MONI AI.AIS
Rêvez donc toujours, monsieur le duc. si cela vous plaît; rêvez Uni que vous voudrez, car vous n'avez pas a craindre le réveil.
AURtlN.
Quoi! tu voudrais...
MONTAL.US.
Moi. je ne veux rien: c'est à vous de vouloir... tout dépend de vous.
▲DRIBK.
De moi !
MONTALAIS
Teoez, monsieur le duc...
ADRIIN.
Toujours duc !
MONTALAIS, approchant deux fauteuils.
Prenons chacun un fauteuil... (//« s'asseyent.) Mamtenant, ras.sernbiez toutes vos idées; rappe- IcZ'Vous ce qui s’est passé entre nous, cl écoutezmoi avec la plus grande attention.
ADBtRN.
J'écoute.
MONTALAIS
Vous devez concevoir que ce n'est pas sans de grands motifs que je vous ai abordé sur la place Royale; que je me suisadroitemenlménagéquelques entretiens avez vous, et que j'ai su vous faire trouver a votre réveil dans le château où vous avez reçu le jour...
AURiKN.
C’est ici que je suis né ?
MONTALAIS
Veuillez me prêter U plus grande attention... J’avais reçu l’ordre de vous chercher...
ADiiisr*.
Me chercher, moi, pauvre jeune homme, qui n'ai jamais ronnti mon pero; moi. qui «lepuis trois ans vivais «cul à Paris, abandonné .. car il y a trois ans que j’ai qiiitlé ma mèro. dont un sentinienl ptU'« fort que moi rejetait les caresses et les conseils; mi inére. qui voulait me donner un état qui enchaînait mes idées de fortune et d'indépendance, et qui détruisait mon avenir... Kt c'est moi que l'on faisait chercher... liais, qui donc, monsieur, pouvait penser au malheureux
Votre tuteur.
ADRIRN
Mon tuteur?
MONTALAIS
CesI par se.s ordres que j'ai agi... Maintenant, je viens à la coupable inlri;;uc qui vous a privé si long-temps de votre étal. {A pan.) Me voici à mon roman; je délie a celle jeune tête exaltée d’aiülr l'idée de le meure en doute. {Haut.) Le feu duc de Verneuil cul deux iils le même jour , l’un d'une malircssc adorée, l’autre d'une lemine que son père lui avait ordonné d'épouser. Il eut la coupable idée de vouloir que le Hls de ) amour héritùt de son nom, de scs litres et de son immense fortune Un échange eut lieu : le iiU de la maîtresse entra au château, et lu fils de la duchesse en sortit pour êlrc mr.lié aux soins d’une femme mercenaire. Peu de temps aprê.s le duc mourut, lai-sant la tutelle deson héritier au marquis de Rosebois. Il y a trois mots, le iDsiquis trouva dans un tiroir secret d'un meuble ayant
Digitiredbi C'roogic
MA(;ASIN THEATRAL.
appartenu au feu duc un papier écrit de ta main t dans un monieni, sans doute, où ü éprouraiides ^ rcmurdsd’avoirahaudonné son (Ils léj^iiime. Dans ce papier, le duc avouait la substitution qui avait eu lieu entre ses dcui enfani. Quel était le devoir du marquis? de chercher à approfondir cet inconcevable mystère, et surtout de prendre tous les moyens pour ne point déshonorer la mémoire de l'homme qui lui avait donné unegrande marque de conliance en le désignant pour tuteur de son bis. Il me chargea de faire des recherches pour découvrir Tenfant si injustement dépouillé. Je désespérais d'y réussir, lorsque le hasard me fit vous rencontrer à la place Royale. Votre cilréme i ressemblance avec voire frère me frappa. Vous | n'aviez jamais connu votre |>ère ; une femme vous j avait élevé et se disait votre mère; mais la nature I s'était toujours refusée à ce que vous lui dounassiei { ce nom. Votre air, votre ton. vos idées nobles et ; généreuses, tout décelait en vous une naissance | illustre. Point de doute, j’avais trouvé l’objet de mes recherches. Je partis pour venir instruire le marquis de Rosebois du résultat de mes démarches, mais non sans avoir pris les renseignemens nécessaires pour vous rejoindre lorsqu'il en serait temps. A mon arrivée, je trouvai votre frère atteint d'une maladie grave qui, en peu de jours, ne laissa plus d'espoir. Nous conçûmes alors, le marquis et moi, un plan qui vous remettait, vous, fils légitime, à votre place, sans déshonorer la mémoire de votre père, et en évitant le scandale d'un procès fort incertaiu. que l'hériiière de la maison de Verneuil aurait fait induhitablement.
