LOUISE, LUCIE
lucib, A elle-même.
Cequi m’arrive me jette daos un étonnement I... il n’est pas possible qu'il eiiste une pareille ressemblance... Mais Adrien, duc de Verneuil! Je m’y perds.
LOUISE
Mon Dieu, mademoiselle, comme vous voilà pensive et rêveuse ! Est-ce qu’on est toujours comme ça quand ou va se marier?
LUCIB.
Louise, dis-moi. Depuis long-temps tu connais le duc?
LOUISE
Nous avons été élevés ensemble et nous ne nous sommes jamais quittés.
LUCIE, étonnée.
Le duc ne s’est jamais absenté de ce château?
LOUISE. 4
Quelquefois, et seulement pour des parties de chasse de deux ou trois jours; voilà tout.
LUCIE
Il n’a point fait de voyage à Paris?
LOUISE
Non, mademoiselle ; je l’aurais bien su. Mais tenex, je devine où vous en voulez venir : vous ne seriez pas fâchée d’avoir quelques renseiguemens sur voire futur époux; vous ne pouviez mieux vous adresser, car personne ne le^connalt mieux que moi.
LUCIE
Voyons, parle. (.4 part.) Peut-être apprendrai-je...
LOUIS*
D'abord, Il a deux caractères.
LUCIE
Deux caractères!
LOUISE
Oui, mademoiselle, celui d’avant sa maladie et celui d’après. Avant il était joyeux, toujours content; il m’aimait, quoi! qu'il rne cherchait partout pour me le dire. Maintenant il est grave, pensif; il ne me dit plus du toulqu’il m’aime; et quand il me rencontre, car il ne me cherche plus, c’est : « Bonjour, mademoiselle Louise; comment vous portez-vous, mademoiselle Louise? » et voila tout. Pourriez-vous m’expliquer aussi, mademoiselle, comment il se fait que, ne vous ayant jamais vue, il me parlait sans cesse de vous comine s’il vous connaissait?
Lucie, étonnée.
Comme s’il me connaissait?
LOUISE
Oui, mademoiselle, toujours de vous et jamais de moi. Je m’entends, c’est depuis sa maladie,
• nr avant c’était tout le contraire, il ne m’ouvrait jamais la bouche de vous.
• LUCIE, à part.
Plus de doute, c’est lui qui m’a sauvé la vie. Ah! mou Dieu, serait-il vrai? Il faut que je m'assure... (Haut.) Louise, ma bonne Louise, j’attends de loi un service, un grand service.
LOUISE
Que faut-il faire, mademoiselle?
LUCIE
Il faut aller trouver M. Léon. Tu lui diras, mais à lui seul, que je désire avoir avec lui un entretien secret.
LOUISE
Oui, mademoiselle; j’y cours. (A part en s'en allant.) C'est pour ina sœur de lait maintenant les entretiens secrets; depuis sa maladie les miens sont bien passés, (fi ‘lie ta pour sortir et revient aussitôt.) Mademoiselle , votre commission est toute faite. J aperçois là M. Léon qui, je gage, ! guette aussi le moment d’avoir avec ious un entretien secret.