‹ Le chateau de Verneuil drame en cinq actes (volume 2)Chapitre 19 sur 86 · JOSEPH, LOUISE · texte numérisé non relu

JOSEPH, LOUISE

Ils arrivent par l'avenue qui longe le pavillon.

LOUISE

Ah çà ! monsieur Joseph, voilà-t-il assez longtemps que nous marclions, et allez-vous enûn me dire ou vous tue conduisez?

JOSEPH

Ici, mademoiselle Louise, ici même. Nous sommes au terme de notre promenade.

LOUISE

Alors expliquez-mui bien vite pourquoi, toutâ-llteure. en m'apercevant sous le vestibule, TOUS m'avez fait signe de vous suivre, et pourquoi vous m’avez amenée avec tant de mystère dans cet endroit du parc, si éloigné du château. JOSEPH, après un silence et regardant autour de lui.

Pourquoi? TOUS allez te savoir. Mais personne ne peut-il nous entendre?

LOUISE

Personne... Mous sommes seuls... Je vous écoule.

JOSEPH, à toix basse.

Sachez donc, mademoiselle Louise, que cette nuit j'ai été témoin d’une aventure si bizarre, si extraordinaire , que j’ai voulu vous en faire le récit sur le lieu même où elle s'est passée.

LOUISE

j Une aventure extraordinaire?

I JOSEPH

t Vous en jugerez. Mais d’abord répondez-moi?

i Avez-vous lu des romans à fantômes, de ces ro- I maiis où il y a des êtres mystérieux qu’on en- I tend toujours et qu’on ne voit jamais? De ces I rom.ins où il y a des vieux châteaux que l'on J brûle, des hommes qu'on assassine cl des jeunes ( filles qu’on enlève; de ces romans, enfin... LOUISE, l'interrompant.

Des bêtises, quoi!

JOSEPH

Des bêtises... des bêtises... vous ne croyez donc pas aux revenans, vous?

LOUISE

Est-ce que par hasard vous y croiriez?

JOSEPH

Ma foi..

LOUISE

Un homme! fi! c'est honteux.

JOSEPH

Honteux tant que vous voudrez; il n'esi pas moins vrai quej'cu ai vu un. rnoi.

LOUISE

Un quoi?

JOSEPH

Un revenant.

LOUISE

Où?

MAGASIN THEATRAL

Lèl

iOâBPD, désignant If rocher.

LOUISB.

Quand ?

Celle nuit.

JOSKPB.

LomsB.

Laiuez donc !

JOSBPB.

Je l’ai vu com:ne je vou* vois.

LOUISB.

Vous l’avez rftvé.

JO&BPil.

Pour réver il faut dormir; et je ne me suis pas couché. Ah*.

LOtISB.

Pourquoi ue vous êtes-vous pas couché 7...

ahi

JOSEPD.

Afin d’être plus tùl levé ce malin. Voici la chose : Hier, après le dîner, el mon service lini, je pousse jusqu’au prochain village.,, une petite lieue, tout au plus; malheureusement je rencontre un ami qui me propose un cent de piquet et une bouteille du crû ; j’accepte , mais de cent de piquet en ceiil de piquet, de bouteille en bouteille, dis heures sonnent: je prends aussilijt ma course: mais le diable s’en mêle; impossible d’aller droit mon chemin; de Sorte que j'arrive au château qu'il était plus de minuit el que je trouve la grille fermée.

LOCISE.

Éveiller le concierge, c’était apprendre à tout le monde que M. Joseph rentrait à une heure indue, eldaiis un état sans doute très-peu présentable.

JOSEPH

C’est aussi ce que je pensai. Que faire alors? Revenir sur mes pas , longer le mur du parc, et l’escalader prés de celte porte, me parut une idée lumineuse. J'escalade donc; mais a peine suis-je à terre, que, dirigeant mes pas de ce edté, j’aperçois à la faible clarté des étoiles...

Il a'«rréte.

fenètr'c où l'on ne vil jamais de lumière, de cette fenêtre enfîn qui n’a ni escalier ni chambre; car vous lavez aussi bien que moi que noua n’avona jamais pu la découvrir dans l'intérieur des appariemens situés de ce côté. Que dites-vous de tout cela?

LOUISE

Je dis que tout cela est la suite de votre Ion* gue station au cabaret, et que j’y regarderai à dcui fois avant de prendre pour mari un faoinme qui boit outre mesure el croit aux revenans.

Vous étiez gris, mou cher.

JOSKPII.

Est-ce aussi parce que j'étais gris que je me suis trouvé nez a nez avec uu chUTon de papier suspendu à un Éil dont l’autre bout teoait à cette même fenêtre?

LOUiSK, étonnée.

Un papier!

lOSEPII.

Avec de l'écriture dessus. Je m’en suis em> paré, sans ro'infurmcr s’il était à mon adresse. LOUISE, vivement.

Et qu’y a-t-il d’écrit?

JOSEPU.

Dam! je l’ignore, attciulu que tout petit j’ai oublié d’apprendre à lire, et qu êtant grand je ne l'ai jamais pu.

LOUISB.

En effet; ce que vous venez de nie dire est bizarre, extraordinaire... Je ne sais plus que penser... mais ce papier...

josipii, firam un écrit de sa poche.

Le voila...

LOCISB, le prenant vivement.

Donnez!... donnez... ( Elle le retourne dans tous les sens.) Allons, bon! juste comme vous, monsieur Joseph.

JOSEPH

C’est dommage , je suis .«Ar qu’il se pas«e quelque chose d'étrange au chAteau. Ce papier nous aurait peut-être dévoilé un grand mystère.

IdonuUic, <]ut arrivv par b gaiiclic, a rnlrmiu cct Jer- DÎrr* mois «t a aprrçu l’écrit trau par Louisf*.

LOCISB.

Eh bien ?

JOSEPH

J’aperçois, dis-jc, comme une espèce d'ombre, comme une sorte de fantôme d’une taille gigantesque, qui se glissc rurtivement devant moi, et disparaît tout a-coup h travers le rocher.

f.Ol'iSE, riant.

Voila qui serait merveilleux si ce n’élait le petit Mil du ciû qui vous avait porté a la tête.

JOSLPU.

Riez, niadciuoiselle Li»uise, riez... Mais ce n’fst P >« lonl. A peine miiis de nia frayeur, je iji engage dans celle longue avenue qui aboutit a une aile du château, lor.-quc, arrive sous le bàliiiieul, une clarté soudaine frappe me.s yeui. Kl savez-voui d'«6 elle parlait ceuc clarté?... de la fenêtre grillée que I on aperçoit d'irt, de cette

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