‹ Le chateau de Versailles (volume 2)Chapitre 12 sur 76 · IIS · texte numérisé non relu

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auquel on fut conduit par une longue allée, éclairée de quantité de lustres. La compagnie y eut le divertissement de la comédie, par la troupe royale, accompagnée dans les entr'actes, d'une excellente musique et symphonie 1 ; et, au sortir de ce lieu, elle entra dans l'allée des Cascades2, où les plaisirs furent continués par un feu d'artifice des plus beaux qui se fussent encore vus. Leurs Majestés passèrent ensuite dans la salle et le vestibule du château, où les attendoit un très-magnifique souper, qui dura jusques à trois heures après minuit 3.

Le lendemain, le Roi régala encore le duc de Buckingham d'une excellente musique de voix dans la salle proche la vieille chapelle4; puis Sa Majesté ramena à Saint-Germain sa compagnie cxtraordinairement satisfaite de tant de divertissements.

Le 12 septembre, Leurs Majestés, avec lesquelles étoient monseigneur Le Dauphin, Monsieur et tous les seigneurs et dames de la Cour, prirent le divertissement de la comédie, par la troupe royale, dans l'une des cours de ce château. Ensuite elles entrèrent dans le parc, qui étoit de tous côtés éclairé d'une infinité de lumières, de différentes façons, et si ingénieusement placées, qu'elles produisoient le plus bel effet du monde. Elles se rendirent aussi vers le Théâtre-d'Eau 5, depuis peu ajouté aux autres beautés qui rendent ce lieu si délicieux, où elles furent agréablement diverties par les différentes figures qu'un art ingénieux y fait prendre à l'eau, et par une agréable musique et symphonie. De là, elles allèrent dans la Grotte, où le souper fut servi avec une magnificence merveilleuse, de manière qu'il ne manqua rien pour combler de plaisir tous les sens de cette royale compagnie, ainsi que le lendemain, que cette fête fut continuée 6.

Ce fut en 4 669 que Levau, premier architecte du Roi, commença la transformation de l'élégant château de Louis XIII,

1 De la composition de Lulli.

2 Ou Allée-d'Eau ; elle venait d'être construite par Claude Perrault, ainsi que le parterre du Nord.

3 Les viandes et les fruits furent apportés sur de grands brancarts d'argen* [Gazette, 820).

'* La chapelle du château de Louis XIII était établie dans le pavillon d'angle sud-est, sur l'emplacement actuel du vestibule de l'escalier de la Reine.

5 Ce bosquet est occupé aujourd'hui par le Rond-Vert.

6 Gazette de France. \

LOUIS XIV — LES FÊTES LE VERSAILLES

dont la petitesse ne s'accommodait pas aux besoins et aux projets de Louis XIV. Le 3 août 4 672, au retour de la campagne de Hollande, le Roi vint visiter ses bâtiments de Versailles, « qu'il trouva fort avancés ».

Les séjours du Roi deviennent plus longs; dès à présent, Versailles n'est plus une simple maison de plaisance pour y donner des fêtes ou pour s'y reposer après la chasse ; le château agrandi, le « château neuf », comme on disait alors, est devenu une résidence royale ; Louis XIV y reçoit les ambassadeurs étrangers comme à Saint-Germain. La Cour réside à Versailles du 1er septembre au 4 0 octobre, et y prend les « divertissements de la saison, entre lesquels la comédie a ses jours ». Le 17 septembre, la troupe du Roi représente les Femmes savantes, et le 20, les Italiens jouent une de leurs pièces les plus comiques ; le 24, la troupe royale joue encore.

Le caractère de résidence s'accentue de plus en plus. Après le siège de Maëstricht, Louis XIV arrive à Versailles le 43 octobre et y séjourne jusqu'au 30 novembre.

Le 46 octobre, les compagnies souveraines vinrent féliciter le Roi sur son heureux retour d'une si glorieuse campagne. Le premier président du Parlement, M. de Lamoignon, le président Gonthier, de la Chambre des comptes, le sieur Le Camus, premier président de la Cour des aides, le sieur Ghauvry, premier président de la Cour des monnaies, et le sieur Pelletier, prévôt des marchands de Paris, firent chacun un discours à S. M. — Le 47, on chassa. Monseigneur le Dauphin, qui devait être plus tard un grand chasseur, fit ses débuts en tuant huit faisans et en montrant beaucoup d'adresse. — Le 4 9, le nouvel archevêque de Tours, et le 21, le nouvel évêque d'Aire prêtèrent serment de fidélité entre les mains du Roi. — Le 20, le Grand-Conseil, le 22, l'Université de Paris vinrent rendre leurs respects au Roi. — Le 24, le comte de Molina, ambassadeur du roi d'Espagne, eut son audience de congé. — Le 25, il y eut comédie. — Le 30, l'Académie française vint, à son tour, faire ses compliments à Sa Majesté.