Il fallait vous amener secrèlemeiii ici; c'est ce que j’ai fait... Maintenant, c'est de vous que dépend de reprendre votre nom, vos titres, et votre fortune.
ADRiBIf.
Je reste confondu.. . tout ce que je viens d’apprendre me cause une surprise. ..Je serais né duc de Verneuil, etj'auraisété banni par mon peret... Grand Dieu! est-il possible?... Ali! réponds, réponds moi; j al besoin de te l'entendre répéter: tout ce que tu viens de me dire est-il vrai?
MONTALAIS
Quel intérêt aurais-je a mentir? Est-ce votre tuteur, ou bien moi, qui pouvons prendre voire titre et votre fortune?... Que voulons-nous? acquitter une dette sacrée ; car l'écrit de votre père prouve que sa volonté était de reconnaître un jour ses torts envers vous. Nous le voulons sans bruit, sans scandale, sans procès surtout. Vous voyez donc bien que je n'ai aucun motif pour vous débiter une fable.
ADRIBIV.
11 est vrai; mais, hélas: que ineresie-t-il à faire, et par quels moyens...?
asorcTALAis.
Depuis une heure seulement votre frère n’est plus.
ADH1BM.
Mon frère n’est plus!
irOKTALAIS.
Sa mort n’est couiiue que de votre tuteur et de moi. Vutre ressemblance avec lui trompera tous les yeux ; et en vous laissant guider par mes conseils et par mes avis, personne ne pourra rien soupçonner... Vous allez à l'instant prendre la place de votre frère.
AnRiBlv. avec agitaiion.
Moi, prendre la place d'un frère qui vient d'expirer!... oh! ce serait trop horrible!
ll07fTAI.AlS.
Il le faut cependant... le temps presse... décidez-vous.
Non. non !
MONTALAIS
Songez que vous renoncez pour toujours à la main de celle que vous adorez.
AimiEN.
Lucie serait perdue pour moi... Le conseiller d'Orbessou...
MONTALAIS, l’iiuerrompant vivement.
Eh! quoi!... votre Lucie est la fille de M.d’OrbessoQ?
« ADRIBN.
Tu la connais?
MONTALAIS
C'est votre cousine.
ADRIBN.
Lucie, ma cousine! c'est à ma cousine que j’ai sauvé la vie?
MONTALAIS
Vous lui avez sauvé la vie?
ADRIEN-
Le 31 mai dernier , lors du mariage du dauphin, daus celte soirée, qui devait être un jour de fêle, et qui ne fut qu'une nuit de deuil pour Paris, j’eus le bonheur d'arracher Lucie à une mort alTreu»e ; son père, qui n'était pas alors à I Parus, m'envoya de l'or pour s’acquitter, disail-tl,
I envers moi; mais je refusai, et ne voulus que I cette bague que portait Lucie, et qui ne me I quittera jamais.
I MONTALAIS
Admirez, monsieur le duc , la marche secrète de la Providence, qui veut que vous soyez le H- I bérateur de votre cousine... Et vous hésiteriez ! encore !
ADRIBN.
Ah ! Lucie! Lucie 1 c’est pour toi seule !
MONTALAIS
, Très-bien... {Allant ouvrir la porte d'un cabinet ù (fauche,) Veuillez entrer ici; dans quelques instans nous viendrons vous chercher, cl vous ferez tout ce que je vous prescrirai.
1 ADRIEN
' 11 le faut... je m’abandonne à loi.
j il eulrc daas le cabinet.