‹ Le château de VeloursChapitre 14 sur 27 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le retour an p»^.

Entre le bourg de La Gravelle et la ville de Vitré, sur les confins de la France et de la Bretagne, il y a une côte, mortelle aux chevaux des Messageries.

Mais, pour parler un peu morale et philosophie, que vont-ils devenir ces chevaux de messageries? Leur sort inquiète bien

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des gens. Trouveront-ils à se placer tous dans les entreprises d'omnibus?

Ou bien verrons-nous ces chevaux mécontents et sans emploi servir la cause des révolutions?

Déjà les rhevaux de diligence ont été violemment soupçonnés à l'occasion des dégâts connu is sur les chemins de fer après février 1848. — Nous pensons que ces dégâts doivent être attribués à de moins nobles bétes.

Gardons-nous cependant d'oifenser les ânes par des comparaisons imprudentes et politiques.

La montée qui est entre La Gravelle et Vitré servait de rendez- vous, alors que les messageries fïorissaienî, à une bande de jeunes mendiants, sachant faire la roue et

DE VELOIKS. ly

chantant, sur un air inouï, avec un accent normand inlraduisbile, ces deux vers, rimes sans prétention :

- Cliaritai?, si vous plaiJ,

» Pour l'itinour du bon Diais, »

Ils roulaient, le long de la montagne abrupte, lilles et garçons, sans plus depudeur que s'ils eussent clé princes et princesses aux îles Marcpiises.

Ils se vautraient dans Ja boue avec des cris d'enthousiasme.

Les chevaux peinaient; les voyageurs se bouchaient les oreilles; le conducteur, cette grande figure que les chemins de fer vont encore effacer, le conducteur empruntait le fouet du postillon pour effrayer l'essaim tourbillonnant et hurlante

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Rien n'y faisait.

Par le brûlant soleil, par la pluie, par la neige, les jeunes Normands, patients et courageux, gravissaient la rampe, toujours marchant sur les mains et toujours glapissant :

Charilais, si vous plaîl, Tour l'amour dn hou Diais

Si bien que les nourrices de la rotonde, les marchands de bœufs de l'intérieur, les officières du coupé, — les voyageurs du connnerce de l'impériale eux-mêmes, — transportés d'une colère commune, ouvraient leurs bourses et jetaient sur la route une grêle de gros sous.

Vous croyez que les jeunes Normands s'arrêtaient.

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0 mes chers amis! vous n'avez donc jamais connu de Normands?

Ils redoublaient, au contraire, de contorsions et de clameurs. C'étaient des bonds convulsifs, des plaintes ignobles, des piaulements elï'royables, à ce point que nous avons vu des officières en verser des larmes sur leurs foulards.

Des officières, habituées, cependant, aux concerts d'amateurs dans les villes de garnison!

Les jeunes Normands sont comme les Normands d'un certain âge : on ne se débarrasse pas d'eux. Ils ont cette belle science de l'obstination qui remporte la victoire par la fatigue, et qui obtient tout ce qu'elle veut par l'horreur même qu'elle inspire.

Ils connaissent au juste la longueur de

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la côte. Ils saveiil jusqu'à quel degré de Jnreur s'emportera la victime, et combien de gros sous rapporte une pleine diligence, arrivée au dernier degré de la rage.

Ils vont; — vous voyez leurs crinières jaunes pendre dans la boue; — leurs yeux glauques rient et vous insultent. — Leurs voix attaquent votre tympan comme des traits de scie.

Et quand la diligence, arrivée enfin au sommet de la montagne, va prendre son élan, quand la main illustre du conducteur ressaisit la manivelle, quartd le premier coup de fouet marque sur la croupe fumante de Pêchard ou de ïaupin, alors tous les bonnets de laine décrivent en l'air des courbes folles; un cœur eflréné s'élève*

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iS'e l'erniez pas les portières ; c'est inutile.