Le 3 novembre, on solennisa la fête de Saint-Hubert par une grande chasse du cerf vers la côte de Bue. — Le 5, la nouvelle duchesse d'York et la duchesse de Modène, sa mère, se rendant en Angleterre, vinrent à Versailles présenter leurs hommages à la Reine. On les mena voir les appartements neufs du château, les jardins et les eaux; avant leur départ pour Paris, on leur donna une superbe collation. — Le 15, l'ambassadeur de Venise, le signor Justiniani, eut sa première audience du Roi, de la Reine et du Dauphin. — Le 16, le grand Gondé, ayant quitté l'armée de Flandre, vint saluer le Roi, qui le reçut avec tous les témoignages d'amitié qui se peuvent imaginer. — Le 22, le sieur de la Croix, secrétaire de l'ambassadeur de France à Constantinople, présenta au Roi le traité d'alliance entre la France et la Porte signé le 6 juin, par lequel le Roi obtenait de grands avantages pour la religion et le commerce1.

Le premier séjour de la Cour en cette année fut du 8 février au 19 avril. Le P. Bourdaloue prêcha pendant le carême.

Le second séjour, le plus long qu'eut encore fait Louis XIV, dura quatre mois, du 30 juin à la fin d'octobre ; pendant ce temps, le Roi donna la dernière des grandes fêtes de Versailles. Félibien en a publié une longue description à laquelle nous empruntons les détails qui suivent, m complétant çà et là. son récit à l'aide de la précieuse Gazette de France.

Le Roi, dit Félibien, après la réduction de la Franche-Comté sous son obéissance, pour donner à toute la Cour quelques moments de repos et de plaisir en suite des longues fatigues d'un voyage que la saison avoit rendu très-pénible, ordonna, aussitôt qu'il fut arrivé à Versailles (le 30 juin), que l'on préparât des fêtes et des réjouissances, et que de temps en temps il y eut quelques divertissemens nouveaux... Une des choses que l'on doit beaucoup considérer dans les fêtes et les divertissemens dont le Roi régale sa Cour est la promptitude qui accompagne leur magnificence; car

1 Extraits de la Gazette de France.

LOUIS XIV — LES FÊTES DE VERSAILLES

ses ordres sont exécutés avec tant de diligence par le soin et l'application particulière de ceux qui en ont la principale intendance, qu'il n'y a personne qui ne croie que tout s'y fait par miracle, tant on est surpris de voir en un moment, et sans qu'on s'en aperçoive, des théâtres élevés, des bocages ornés et enrichis de fontaines et de figures, des collations dressées, et mille autres choses qui semblent ne pouvoir se faire qu'avec un long temps et dans l'embarras d'un nombre infini d'ouvriers. Cependant le plus souvent la Cour ne s'aperçoit point des préparatifs que l'on fait pour toutes ces sortes de fêtes, et tant de personnes occupées à ces ouvrages apportent si peu d'obstacle dans le lieu où on les dispose, qu'on ne les voit seulement pas.

Ces fêtes remplirent six journées pendant les mois de juillet et d'août1. Les divertissements de la première journée (4 juillet) commencèrent par une collation, qui était préparée dans le bosquet du Marais *, dont la beauté était augmentée par une infinité de vases de porcelaine3 remplis de fleurs et par des guirlandes de fleurs. Les fruits étaient servis sur des jattes et des cuvettes de porcelaine, dans des corbeilles, dans des vases de véritable glace de toutes grandeurs.

Vers les huit heures, on alla assister à la représentation d'Alceste, opéra de Quinault et de Lulli, exécuté par l'Académie royale de musique. Le théâtre était préparé dans la cour de Marbre, dont toutes les fenêtres étaient éclairées par deux rangs de bougies. Les côtés de la cour étaient décorés d'orangers, de guirlandes et de grandes girandoles de cristal et d'argent allumées de bougies. La fontaine de marbre, qui était au milieu de la cour, était entourée de girandoles et de vases de fleurs; les eaux, qui s'échappaient de la fontaine pour tomber dans le bassin, étaient reçues par des vases de fleurs, de façon que leur chute ne pût pas interrompre, par leur bruit, la voix des chanteurs et la symphonie des musiciens. Tout se trouvait réuni, eaux, lumières, fleurs, pour faire les plus riches ornemens d'un théâtre. Après la représentation on alla souper ou « faire médianoche » au château.

