‹ Le château de Saint-Germain-en-LayeChapitre 12 sur 13 · Édition de Paris, 4607, in-f», folio 5 v · texte numérisé non relu

Édition de Paris, 4607, in-f», folio 5 v

LE CHATEAU DE SAINT-CERMAIN-EN-LAYE 3i

il feit redresser le tout comme on te voit pour le jour d'huy, et sans rien changer dudit fondement, ainsi que l'on peu!t cognoistre par la court d'une assez

sauvage quadrature. Les paremens tout dedans que dehors et encongnures sont de brique assez bien accoustrée : et y estoit ledit sieur Roy en le bastissant si ententif que l'on ne peult presque dire qu'autre que luy en fust l'architecte.

En aucuns corps de ce logis y a quatre estages. En celui de Teutrée y en a deux, dont le deuxième est une grande salle. Les derniers estages sont vouliez : chose grandement à considérer, h cause de la largeur des membres. Vray est qu'à chascun montant il y a une grosse barre de fer traversant de l'un à l'autre avec de gros crampons par dehors tenans lesditcs voultes et murailles liées ensemble et fermes. Sur ces voultes et par tout le dessus du circuit du bastiment est une torrace de pierres de liais qui fait la couverture, lesquelles portans les unes sur les autres et descendans de degré en degré commencent du milieu du hault de la voulte un peu en pente jusques à couvrir les murailles. Et est ceste terrace, à ce que je croy, la première de l'Europe pour sa façon, et chose digne d'estre veue et considérée. Ce lieu est accompagné d'un bois qu'on appelle la Forest de Haye, en laquelle le mesme Roy François fait bastir un logis nommé la Muette, duquel nous parlerons en son endroit. Outre plus, il y a un jardin de bonne grandeur. D'avantage la veiie d'iceluy du costé du midy est autant belle que Ton sçauroit désirer : comme ainsi soit que de ce chasteau, on voit l'assiette de Paris, Montmartre, le Mont Talverien, Sainct-Denys et plusieurs autres lieux assés lointains. Ledit bastiment est accompli de ses fessez regnans entour, de huict toises de large, dans lesquels est un jeu de paulme. A l'entrée est la basse court, fermée partie de cloistures et corps de logis bien simples, et en icelle une fontaine. Après la mort duditRoy François, vint à régner Henry deuxiesme, son fils, lequel pareillement aima le lieu. Ainsi ce Roy, pour Tamplifierde beauté et commoditez, feit commencer un édifice joignant la rivière de Seine avec une terrace qui a son regard sur ladite rivière : ensemble les fondements d'un bastiment en manière de théâtre entre la rivière et le chasteau, comme verrez par le plan que je vous en ay dessigné... »

Il ne semble pas que Saint-Germain ait été une des résidences favorites des derniers Valois. Les premiers Bourbons, au contraire, y séjournèrent assez fréquemment : nous avons dit déjà que Henri IV fit terminer le

Château Neuf. Sous le règne de Louis XIII, nous n'avons à signaler d'autres travaux que ceux qui furent entrepris pour décorer les voûtes de la chapelle : Aubin Voufit y exécuta des peintures qui ne manquaient pas de caractère, et qui sont aujourd'hui presque entièrement effacées '.

Quand Louis XIV, né à Saint-Germain où il passa une partie de son enfance, arriva à sa majorité, et qu'il s'entoura de cette cour qui devait bientôt devenir la plus brillante de l'Europe, les bâtiments élevés par ses prédécesseurs devinrent insuffisants pour abriter les multiples services que

