L£ MAL D'ENFER
CUAPITHE PREMIEB
Om l'on fai^coBiisaîesasîce avec Mji?b5 ©ïife, Pschencl et iMademoiselSi^ Blasicbc.
Le gai soleil des premiers jours de juin souriait dans les tilleuls de riiôtel de iNoyal. Les rosiers en pleine ileur étalaient leurs bouquets parfumés. L'air était tiède et bon. En passant parmi ees vertes charmilles et ces maronniers aux aigrettes fières , en frôlant ces mille fleurs du printemps, si
i« LE CllÂTi-AL-
doucement charmantes, la brise molle s'imprégnait de joyeuses senteurs.
li faut vous dire que l'hôtel et les jardins du marquis de Noyai étaient les merveilles de Rennes, capitale de la province de Bretagne.
L'hôtel était un tout petit palais, flanqué de deux tourillons à toits pointus, guillochés comme des pièces d'orfèvrerie. On montait à la maîtresse-porte, dont les vitraux lozangés laissaient voir une miniature de vestibule, par un perron de marbre blanc. — Sous le perron, c'était une terrasse en fer à cheval , ramenant ses deux courbes à un grand escalier de brèche rouge, qui joignait une seconde terrasse à pente douce, plantée d'arbres séculaires et descendant jusqu'à la pelouse.
DK VliLOUIlS. 1
La pelouse descendait encore , déployant le velours de ses gazons autour des statues mythologiques.
Car on n'avait pas encore ce suprême béotisme de placer dans les jardins, — pour réjouir Toeil des promeneurs : Spartacus, l'ennuyeux esclave qui fronce perpétuellement le sourcil en brisant toujours ses chaînes, ou le vieil Épaminondas, maigre et triste dans ses rides, se faisant à lui-môme la douloureuse opération qui mit fin à ses jours.
Pour orner les gazons verts ou l'éclatante mosaïque des parterres, on faisait appel à la beauté souriante, à la force calme, à la divine majesté.
De bonne foi, que font ces cheveux plais, ces casques revêches, ces muscles
révoltés, ces jambes cagneuses parmi les lilas elles roses?
Après la pelouse, la pièce d'eau Iranquille et bleue.
Au delà encore, les méandres symétriques des plates-bandes et les corbeilles bombées étageant autour du rosier souverain Tamphithéàtre des fleurs vassales.
Puis c'étaient les mystérieuses charmilles sombres et mêlant à l'infini les détours de leur labyrinthe, la grotte de Pan , toutes ces choses ravissantes qui font soimre de pitié un true gentleinan.
Pour excuse, nous dirons qu'on était au milieu du dix-huitième siècle; et qu'il fallait encore une centaine d'années pour arrivei' ;iu j;)i>ib(>n inondé «le ilié , ;»u
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roast-bccf à l'art constilutionuel , aux cure-denls mécaniques, aux ballons ((ui enlèvent des trapèzes , à toutes les allégresses enfin de notre miraculeuse civilisation.
Le 5 juin 1740 était le jour de clôture des États de Bretagne.
M. le marquis de Noyai , député de la noblesse pour la ville de Saint-Aubin-du- Cormier , avait choisi ce jour-là i)our donner une iète aux dames.
11 était riche, ce marquis de Noyai, et assez magnifique. Bonne noblesse, du reste , honnête seigneur, et n'ayant jamais élé soupçonné d'avoir inventé la poudre.
r.es qnali(<'s réunies n'auraient point
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suifi peut-être pour metti*e h la mode le nom de Noyai dans une ville d'États, où les fortunes étaient grandes, où les familles historiques abondaient, et où les luttes parlementaires aiguisaient les intelligences. Il est certain, cependant, que ce nom de Noyai faisait fureur.
Voici pourquoi :
Dans cette merveille mignonne, l'hôtel de Noyai, il y avait une autre merveille, appartenant également à M. le marquis.
Marielle, la blonde aux yeux noirs ; Marielle, l'incomparable; Marielle, la divine, — Marielle de Noyai, qui avait dixhuit-ans tout à l'heure, et dix amoureux pour chacune de ses dix-huit années.
Vous verrez comme Rennes tout en-
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lier l'adorait, cette chère beauté. Rennes qui jette à peine un regard dédaigneux aux plus jolies, tant il est habitué à voir la grâce noble rayonner dans son atmosphère brumeuse; vous verrez comm'e Rennes la suivait, idolâtre, subjugué, triste de sa mélancolie et souriant à ses sourires...