Pendant dix minutes encore, vos oreilles oiïensées saigneront comme si des pointes d'aiguilles gravaient sur votre nerf auditif le dystique abominable : '

Chantais, si vous pîaîl, Pour l'amour du bon Diais !

C'était vers la fin du mois d'octobre i 754, sur la route de Paris à Rennes, entre La Gravelle et Yilré,

Précise'ment à ce lieu oii les jeunes Normands jouent maintenant de leur reste et miaulent leur antienne, en attendant que les chemins de fer achevés forcent ces jeunes citoyens à se laire dentistes, romanciers ou avocats-

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Car ces affieiix enfants seront, eux aussi, victimes de la vapeur.

Cinq ans s'étaient ëcouiés depuis les événements que nous venons de raconter.

11 était neuf heures du matin environ.

Le bon soleil d'automne pompait une légère gelée blanche qui poudrait la verdure des prés.

Un cavalier, venant de La Gravelle , montait la côte au pas de son cheval.

11 n'y avait pas alors de messageries.

Cependant, les aïeux de nos jeunes .

Normands actuels demandaient déjà l'aumône avec des cris inhumains, des sauts de singe et des dislocations extravagantes, le long de la côte.

Notre cavalier était de si belle humeur qu'il les écouta glapir pendant vingt minutes, sans même froncer le sourcil.

DE VKLOUÎIS. i \

Il leur donna une pleine poignée de pièces blanches et pas une malédiction.

C'était un beau jeune homme dans toute la force du terme.

Il paraissait avoir vingt ans à peine. Ses formes, plutôt élégantes que robustes, attendaient encore leur complet développement. Sa figure un peu pâle, mais charmante, semblait accuser des fatigue^ qui n'étaient point celles d'un soldat.

11 était armé pourtant, et ses armes, il les portait gaillardement.

De même, malgré l'aisance gracieuse qu'il gardait à cheval, on ne trouvait point sur lui ce je ne sais quoi, — martial ou commun, qui dénote l'homme de guerre.

Son corps suivait les mouvements de

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sa monture avec un laisser-aller plein de souplesse, et jamais cavalier mieux campe sur sa selle ne (lëdai^na si bien les règles Strictes de Féqui talion.

11 souriait, ce joli garçon, il souriait à ses pensées heureuses, à l'intime contentement de son cœur, — à de beaux châteaux, bâîis dans l'avenir, peut-être.

Et son sourire vous eût fait joyeux, tant il était franc et bon.

11 montrait, ce sourire, deux rangées de dents blanches comme du lait sous une fine moustache brune légèrement retroussée. — 11 mettait des feux diamantés à la prunelle de deux yeux vifs, intelligents, tantôt rêveurs, tantôt fanfarons comme des yeux de page.

Un dernier détail i --* Kotre cavalier

avait lin petit paquet de livres à Tarçoii de sa selle.

Tant il est vrai que personne ici bas n'est sans défauts.

Des livres! avec ce regard de Galaor!

Des livres reliés en paquet par une courroie, et qui vous avaient, les drôles, un violent parfum de science !

Des bouquins ! la seule chose qni soit plus haïssable que les petits Normands du bon Diais !

Vous l'avez éprouvé tous et toutes, sinon, vous ignorez les plus chères joies de la vie :

La joie la plus belle, la plus vive, la plus pure, l'extase la plus vraie, l'enthousiasme le plus naïf et le plus chaud.

Faites-vous dire cette allégresse par ceux-là qui l'ont ressentie.

Qui ont mis leurs deux mains sur leurs cœurs bondissants et qui ont pleupé de si bonnes larmes en voyant de loin deux grands arbres devant un seuil modeste,

— un clocher humble au fond du vallon,

— ou la courbe connue d'une grande montagne qui cache sa tête dans les nuages...

La terre adorée des premiers jours, — la maison, la rue, le jardin, que sais-je!

La mansarde, si c'est une mansarde, — le grenier, si ce n'est qu'un grenier.

