MONTALAIS, LE MARQUIS
LB 1IARQC18, allant avec empressement vers Montalois.
Tu arrives trop tard; le duc est mort.
MOIfTALAIS.
Eh bien! le duc de Verneuil est mort: vive le duc de Verneuil! Regardez !
LB MARQUIS, regardant dans la pièce serrdfe.
Ciel! que vois-je! est-ce une illusion?... La vivante image de Léon. . quel prodige de ressemblance.
MONTALAIS
N’est-ce pas que c’est â t'j tromper?... aussi I faudra-t-il que tout le monde s'y trompe.
I LS MABQCia.
I Que prétends-tu... que veui-iu faire?
MONTALAIS
Que cette vivante image, que ce prodige de
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LE CHATEAU DE NEKNEl II.
ressembUnce prenne la place du duc mort. Je veux, de ce jeuoe hnnjme, faire un duc de Verneuil sans le bun vouloir du roi. Je veux vous donner, monsieur le marquis, un pupille qui ne refusera aucune signature ; je veux, en outre, qu’il me procure une honnête retraite pour aller expier mes vieux péchés, si toutefois le ciel m'accorde de longues années et la grâce d'un repentir sincère. Voila ce que je veux.
LK MARQUIS
Comment! tu peux croire?
MOÜTALAIS.
Rien n’est impossible à l'homme de génie; et j'en ai du génie, du génie d'intrigue, si vous voulez ; mais c’est le bon! Écoutez-moi, monsieur le marquis, et rappelez vos souvenirs. Il y a six semaines, i'ai fait un voyage à Paris; j'étais chargé par vous de remettre une lettre à 51. d’Orbesson, dont l'hdtel est situé place Royale. Au moment d'entrer, j'aperçus un jeune homme assis sur un banc placé en face de t'hdlel d'Orbesson. Sa ressemblance extraordinaire avec votre pupille me frappa. En sortant je le retrouvai sur le même banc, et toujours les yeux fixés sur les fenêtres de rhêtel. Je m'approchai, m’assis près de lu*, et nouséchangeâme.s quelques paroles. J'appris qu’il n'avait jamais connu son père, que depuis trois ans II avait quitté sa mère, et qu’il était entré élève peintre dans un atelier, rue des Tournelles
17. Dans le temps je vous ai parlé, je crois, de cette rencontre et de l étonnement que m'avait causé la ressemblance de ce jeuue homme avec le duc.
LE MARQUie.
En effet, je me rappelle...
MONTALA1S.
Quant à moi, monsieur le marquis, elle ne m'était pas sortie de la tète; aussi, lorsqu'il y a trois jours votre médecin vous déclara que l’état du duc empirait sensiblement, je prévis la catastrophe qui vient devons frapper ou plutôt de nous frapper, car entre vous et moi tout est commun. . nous sommes deux vrais amis.
LR MARQUIS, ihoqUt’.
Monsieur rinlendanl, vous oubliez...
MOXTALAis, froiilctnent.
En effet, j'oublie que du jour où j’ai découvert et favorisé les malversations du marquis de Rose* bois au préjudice de son pupille, le marquis et moi nous sommes devenus mieux que des amis, nous sommes devenus deux complices.
LE MARQUIS, à part.
C'est vrai ! ( Haut.) Enfin ce jeune homme?
HOXTAtAlS.
Eh bien! j’avais calculé d'avance tout le parti que nous pourrions tirer de sa ressemblance avec noire pupille : aussi en parlant pour Paris n'a*vais-je qu'une crainte, celle de ne pas retrouver
mon inconnu Mais, à bonheur! à la place
Royale je l’aperçus sur le même banc et toujours en contemplation devant les fenêtres du conseiller ; je l’abordai; il me recooDot. La coQversaUon
devint plus intime. Je vis que ce jeune homme avait des idées de grandeur et d’ambition qui décelaient une âme forte ; que l'ignorance dans laquelle on l'avait laissé du nom de son père avait fait naître en lui l’espoir d'être un jour reconnu par un père puissant et riche. Je démêlai bien vite qu’il avait reçu une éducation au-dessus de la classe à laquelle il semblait appartenir. Il sait plus de latin que vous et moi, plus même que le précepteur du duc... Je ne parle pas du duc, qui n'en savait pas un mol. Adroitement je lui laissai penser que je n’étais pas venu le trouver sans motif, et je lui fixai une heure pour le lendemain. U fut exact au rendez-vous. Hardiment je lui dia que je connaissais le mystère de sa naissance, mais que ce mystère était tel qu'il devait se soumettre à tout ce qu'on exigerait de lui. Jugez de l’efTeide oei paroles sur l'imagination d’un jeune homme qui rêve honneurs et richesses et qui est amoureux, car j’avais oublié de vous dire qu'il est amoureux fou.
LE MÀBQUIS.
Que nous fait l’amour de ce jeune homme?
HOMTALAIS.
Cela nous fait, monsieur le marquis, qu’avec l'amour on roèuc un homme où l’on veut. Tenez, moi qui vous parle, je n’ai aimé qu’une fois dans ma vie... eh bien! foi de Montalaii, pour obtenir ma Joséphine, j'aurais été au bout du monde! Ah! par exemple, une fois arrivé au but, mon ardeur s’est bien vite calmée... puis est venue la satiété, et un beau jour je me suis sauvé... sans trop m’inquiéter de savoir si je ne laissais pas derrière moi quelque chose de plus qu'une maîtresse. 51ais mon jeune homme n’en est encore qu’à la première période... période d’amour aveugle, d'enthousiasme, d'exaltation.. .11 nous suivra partout les yeux fermés.
LB MARQUIS
Saurait-il déjà ce que tu attends de lui?
MOrtTAT.AlS.
Pas précisément; il fallait d’abord le décider à me suivre : je l'emmène dans un endroit écarté... ma voiture était là, cl au milieu des nouveaux rêves de bonheur, de fortune et d’amour, que font naître dans sa cervelle de dix-huit ans mes espérances mystérieuses, un bon souper et quelques verres de champagne mêlés d’un narcotique habilement préparé, je parviens, sans éveiller l’attention de personne, à le conduire jusque dans cette chambre secréte.
LB MARQUIS
Et maintenant?...
MONTALAIS
Maintenant le moment est venu de lui dérouler ce quej'appclle le mystère de sa nai.ssance; et pour cela, j'âi bâti dans ma tête le plan d’un roman si bien arrangé, que mon duc de la place Royale se croira, sans le moindre scrupule, le duc de Yerneuil.
LK MARQUIS
Mais Ion projet me paraît d’une hardiesse.—*
Digiiizeo Dy UiUügle
MAGASIN THÊATRAL.
MOnTALAIS.
Tant micui !
LK MARQriS.
Admrltonfi que lu puisses lî^iicrmincr ce jeune bonm«e à arcepler le rôle que tu veui lui roitfier, croiS'tii qu'il ne se treliisse pas dans ses p.iruleg ou dans ses actions, cl qu’.il puisse complèu-menl oublier ce qu*il a ce qu'il a fait?