Les jardins de l'hôtel de Noyai occujKiient le revers de ce coteau unique dans l'enceinte de la capitale bretonne, qui a pour couronne les grands arbres du Thabor et descend au port de Yiarmes, sur la Vilaine, en passant par le Croco et l'Hôpital Général. La promenade du Thabor était alors l'enclos abbatial de Saint-Melaine. Les constructions diverses qui couvrent aujourd'hui la montée, manquaient pour la plupart. Des murs de l'enclos au
lorre-[)lein de la Motte, il n'y avait que deux au iiois maisons, des cliamps et des jardins.
La Motte eile-niêine, divisée en deuv compartiments dont les niveaux différents indiquaient l'origine guerrière, attendait encore celte fontaine non-pareille, avec jets, bassins, cascades, etc , qui n'a d'eau que les jours de grande pluie.
Cette pauvre fontaine regarde d'en haut ja Vilaine qui coule à quelques vingt miires au-dessous d'elle. —] On dit que sa naïade, mourant de soil", pleure chaque l'ois qu elle aperçoit Tarc-en-ciel, car ce siirne miséricordieux lui défend d'espérer un second déluge. -— A l'heure fatale de minuit, on l'entend qui tousse et qui maudit l'algèbre aride, l'Ecole polytechnique el 1rs ponts cl chaussées.
Entre rancienne abbaye et los murs du jardin de l'hôtel, il y avait un terrain nu et sablonneux où un pauvre homme avait bâti une petite cabane,
( le pauvre homme était de sa profession danseur de corde. Les gens de Rennes ne le connaissaient que sous le nom de Malbrou k.
11 était jeune, robuste et beau de celte rude beauté qui prend parfois le coeur des femmes. Une lingère de Rennes, veuve, aisée et jeune encore, s'était éprise de lui à son arrivée dans le pays. Bien qu'elle eût épousé le danseur de corde, on continuait à l'appeler la Cijaumel, du nom de feu son premier mari. ^
Son lils, qui pouvait avoir quatorze ans, senommait Adrieu (^haïuneî. — mais Mal-
14 LE CHATKAC
!»rouk lui avait donné le sobriquet de Pichenet.
Tout le monde l'appelait Pichenet.
Malbrouk avait mangé — ou bu — en quelques semaines les économies de sa femme.
Quand les économies furent mangées — ou bues, — ou plutôt, car il faut de la raison, bues et mangées, Malbrouk prit la coutume de battre sa femme à ses heures de méchante humeur.
Ces heures là sonnaient toute la journée. , •
Or, Malbrouk était fort comme un hercule du Nord, cl n'y allait pas de main morte.
Une fois, Pichenet se mit au devant de sa mère, poui- la protéger; Malbrouk le prit par ?e cou et le lança dehors.
Voyez le malheur! Il arriva ceci :
Pichenet, charmant enfant, souple et léger, ne se lit point trop de mal en tombant. Trois écorchures et quelques bosses. Ce fut un trait de lumière pour Malbrouk.
— Jarnidieu! dit-il en oubliant presque de battre laChaumel, — Pichenet fera un danseur de corde î
Et Pichenet fut danseur de corde.
Il commença immédiatement son cours de funambulisme.
Malbrouk planta un poteau devant la porte de sa masure et tendit une corde qui allait s'attacher à une grosse branche ti'arbre, appartenant au jardin de M. le marquis de Noyai et passant par dessus son mur.
Du jardin de i'hote] on voyail parfaitement ie terrain aride et nu où s'élevait la
Ift LE rjlÀTKAU
pauvre cabane de Malbiouk, — et réciproquement.
M. le marquis de Noyai, peu flatté de ce voisinage, avait proposé à Malbronk de lui payer sa cabane le triple de sa valeur.
Malbrouk avait haussé les épaules fièrement, îl aimait l'argent beaucoup, mais il aimait encore davantage la satisfaction que Ton éprouve à molester un ennemi.
Or, sans qu'il s'en doiUât, le marquis, à cause de sa richesse, h cause de son honneur, était l'ennemi de Malbrouk.
Malbrouk n'était pas, croyez-le bien, le type de l'homme du peuple. L'homme du peuple est généreux et bon neuf fois sur dix, — Mais pourquoi se dissimuler que parmi le peuple, il y a de ces natures sauvages et viciées, en qui l'énergie, ce don de Dieu, n'est qu'un <1anger de plus?