Le lieu, enfin, quel qu'il soit, où vous avie^., au matin, pour fêter votre réveil, le baiser de votre mère et le sourire de vos sœurs.

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Le lieu dont le nom remplit l'anie et baigne les yeux.

Le lieu dont on dit: Mon pays! et qui est comme le cœur delà patrie !

Faites-vous dire, oh! faites-vous dire les délicieux bonheurs du retour !

De loin, de bien loin, on sent déjà comme une vague saveur; l'air apporte des parfums connus; le vent qui vient parle de choses aimées.

La poitrine se dilate : ce que vous respirez là, c'est ce qui convient à vos poumons.

Ailleurs, l'aljiiiosphère n'est pas à vous.

Ailleurs, vous empruntez le souffle nécessaire à votre vie.

Ici, c'est votre air, le bo5i air qui était autour du berceau. — Qu'il soit brûlant,

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qu'il soitglacial, qu'il soit lourd ou humide, je vous dis que votre bouche le cherche et le préfère.

C'est l'air natal qui ressuscite les condamnés de la science, qui relève les pauvres fronts penchés, qui rend le sang aux joues pâlies. ^

C'est le souffle même du pays.

Respirez-le, cet air, à pleine poitrine!

Et qu'entendez-vous là-bas, tout là-bas?

Un son fugitif, un son imperceptible, quelque chose qui passe sans frappei' l'oreille de vos compagnons? — Qu'est-ce donc et pourquoi tremblez-vous?

Pourquoi, si vous ètes'deux, tombezvous dans les bras i'iin de l'autre ?

C'est une cloche qui vibre; — c'est la plainte d'un moulin; — c'est le cri d'une girouette sur sa lige de 1er rouillé.

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Ce n'est, rien; c'est tout ; — c'est la voix du pays.

Avancez! avancez! Laissez déborder votre joie! ne vous cachez pas pour rire et pour pleurer!

Pleurez et riez! redevenez enlant, c'est à dire heureux ! Qu'importe la raillerie stupide !

Avancez! — voici le numoir, au bout de Tavenue.

Ou bien, au détour du chemin, voici la cabane.

Chaumière ou chitteau, que fait cela?

Avancez ! avancez ! les bras tendus, l'âme remuée : la porte va s'ouvrir, et vous allez embrasser votre mère.

Qu'elle est bonne! qu'elle est belle!

qu'elle est adorée au château, dans la

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rhaumière, partout î — C'est votre mère. Le plus grand des amours ! Le premier, le dernier, — le seul !

Notre joli cavalier de vingt ans était encore loin de Rennes, mais il commençait à ressentir vaguement cette joie que la plume présomptueuse essaie en vain de décrire.

Nous disons vaguement, parce qu'il ne savait pas encore. C'était la première lois qu'il revenait au pays. Cette joie allait le saisir à l'improviste.

On s'attend bien au plaisir, mais on ne devine pas l'allégresse.

n pressait instinctivement la marc lie de son cheval.

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Ceux qui passaient et qui échangeaient avec lui le salut des voyageurs, n'auraient point su dire exactement quelle position notre cavalier occupait dans le monde.

Son costume était honnête plutôt que riche, et s'il paraissait élégant, c'est que notre jeune homme le portait vraiment comme il faut.

Il avait un habit iong de velours noir, avec la veste pareille, un chapeau de feutre noir, à bords plus larges que l'usage ne l'eût exigé, — point de poudre, — une culotte de soie, dont les attaches disparaissaient sous le cuir moelleux de ses hautes bottes.

Tout cela était simple, assurément,mais tout cela était taillé à la dernière mode de la cour.

Il n'y avait pas là-dedans un alùme de

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gaucherie bourgeoise. Et cependant, un cadet de noblesse vous eût levé le nez plus crânement, et plus volontiers posé le poing sur la hanche.

Ce n'était pas un comédien, — ce ne pouvait être un prêtre.

