‹ Le chateau de Verneuil drame en cinq actesChapitre 38 sur 76 · SCENE Vil · texte numérisé non relu

SCENE Vil

DELMAR, M me VERDIER, entrant par l’arcade ; elle est pâle, de faite et se soutient A peine.

M tnc VER DIEU.

Mon Dieu! suis-je enfin arrivée au terme de mon voyage? qui pourra me dire? {Apercevant Delmar.) Aht... ( Allant vers lui ) Monsieur, pardon... auriez-vous la bonté de m'indiquer <Je quel côté je dois diriger mes pas pour voir (es malheureux que l’on expose au Châtelet? .

delmar, frappé de son état de souffrance.

I-à-bas. madame, sous ce guichet. Mais qu'avez-vous? vous vous soutenez a peine. Tous vos

traits expriment la douleur et la souffrance

Craindriez-vous de trouver ici la certitude d’un affreux malheur?

M™ 8 VERDIER

Bêlas! il n'est que trop vrai! Voilà plus de trois ans que mon (ils m’a quittée pour se fixer à Paris. Je recevais assez régulièrement de ses nouvelles ; mais depuis plusieurs mois elles ont cessé tout-à-coup... Justement alarmée, j’ai fait, depuis sa dernière lettre, des recherches qui toutes ont été sans succès.

DELMAR

N'avez-vous pas d'autre motif de crainte?

M m« VERDIER.

Il y a quelques jours, j’ai lu dans les gazettes les détails d'un horrible assassinai commis au Bourget sur un jeune homme dont le signalement se rapporte à celui de mon fils Adrien. L'âge est aussi le même, dix-sepl ans. Jugez alors, monsieur, de ce que j'ai dû ressentir a cette lecture. Partagée entre la crainte et l'espérance, et ne pouvant rester plus long-temps dans cette cruelle incertitude, j ai quitté Vendôme, et je suis venue à Paris, pour m’assurer si je n'étais pas la plus malheureuse des femmes!

DELMAR

Calmez-vous, madame, et espérez encore. Votre fils, dites-vous, était depuis trois ans a Paris. Dans cet espace de temps il a dû se faire des amis, former quelque liaison intime... Eh bien! l’infortuné qui est gisant dans cette triste enceinte n’a encore été reconnu par personne, quoique la foule se porte ici tous les jours et que les gazettes aient donné la plus grande publicité a cet affreux événement. Il parait donc certain que la victime n'habitait pas la capitale lorsqu'elle a été frappée par une main homicide; car si c’était votre fils, nul doute que le voile épais qui couvre ce forfait n’eût été déjà déchiré.

M mp VERDIER.

Ah 1 monsieur, puissiez- tous dire vrai!., vos paroles font naître en mon âme un espoir auquel je n’osais plus m’abandonner!

UELMAR.

Venez donc, madame, acquérir la preuve de ce que j'avance, et permettez que je vous accompagne ; dans un pareil moment je ne veux ni ne dois vous quitter.

VERDIER

Que de grâces n'ai-je pas a vous rendre, monsieur!... Mais attendons quelques instant encore... Près de franchir le seuil de celte enceinte, une terreur nouvelle s’empare de mon âme... Aht monsieur... si mon espoir devait être déçu... si dans ce malheureux j’allais reconnaître...

DELMAR

Allons, madame, du calme, du courage.. Son* gcz que le public n’est admis chaque jour dans celte enceinte que pendant un laps de temps assez court. Tel est le réglement qui régit le Châtelet, et que nul ne pourrait enfreindre sans l'ordre expiés de M. le lieutenant de police. Eh bien! Iheure a laquelle cette grille doit être fermée va sonner bientôt; et si vous ne vous hâtez, vous serez forcée d’attendre à demain.

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■ VERDIER

Demain! demain, dltes-toui?... Oh! quel que suit le sort que le ciel me réserve, je veut lé connaître aujourd'hui... Venez, monsieur, venez... conduisei-moi !

Conduite par Delmsr, M m * Verdier eulre par la grille . dans l’enceinte du Châtelet : puis ils disparaissent les deua. Un instant apres le Marquis arrive par la petite porte.

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