‹ Le château de Saint-Germain-en-LayeChapitre 13 sur 13 · Blondel : Architecture française ^ t. IV, p · texte numérisé non relu

Blondel : Architecture française ^ t. IV, p

C'est en 1862 qu'Eugène Millet, architecte des monuments historiques, fut chargé de dresser un projet de restauration du château de Saint-Germain : il le présenta accompagné d'un mémoire explicatif. On pouvait choisir entre deux partis : ou restaurer le château tel qu'il était, avec les pavillons ajoutés par ordre de Louis XIV, ou faire disparaître ces adjonctions. La dernière solution fut adoptée. Des fonds d'abord abondants furent alloués à l'architecte sur la cassette impériale; plus tard, le soin de pourvoir aux dépenses incomba à la Direction des bâtiments civils et palais nationaux. Les crédits dont disposait la Commission des monuments historiques furent affectés à la moitié de la dépense des travaux de la chapelle; on étendit cette participation aux œuvres qui avaient le caractère d'une restauration, c'est-à-dire au bâtiment ouest qui contient la salle des fêtes dite de Mars.

On commença en 1864 par dégager la façade et le bâtiment nord; le donjon réapparut, avec addition de puissants contreforts à l'angle nordouest, puis on amorça la face ouest, en y construisant sur des données toutes nouvelles, une tour demi-saillante contenant une « vis » et, y attenant, une petite partie du chemin de ronde. Au nord, à l'est et au sud, les parties basses des murs furent pourvues de pieds-droits de deux en deux travées. Le chemin de ronde fut rétabli par des travées voûtées correspondant à chacune des fenêtres de l'étage principal; ces voûtes portent un dallage muni de ressauts pour déverser les eaux dans des gargouilles, et forment une terrasse bordée d'une balustrade décorée de vases. Les deux étages supérieurs, au lieu d'être ornés de pilastres à peine saillants, comme les indique Du Cerceau, furent pourvus de contreforts de même forme et de même caractère que ceux qui existaient dans la cour. Les pavillons d'angles sont flanqués de tours d'une parfaite élégance.

On doit encore à Eugène Millet toute la décoration intérieure du château qu'il reconstitua ou imagina avec une science et une habileté de dessinateur des plus remarquables. La restauration de l'escalier d'honneur, l'ornementa-

tion simple et harmonieuse des salles, les cheminées, les plafonds en charpente, le mobilier, portent la marque de son talent et de sa verve créatrice. Pour les voûtes de l'étage supérieur, il a répété un type de lourdes nervures d'une travée ancienne, conservée dans la partie attenante au donjon. Audessus de ces voûtes, les toitures ne sont plus constituées par des pierres de liais, mais si des moyens très modernes de couverture ont élé employés, de larges chéneaux permettent à des visiteurs autorisés de circuler au sommet de Tédifice que dominent les souches monumentales de cheminées qui sont de tradition dans les châteaux français.

En résumé, on peut dire qu'après tant de modifications apportées à des époques différentes au château de Saint-Germain, aucun des bâtiments qui le composent actuellement n'a gardé intégralement son caractère primitif. Le donjon et l'édifice tout entier ont perdu de leur majesté par le remblai des fossés d'environ S mètres; l'extérieur de la ôhapelle, mutilé, a dû être entièrement renouvelé, et sauf le réseau des fenestrages dont le tracé a été retrouvé presque sans lacunes, tout a été imaginé par Eugène Millet; il a fait disparaître la partie de l'enceinte de Charles V qui contournait la chapelle; le chemin de ronde déjà, modifié par Louis XIV a été entièrement combiné par cet architecte et couvert d'une terrasse à redents bordée d'une balustrade; les dispositions intérieures des salles, l'escalier d'honneur, l'ornementation enfin ont subi de profonds changements. Le bâtiment ouest qui contient la salle des fêtes reprendra intérieurement sa belle décoration originale.

On pourra sans doute accuser les architectes qui ont successivement coopéré aux travaux de restauration d'avoir trop hardiment porté la main sur certaines portions de constructions anciennes; mais était-il possible de concilier et de fondre en un tout plus harmonieux les vestiges laissés par des époques si différentes de notre art national?

PARIS. — L. aiAllETBEUX, IMPRIMEUR, 1, RUE CASSETTE. — 8224.

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Etat du Cbiteiu en 1907.

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