DE VELOURS. t'
Malheureusement, ce sout ces natures que les poètes du mal vont chercher pour les placer sur le piédestal. On gagne de l'areent à flatter ce secret sentiment qui pousse toujours le cœur de Thomme à la révolte.
On s'écrie, les larmes aux yeux et le poison au bout de la plume :
Celui-là eût été un héros si la société inique et impie n'eût l'ait de lui un criminel !
Les crocodiles aussi ont sou vent la larme à l'œil.
Malbrouk refusa donc de céder sa cabane. Il était dans son droit. Le marquis planta un rideau de peupliers le long du mur et n'y songea plus.
Mais les peupliers tardaient à grandir.
Et chaque jour Pichenet, — le pauvre
i ' ' %¥ CHATEAU
iSclieiiet ! — passait de longues heures à ri\garderces beaux gazons où parfois glissoit une radieuse apparition :
Marielle avec sa couronne de cheveux Islonds.
Marielle n'avait sans doute jamais vu le }>;iuvrePichenet.
Mais M. le marquis de Noyai avait une autre fille que Marielle, une vraie petite iiile celle-là! Ange et démon, comme dirait un romantique.
Une espiègle! une rieuse! et si bonne!
Elle avait nom Blanche.
On ne faisait pas encore grande attention à elle, ce qui la contrariait assez.
Mais pas trop, au demeurant, pourvu qu'elle pût courir comme une biche sous les charmilles, défier les oiseaux chanteurs avec sa voix claire et joyeuse, bon-
DE VFLOPIVS. i^)
(lir sur le gazon, — puis s'asseoir pensive et rêver.
A quoi ?
A quoi ? Seigneur Dieu! Elle avait douze ans bientôt. Si j'osais, je vous demanderais, madame, à quoi vous rêviez hier.
Était-ce rubans déjà, dentelles et parures? Ce n'était plus poupée. Ce n'était pas amour...
Mais voilà, vous ne vous souvenez plus. Hier est si loin! Aujourd'hui est si beau! Tout en rêvant, Blanche regardait parfois du côté de la cabane deMalbrouk.Eile assistait en quelque sorte à ce drame triste qui se jouait sur le tertre entre le danseur de corde, la Chaume! et le petit Pichenet. Elle voyait la femme pleurer et l'enfant s'agenouiller près d'elle.
Le cœur de Blanche se serrait.
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Quand ce féroce coquin de .\ialbrouiv avait bien battu sa pauvre femme, il allait se calmer au cabaret. La Chaurael et Pichenet restaient seuls.
C'étaient alors des scènes de consolante tendresse. Ce qui se disait, Blanche ne l'entendait point, mais elle devinait. On pleurait d'abord, puis les larmes de la pauvre mère se séchaient sous les baisers. Elle souriait. Puis encore, Pichenet redressait sa taille grêle, mais gracieuse, et Blanche comprenait qu'il menaçait.
11 devait dire :
-— Quand je vais être un homme, mère, on ne te battra plus !
Et la Chaumel le calmait à soîi loui', prenant sa tête blonde à pleine mains et la serrant contre son cœur.
En ces moments, si la voix de Marielle
ou du marquis appelait Blanche tout à coup, elle tressaillait, étonnée de trouver ses yeux rkins de humes.
Pourquoi le cacher? Blanche, connue tout le monde, avouait qu'AlJ)ert était le plus joli cavalier de la province» Blanche rougissait quand Albert lui souriait. Elle se moquait de lui, un peu, mais elle savait comment les iers de son cheval frappaient le chemin caillouteux. Et son petit cœur battait... un peu.
Albert allait avoir seize ans. 11 était grand; ses cheveux noirs et brillants bouclaient sur son front. Il montait à cheval presque aussi bien que Lacuzan, c'est à dire comme un ange; il dansait à ravir, et n'avait que Lacuzan pour maître. Quant à l'escrime, si Lacuzan n'eût pas existé.
'^^ Lh CHATEAU
Uid.
Albert aurait été l'Achille de racadémic rennaise.
Mais qui diable eut essayé de l'emporter SHr Lacuzan? le beau Lacuzan!
Henry du Grail Lacuzan, comte de Lacuzan , chevalier des ordres et lieutenantcolonel des dragons de Conti.
L'homme que le succès allait chercher humblement et qui ne daignait pas même dire au succès : Sois le bienvenu !
Nous reparlerons de ce Lacuzan plutôt cent fois qu'une.