Un médecin? 11 était si jeune!

Un marchand ? fi! ~ Un artiste? Écoulez; lui artiste s'enguenille comme Callot ou se drape comme Salvator. Un artiste ne vit pas : il pose.

Ce n'était pas un artiste.*

Ma foi, c'était un charmant jeune homme, voilà ce qui est certain : beaux yeux, beaux cheveux, taille One et hère, doux regard, franc sourire.

Il traversa, sans s'arrêter, la ville de Yiîré. 11 ne donna qu'un regard insou-

cieux aux merveilles de ranti({iie cité, qu'on (lirait conservée dans de l'esprit de vin depuis le temps des Riches-Ducs. Les remparts, le château séculaire, couronné de bouquets, comme une vieille mariée qui célèbre la cinquantaine, les porches pesants et vermoulus, les maisons grises, i,'rimpant les unes sur les autres, tout cela semblait l'intéresseï' assez peu.

Mais il avisa, sous un porche, une bonne femme qui tricotait un bas de laine mêlée.

Et son cœur battit, cl ses yeux se inouillèrent, et son talon toucha le venlrc de son cheval.

— Ma mère ! murmuia-t-il ; — ma bonne

mère

Il eût voulu avoir des ailes. Dix lieues encoïc ! Un siècle !

l^e cheval fatigué se prit à trotter de son mieux.

Notre ami, car c'est notre ami, ce beau jeune homme, tira de son portefeuille une lettre dont la tournure manquait absolument de poésie.

11 y a de chères lettres qui ne sont pas bien pliées et présentent l'adresse écrite avec un bâton sur un trapèze des plus irréguliers. 11 y en a même qui arrivent du village, gardant le coup de ponce que vainement on essaya d'effacer.

Cela ne gâte rien.

Mais la lettre carrée, tracée par l'ancien clerc de procureur, devenu écrivain public, la lettre qui commence par ces mots : «- La présente est pour avoir le plaisir de te saluer, etc., la lettre où un pauvre diable, idiot par état, a traduit en langage

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ignorantin le beau langage du cœur, cette leltre-là choque le regard.

C'est un grand malheur pour une mère de ne pas savoir écrire.

La mère qui ne sait pas écrire est obligée d'aller chez M. Popelin et de lui donner dix sous. — Moyennant ces dix sous, M. Popelin envoie au fils absent une large leuille de papier, stylée comme une missive commerciale, ponctuée avec soin, ornée de majuscules et paraphes.

Les Français entre deux âges qui sont chargés de la correspondance chez les banquiers israélites, n'écriraient pas plus lamentablement.

Hélas! ces pauvres mères sont tout heureuses, cependant ; elles portent à la poste le papier scélérat; elles se disent : il aura de mes nouvelles!

El par ic fait, la lettre se termine par ces mots sacramentels :

« La santé, du reste, ne va pas mal ; je souhaite que la présente le trouve de même. >

La.préseiUe! Pauvre mère ! si elle savait écrire, ne fût-ce qu'un peu, elle enverrait au loin tout son cœur!

Au lieu de cela, Popelin, écrivain public, expert juré, copie le modèle intitulé : D'une mère à son fils^ dans le Parfait secrélalre.

Ce que nous voudrions voir, au prix de notre honneur, car pour le voir, nous violerions sans remords le cachet inviolable, ce que nous voudrions lire d'un bout à l'autre, c'est la lettre d'amour, écrite par le cJief de la correspondance à celle qui lui fait manquer ses additions.

Tant ijuc celte épître n'auru pas été inlerceptée par un observateur immoral et livrée traîtreusement à la publicité, la comédie des mœurs contemporaines sera incomplète.

On ne saura pas jusqu'où s'élève le lyrisme commercial; le fin mot de la passion qui porte une plume derrière l'oreille, n'aura pas été prononcé.