1. Un relevé de ces iicinturca a été fail avant les travaux d par H. Hieta.

restauration de la chapelle

groupaient autour de lui un prince aussi fastueux. Afin de loger le roi, la reine, les princes du sang et toutes les personnes que leurs fonctions obligeaient à les suivre, Jules Hardouin Mansart ajouta à l'édifice de François I" cinq corps de logis, qui modifièrent profondément Taspect de la construction ancienne. Le plan, déjà fort irrégulier, le devint encore davantage. Si la façade nord conserva son caractère, deux bâtiments nouveaux, deux ailes la flanquèrent, s'avançant vers les parterres : l'un masqua le donjon, l'autre engloba la tour du nord-est. Tous deux étaient mis en communication avec les jardins au moyen de pont-levis. T/ois pavillons furent placés également aux extrémités et au milieu de la façade sud; celui du sud-ouest, qui prolongeait la face ouest eut au moins l'avantage de faire disparaître la déformation qui donnait un aspect singulier à la salle des fêtes; elle devint rectangulaire à son extrémité sud. Mais si Tordonnance ancienne de cette salle fut respectée, en revanche, la belle tradition de construction élégante de Tépoque de François F' était perdue : les arêtiers et les caissons oblongs qui ornaient la grande voûte furent appareillés avec une imperfection que la récente restauration a fait disparaître. A l'extérieur, ces adjonctions se reliaient assez lourdement aux parties anciennes dont elles affectaient do continuer l'architecture *. Il est à supposer que la décoration intérieure était recherchée et magnifique, malheureusement il n'en reste pour ainsi dire rien à l'heure actuelle, après que le château a été utilisé comme caserne et comme pénitencier. Ces affectations de la demeure du Grand Roi ont fait disparaître ce qui avait un caractère d'art : il ne subsiste, dans la salle destinée à devenir la bibliothèque du Musée des Aniiqiiités nationales que des fragments de boiseries qui n'occupent même pas leur place d'origine. L'adjonction de cinq corps de logis pourvus de balcons à l'étage principal amena la suppression des appentis qui, dans les bâtiments de la Renaissance, couvraient l'ancien chemin de ronde. On y substitua

1. Les Comptes des bâtiments du roi sous le règne de Louis XIV, publiés par M. Jules Guiffrey, dans la collection des documents inédits, permettent de se faire une idée exacte des travaux exécutés à Saint-Germain : de 1664-1680, le total des dépenses pour la maçonnerie, charpenterie, couverture, plomberie, serrurerie, menuiserie, vitrerie, pavage, etc., s'élève à la somme de 3.981.358 livres, U sous, 9 deniers; — de 1681-1687, on y dépensa 1.921.860 livres, 19 sous, 11 deniers; — de 1688-1695, 28i.n9 livres, 2 sous; de 1696-1705, 366.081 livres, 5 sous, 5 deniers; — enfin, de 1706-1715, 501.630 livres, 7 sous, 3 deniers. Ces sommes considérables comprennent bien entendu les dépenses de toute nature faites non seulement au château mais sur l'étendue totale du domaine.

partout des terrasses dallées avec garde-corps, qui ajoutèrent à Tagréinent des pièces d'habitation K

Il faut bien dire que malgré tous les remaniements qu'on lui fit subir, le château, tel que le constitua Louis XIV, devait offrir des logements peu commodes, sans jour ni air suffisants à la jonction des nouveaux bâtiments si massifs avec les anciens, le tout d'une distribution très défectueuse. C'est ce qui explique que le roi ne s'en contenta pas longtemps et qu'ayant jeté les yeux sur le rendez-vous de chasse qui existait h Versailles, il ait résolu de s'y créer une demeure qui serait l'œuvre de son seul règne et qui répondrait mieux à ce qu'il souhaitait. En 1681, il quitta Saint-Germain et l'édifice élevé par Louis VI, saint Louis, Charles V et François V% où s'étaient écoulées ses plus glorieuses années •. Après son départ, le château fut délaissé par la cour jusqu'au moment où Jacques II d'Angleterre, détrôné, vint avec une petite suite de fidèles y ramener un peil de vie : ce prince y mourut en 1701, et sa femme, Marie d'Esté, en 1718.

Depuis lors, Saint-Germain ne compte plus pour l'histoire de l'art : on l'affecta à des services très divers. Sa magnifique salle de fôtes servit à des représentations théâtrales données à de rares intervalles. Le 21 ventôse an XI (12 mars 1803), le gouvernement consulaire décréta qu'on y établirait un hôpital civil de 800 lits; mais aucune suite ne fut donnée à cette décision. Sous le premier Empire, le château devint une école de cavalerie, puis une caserne : le génie militaire y exécuta des travaux de transformation qui n'eurent rien de commun avec l'art : la chapelle fut surélevée et la salle de fêtes partagée en deux étages destinés à contenir des chambrées. Enfin, un pénitencier militaire remplaça le quartier de cavalerie et occupa les bâtiments jusqu'à l'année 1855 où ils furent évacués définitivement.

1. De nombreuses gravures montrent Taspect du château à Tépoque de Louis XIV. L'une d'elles, conservée au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale, représente la cérémonie du baptême du Dauphin, en 1663 : un long cortège de personnages s'étend entre les deux châteaux. Un carton ayant pour titre : « les grandes pièces^ topographie de la France », à la même bibliothèque, contient la série des plans qui est complétée par une légende manuscrite, datée du 25 février 1685, donnant l'afTectation de chacun des locaux de tous les étages du château; le plan de Tétage souterrain est erroné, car il indique les caves qui subsistent encore sous la cour comme situées au-dessous du bâtiment nord.

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