C'est à lui qu'appartenait le magnifique château du Grail, qui fut depuis la terreur de la contrée sous le nom de château do Velours.
Blanche aimait beaucoup ce Lacuzan.
Ainsi, vous voyez, voici déjà trois personîK'5 à qui Blanche pouvait rêver, si déci-
dément elle ne songeait plus à sa poupée.
Pichenet, Albert et Lacuzan.
Sur les trois, Albert seul mettait à sa joue une teinte plus rose. C'est qu'une fois sa grande sœur Marielle lui avait dit on riant :
— lilanche voici ton petit mari qui passe.
— Pas si petit! avait murmuré Blanche offensée.
Et Marielle de rire plus fort.
Vous n'empêcherez jamais ces grandes demoiselles de molester les iillettes!
Albert était, du reste, un excellent parti. 11 avait nom Coëllogon, et M. le lieutenant du roi, sou oncle, le traitait comme son lils.
Ln matin, Pdanche se leva avunt le soleil.
Elle descendit le perron et s'en alla donner de grands coops de poing dans la porte du vieux Lapierre, jardinier de M. le marquis de Noyai.
— Holà! que voulez-vous, notre demoiselle? demanda Lapierre qui vint ouvrir en se frottant les yeux.
Blanche était pins rouge qu'une cerise.
Elle avait le regard on dessous et son sourire n'était pas trop franc, pour sûr.
— Ce que je veux, Lapierre, dit-elle en prenant un air indilférent; — je suis folle de t'éveiller pour cela!... c'est une idée que j'ai eue cette nuit... Dis donc... ça coûte cher, n'est-ce pas, pour réparer les murailles du jardin quand elles tombent?
Ce fut pour le coup que le vieux Lapierre se fi'otta les yeux!
-»- Je songe creux! groîninela-t-il. —
l>h Vhl.OlKS. ±)
Notre petite demoiselle qui pense aux réparations au lien de dormir!....
— I\est-ce pas, répéta Blanche, — que va coûte cher?
— Mais, dam!... répliqua le jardinier, ça ue fait pas de doute que si la brèche est tant seulement grande comme la porte de la cour, faut débourser déjà pas mal d'écus de six livres pour la boucher.
— Là! s'écria Blanche avec triomphe, j'en étais sûre ?
Lapierre la regarda, stupéfait.
— Je deviens raisonnable, vois-tu bien, Lapierre, reprit la fillette d'un ton confidentiel; — je réfléchis... je pense à mes intérêts.
— Ah bien!... ah bieiiî... murmura le jardinier, — tout de même, ça ne fait rien, j'aurais pas cru que ça vous empêchait de
Ui CHATKAl
dormir, ces choses-là, mam'selle Blanche!
La jeune fille détourna les yeux, mais elle avait son idée en tête.
— Si vous n'y prenez garde, prononcat-elle d'un petit ton sec et impérieux, — il y aura bientôt une brèche plus grande que la porte de la cour.
— Où ça, notre demoiselle?
— Venez voir!... puisqu'il faut que ce soit moi qui vous montre votre besogne.
Mademoiselle Blanche faisait de la dureté pour cacher son embarras.
Elle traversa la pelouse d'un pas rapide et résolu.
— L'herbe est mouillée, pensait le vieux jardinier, — elle n'y fait pas tant seulement attention î Faut-il qu'au jour d'aujourd'hui les jeunesses soient plus avaricienses que les gens d'âge.
DE YELOÏ lis. 27
Et il ajoutait, en lio( liant la tète :
— Ah bien! ah bien! j'aurais pas cru
ça de la petite demoiselle Blanche !
La petite demoiselle Blanche avait
l'air de se soucier fort peu du qu'en dira-
t-Oll?
Elle veillait à ses intérêts.
Le jardinier la suivait maintenant sans mot dire.
Elle ne s'arrêta qu'au mur de clôture séparant le jardin de ce terrain sablonneux où s'élevait la cabane de Malbrouk.
— Voyez ! dit-elle en montrant la muraille.
Le vieux Lapierre regarda de tous ses yeux.
11 ne vit rien, et il en fit l'aveu.
— Comment! s'écria Blanche qui frap-
-^* xs CHaÎKÂI?
pa son petit pied contre le sable avec iinpalience; — comment, vous ne voyez pas que cette grosse branche entame le mui!
Lapierre se prit à sourire.
— Ah ! ah ! fit-il; — ce n'est que ça, notre demoiselle?...
