son temps : il avait trouvé un prétexte pour jeter bas le quart du château. Quelques lézardes étaient apparues dans l'aile de
LE CHATEAU DEFIGURE gi
Test, celle qui aboutissait à la porte fortifiée du xv"^ siècle. Cette menace sufîit à décider sa condamnation. Il ne fallut cependant rien moins que la poudre pour disjoindre ces assises séculaires. Ainsi disparut une des plus anciennes, et certainement la plus pittoresque partie du château.
Le château défiguré. — On a cru et répété que cet acte d'ignorance et de vandalisme valut à Trepsat sa disgrâce. C'est une erreur. « Le plus invalide des architectes », comme l'appelait Napoléon, avait pris la précaution de bien s'entendre d'avance avec la sévère administration impériale. (( M. Trepsat, écrivait le grand maréchal Berthier à M. de Fleurieu. intendant de la maison de l'Empereur, 'SI. Trepsat a très bien saisi les intentions de FEmpereur. Son projet est d'accord avec ce dont je suis convenu avec lui sur les lieux, et on ne peut pas mieux faire que de suivre ce projet si le résultat de sa dépense n'excède pas les cinquante mille francs portés au budget, plus les matériaux qui proviendront de la partie à démolir )). — « Réparer tous les murs de face, reconstruire celui de la cour, un autre au derrière et la petite tour à gauche qui s'est écroulée", démolir l'aile gauche du château, grandir la cour, dégager la vue du côté de la ville, pour épargner les réparations, et produire les matériaux qui seront utilement employés dans les travaux. Faire un grand escalier double pour monter d'un
coté à raj)partement de rEiiipereur et de Tautre à celui de l'Impératrice », tels étaient les projets de Trepsat, dont le rapport et les devis se montant en dernière analyse à plus de deux cent cinquante mille francs, furent approuvés à la fin de i8o5 par le comité de consultation des bâtiments.
Trepsat lui-même commença cette restauration, mais une nouvelle faute, non plus une faute de goût cette fois, elles passaient inaperçues, mais une irrégularité administrative, rempêclia de la mener lui-même à bonne fin. « Il a entrepris, mais sans y être autorisé, les réparations d'une partie du grand quartier », c'est-à-dire des grands communs, disait sévèrement le comte Daru à la fin de 1806. (]hose plus grave encore : les entrepreneurs qu'il employait à cet ouvrage se plaignaient de n'être pas payés. « Les explications que vous donnez sur les acomptes versés sont inintelligibles », lui reproche Daru, qui ne dissimule pas de vises marques de mécontentement. Sur la recommandation de Fontaine, on lui impose alors un collaborateur, Famin, jeune pensionnaire récemment revenu de Rome, et bientôt, Trepsat relégué en sous-ordre à Versailles, Famin reste seul pour mener à bien la défiguration du château.
La nouvelle façade. — L'aile et la tour de gauche démolies dont les décombres allèrent condjler la pièce d'eau du Miroir, devenue par le fait un boulingrin, entraînaient le remaniement et, en fait, la destruction de la façade du comte de Toulouse,
LA >()rVELLE FAÇADE q3
dont le péristyle ne faisait naturellement plus le
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centre. L'idée de radministration était d'hannoniser la farade nouvelle avec Taile subsistante, Comment rarchitecte v réussit, c'est ce dont clia-
ciui peut juger : les étages, cernés des mêmes (!ordons de lyrique, ont bien la même hauteur, les fenêtres, les mêmes dimensions, les lucarnes, le même appareillage, mais il faut croire que Trepsat, ou Famin, s'imagina que le goût Louis X.l\ commandait, pour faire une porte, de prendre modèle sur les lucarnes du toit. C'est depuis leurs travaux qu'une sorte de lucarne, agrandie et alourdie, flanquée de deux épais pylônes demi-cylindriques, sert de porte au château et lui donne une vague apparence de prison.
A l'extrémité de l'aile abattue, un massif rectangulaire, prétenduement inspiré de ceux qui flanquent l'entrée de l'Hôtel des Invalides, servit de loge au portier. Le souci de la couleur locale inspira à l'architecte de l'orner d'arcs brisés jouant le gothique et de le surmonter d'un trophée d'armures qui croient dater du Moyen Age, et proviennent simplement des tragédies de Voltaire. Nous assistons ici à l'aurore du romantisme archéologique et pittoresque.
Appartement de l'Empereur. — Derrière la façade, deux escaliers montent au premier étage, l'un vers la droite, l'autre vers la gauche. Celui de gauche mène à l'appartement de llmpératrice, installé dans l'ancien appartement du Roi. Un balcon, les couloirs étant inconnus au château, mit en communication les appartements de l'Impératrice avec (eux de l'Empereur, où conduisait l'escalier de droite : Na[)oléon n'avait pas hésité à s'appro-