Figurez-vous que ce chef de la corrcs^ pondance nous écrivait avant-hier :

< Monsieur, » Nous vous accusons la faveur de l'honorée dont vous nous avez avantagé le ' courant, et dont note que de raison, etc., etc. »

Jugez ce qu'il doit écrire à la suzeraine de son àmc, pour peu que cette jeune

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personne J'avantage de quelque honorée laveur, ou l'iiouore de quelque laveur avantageuse, — ou le favorise de quelque avantage honoré!

Dont note que de raison.

Mon Dieu oui, ce papier que lisait notre voyageur avait été noirci par un écrivain public. II commençait par : La présente est pour avoir le plaisir de... et finissait par : Je souhaite que la présente te trouve de même.

Mais au-dessous de cette dernière turpitude, il y avait une croix, tracée d'une main tremblante.

Ce n'était pas l'expert juré qui avait fait cette croix.

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Cette croix, iiolie bel ami la baisait en pleurant.

La lettre, en somme, disait : Ta mère se porte bien; elle a tracé cette croix pour que tu la baises...

En faut-il davantage? Le Parfait secrétaire, M. Popeiin, le chef de correspondance lui-même, peuvent-ils empêcher une mère de parler à son lils?

La lettre n'avait guères qu'un mois de date. Elle annonçait que tout était bien. JXotre voyageur n'avait rien à redouter.

Son arrivée allait être bonne. On n'allait pleurer que de joie.

A mesure qu'il avançait, cependant, l'émotion du retour le gagnait et le domptait. 11 y avait en lui comme une révolte inexplicable : sa sensibilité n'obéis-

sait plus à. sa raison. C'étaient de soudains élans de joie, puis de soudaines tristesses.

Et ces tristesses comme ces joies se ruaient sur son cœur à l'improviste. Les larmes lui venaient dans le sourire. — Il sentait sa poitrine se serrer tout à coup.

Puis un chant s'élançait de son âme.

Vers onze heures, il avait traversé une grande partie de la forêt. I! se trouvait aux abords du bourg de Noyal-sur- Vilaine.

Jusqu'alors il n'avait eu qu'une seule pensée : sa mère ; sa mère.

Sa mère si bien-aimée, qu'il n'avait pas revue depuis cinq ans!

Mais t.'H a})prochan( du boui'vg de Noyai-

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sur-Vilaine, une (ITslraction lui vint.

Il est bien rare qu'il n'y ait pas quelque gentil secret dans ces cœurs de vingt ans.

Le pas fatigué de son cheval se releniit peu à peu, et quand les derniers arbres de la forêt lui laissèrent voir la noble architecture du château de Noyai, mirant ses cent fenêtres dans l'eau tranquille de la Vilaine, il s'arrêta.

Un gros soupir souleva sa poitrine.

Et avec ce soupir, un nom de femme, gracieux, léger, souriant, un de ces noms créés pour la beauté des fées.

Marielle! Marielle!...

La tête de notre ami se pencha sur son épaule. U semblait suivre une vision chère sur ces vertes pelouses, et parmi toutes les croisées du manoir, son regard alla

chercher une fenêtre, dont les contrevents hélas ! étaient fermés.

Marielle n'était donc phis an château (le Noyai ?

Cinq ans ! la helle jeune fille était devenue feinnae sans doute; femme opulente et nohle, femme heureuse, enviée, adorée.

Notre ami resta une minute tout entière ^en contemplation devant le château de Noyai.

— Cinq ans! murmurait- il.

Puis il ajouta, pendant que son sourire s'imprégnait de tristesse :

— Pourvu que Dieu lui ait û^ardé son bonheur.

La minute était passée. Notre ami releva ie front et détourna brusquement son regard, comme s'il eût dit adieu au nol)ie

chaleaii e( à je ne sais quels souvenirs trop chers, il secoua ses longs cheveux bouclés avec un petit mouvement d'orgueil austère et donna de 1 éperon à son cheval en murmuianl :

— Moi, j{? n'aime que ma mère!

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