— Vous trouvez quece n'est rien, vous, maître Lapierre ! dit Blanche d'un ton provoquant.
— Ma foi, notre demoiselle, voilà vingt ans que je suis chez M. le marquis... puisqu'aussi bien j'y étais depuis Imit ans quand vous êtes venue au monde... et j'ai toujours vu cette grosse branche à la place où elle est.
La pauvre Blanche fut désarçonnée du coup. Elle n'avait pas compté sur tant de résistance.
l>t VKLOUnS. -^
— Ainsi, poursuivait le victorieux Lapierre, si vous n'avez pas d'autre souci, notre demoiselle, vous pouvez vous remettre au lit el faire la grasse matinée.
Il toucha son bonnet de laine et reprit la route de sa cabane,
— Je vous dis, je vous dis! ... faisait-il tout en marchant; — n'y a plus d'enfants î... Une petite bouche de chérubin qui se mêle de parler d'afîaires... Mais je vous dis : Ça était comme ça avant nous et ça nous enterrera net dans cinquante ans d'ici...
— Ah! daii.î s'inierrompil-il , — dans cinquante ans, par exemple, mam'selle Blanche aura le droit de parler réparalion avec mon successeur...
TiO LE CHATKAU
II s'arrêta brusquement et se retourna.
— Blanche l'appelait.
Blanche était restée un instant étonnée et vaincue.
Mais elle était brave et n'abandonnait pas ainsi le champ de bataille.
Au bout d'une minute , elle se redressa , secouant les boucles brunes de ses cheveux et fronçant ses sourcils mutins.
— 11 faut que cette vilaine branche disparaisse ! dit-elle ; je le veux !
Lapierre revint; Blanche le regarda d'un air contrit.
Elle pleurait presque.
— ïu es un méchant, Lapierre, murmura t-elle; j'ai voulu te faire croire que je m'occupais des réparations, parce que...
pai'ce que j'étais honteuse de t'avouer que j'avais peur,..
— Tiens! liens! (it le jardinier, — j'aime mieux ça... c'est plus dans sonate, et, comme on dit quelquefois, dans son sexe.
— Tu es un méchant!... répéta mademoiselle Blanche.
— Si je savais de quoi vous avez peur, notre demoiselle... commença l'honnête uapierre.
— Tu le sais bien... tu lais semblant... — - Dites-le moi seulement.
— Eh bien ! c'est cette vilaine branche qui pend par-dessus le mur. ...l'ai peur des woleurs.
Lapierre se gratta le front ^ — Quant à ça, dit-il, voilà... Ça n'est p»s impossible que ça pourrait peut-être
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leur servir d'échelle pour y grimper sur le ninr... Quoique, depuis vingt ans ..
— J'ai peur, Lapierre!...
— Voilà... c esi plus fort que nous!... quand on a peur, on bat la campagne... Avec ça que ce saltimbanque de Malbrouk et son maigrot de Picbenet ne se gêneraient guère pour sauter de ce côté-ci de la nmraille...
Blanche n'ouvrit pas la bouche pour défendre Picbenet.
— Tiens, Lapierre, dit-elle, prend bien
vite ta hache et coupe-moi cette bran- \
che... je t'en prie!
Lapierre prit sa hache.
La branche, vigoureusemenJ attaquée tomba au bout de quelques minutes.
En la voyant tomber, mademoiselle Blanche frappa ses jolies petiies miins
DR VELOims. 55
Tune contre l'autre et poussa un cri de triomphe.
— Comme ça, vous n'aurez plus peur ?
dit le jardinier.
— Oh ! merci ! merci ! mon bon Lapierre !
Elle disparut en bondissant derrière les charmilles.
— Il paraît tout de même, pensa Lapierre en s'essuyant le front, que ça la tenait fièrement , celte peur-là, notre de» moiselle !
La vilaine branche était celle qui servait à tendre la corde ouMalbrouk faisait danser Pichenet.
11 n'y en avait pas d'autre.
Et, naïvement, mademoiselle Blanche
de Noyai pensait avoir délivré le pauvre
Pichenet à tout jamais de sa torture.
Hélas! il suffisait de plaater un second jioteau.
Tant de diplomatie dépensée en pure I lerte !
Tout ce matin-là, cependant, Blanche fiitbien heureuse.
Et comme Albert de Coëtlogon passa sans ses fenêtres, par hasard, elle lui envoya le plus mignon de ses sourires.