‹ Le chateau de Verneuil drame en cinq actesChapitre 20 sur 76 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

LE MARQUIS, MONTALAIS

LE MARQUIS

Montalais, je le cherchais...

MONTALAIS

Moi, monsieur le marquis, j’allais vous chercher.

LE MARQUIS

Il faut que Léon reprenne la place qu'il n’aurait jamais dû quitter. Depuis trop long-temps je déplore la malheureuse faiblesse qui m’a fait adopter un projet aussi coupable.

MONTALAIS

C'est très-bien... je suis fort partisan des grands et noble» senliraens quand ils peuvent s’arranger avec notre intérêt. Il s’agit maintenant de décider par quel moyen nous nous débarrasserons d'Adrien, et ce qu'il nous reste à faire pour mettre le principal acteur de la conspiration hors d’état de commettre la plus légère indiscrétion

LE MARQUIS-

J’ai pensé atout. Adrien u’est-ii pas parti pour la chassa ?

MAGASIN THEATHAL.

MONTALAIS

Oui, monsieur le marquis: il a môme annoncé qu’à la chute du jour il rentrerait au château par cette porte qui ouvre sur la forêt.

LE MARQUIS

Voilà qui servira merveilleusement mon projet...

MONTALAIS, étonné.

Vous avez un projet, monsieur le marquis?

LE MARQUIS

Oui, et dont l'exécution est facile, car j’ai pris toutes mes mesures.

MONTALAIS

En vous entendant parler, je marche de surprise en surprise.

LE MARQUIS-

Tu attendras ici le retour d’Adrien, et tu lui feras servir quelques rafraîchissement. Puis, en continuant de l’entretenir dans ses rêves de grandeur, d’amour et de fortune, lu lui feras prendre une nouvelle dote du breuvage narcotique dont tu as déjà si bien fait usage à la place Royale.

MONTA LAIS

Très-bien ; mais après ?

Après, sous le prétexte de ce voyage à Beauvais que tu as annoncé il y a plusieurs jours, lu feras venir ton cabriolet la, derrière cette porte. La nuit sera arrivée; Adrien, plongé dans un profond sommeil, sera porté par loi dans celte voiture et entraîné loin de ce château.

MONTALAIS

Et quel sera le terme de mon voyage?

LB MARQUIS

Bicêtre.

MONTALAIS, étonné.

Bicêtre?

le marquis, tirant un papier de sa poche.

A la vue de cette lettre de cachet, on le recevra comme un jeune homme atteint de folie, se croyant noble et riche, et prononçant parfois le nom du duc de Verneuil.

MONTALAIS

Monsieur le marquis, je m’humilie. Cette lettre de cachet est un trait de génie que je rougis de n'avoir pas trouvé. Rien de mieux imaginé, de plus simple, et je vous réponds du succès.

LE MARQUIS

Tu n’as pas de temps a perdre. Il faut commander ta voiture et faire apporter ici des rafratchissemens.

MONTALAIS

Et c’est ici qu’il s’endormira pour ne se réveiller que dans un cabanon de Bicêtre. Cela me fait de la peine, je ne le cache pas; je me sens porté d’inclination pour lui. Il y a de l'étoiTe chez ce gaillard-là... nous eu aurions fait quelque chose.

LE MARQUIS

Je ne veux pas que ce malheureux trouve la mort a Bicêtre. Plus tard, je le ferai passer aux colonies, où je lui assurerai une honnête exis-

tence, faible dédommagement des maux qu’il aura souiïerts.

MONTALAIS

Bien, monsieur le marquis ; j’agirai avec plus de force et de courage. Mais Adrien ne peut tarder à rentrer. Je vais exécuter vos ordres, et serai ici avant que le bruit des cors ne nous ait annoncé le retour de la chasse.

LB MARQUIS

Moi, je rentre pour écrire une lettre de remerciement à M. le lieutenant de police.

MONTALAIS

Vous ne pouvez moins pour le service signalé qu’il nous rend.

Il» sortent fnkrali'c par l'avenue <;ui longe le pavillon ;

et Louhc, qui guet', «il leur départ, arrive par uneailee

à côté.

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