1 Elles ont été gravées par Lepautre et Chauveau en 6 planches (nos 3519- 3524 du catalogue de la Chalcographie).

2 Le bosquet du Marais était sur l'emplacement des Bains d'Apollon.

3 De la manufacture de Saint-Cloud.

Le Roi choisit Trianon, « la maison de porcelaine », qu'il venait de faire construire en 4 670, pour passer la soirée de la seconde journée de la fête (4 1 juillet). Un salon avait été établi dans l'une des allées du parc et décoré d'une prodigieuse quantité de fleurs. On y chanta YEglogue de Versailles, intermède de Quinault et Lulli ; après quoi, la Cour revint souper à Versailles dans le bosquet appelé la Salle du Conseil l.

Le 47, l'Académie française vint complimenter le Roi sur ses dernières conquêtes, et l'abbé Fléchier fit au nom de cette compagnie un discours très éloquent, « dont Sa Majesté fut extrêmement satisfaite2 ».

Deux jours après, le 4 9, eut lieu la troisième journée de la fête. Le Roi donna collation aux dames à la Ménagerie. On se promena ensuite sur le Canal, dans des gondoles «. superbement parées ». Les violons et les hautbois suivaient la compagnie dans un grand vaisseau. On se rendit ensuite au théâtre dressé cette fois devant la Grotte, et l'on assista à la représentation du Malade imaginaire, la dernière comédie de Molière, « dont Leurs Majestés et toute la Cour ne reçurent pas moins de plaisir qu'elles en ont toujours eu aux pièces de son auteur ».

Pour la quatrième journée (28 juillet), le Roi avait donné ordre que la fête fût encore plus magnifique et plus décorée que les précédentes. On servit la collation au Théâtre-d'Eau. Les marches qui formaient l'amphithéâtre servaient de tables pour recevoir les mets. Des orangers chargés de fleurs et de fruits, des pommiers, des abricotiers, des pêchers couverts de fruits, et des lauriers-roses, tous placés dans de grands vases de porcelaine, 300 jattes de porcelaine pleines de fruits, 120 corbeilles remplies de pâtes et de confitures sèches, 400 tasses de cristal pleines de glace, une infinité de carafes remplies de liqueur, formaient « un arrangement de couleurs et de figures très-agréable ». Les belles eaux jaillissant de ce bosquet, avec ses grands ifs taillés en pyramides élancées, ajoutaient un nouvel agrément à la collation.

1 La Salle du Conseil a été remplacée par le bassin de l'Obélisque.

2 Gazette, p. 714.

LOUIS XIV

De là on se rendit au théâtre, qu'on avait élevé au bout de l'allée du Dragon. L'Académie royale de musique y joua l'opéra de Cadmus et Hermione, œuvre de Quinault et de Lulli. On alla ensuite faire un tour de promenade en calèche dans le parc, des valets éclairant la marche avec des flambeaux, et l'on assista à un feu d'artifice tiré sur le canal. Enfin, on revint au château, où l'on soupa dans la cour de Marbre, éclairée par une colonne de lumière placée sur un immense piédestal, autour duquel était disposée une table de cinquante couverts.

La cinquième journée (18 août) fut signalée par un incident glorieux. M. de Gourville, envoyé parCondé, présenta au Roi 4 07 drapeaux et étendards que le grand général avait enlevés, à la bataille de Senef, à l'armée ennemie. Le soir, la compagnie, montée dans 30 carrosses à six chevaux, se promena dans le parc. On fit collation dans un bosquet et on alla assister, dans un théâtre élevé dans l'Orangerie, à la représentation (VIphigénie, tragédie nouvelle de Racine, « qui fut admirablement bien représentée par la troupe royale et très-applaudie de toute la Cour ». De là on alla voir la grande pièce d'eau qui forme la tête du Canal1, illuminée d'une manière qui surprit tout le monde; « car, hormis la face de devaDt, le reste étoit environné d'une balustrade de 6 pieds de haut, ornée de fleurs de lys et des chiffres du Roi, le tout d'un artifice si rare, qu'il paroissoit fait d'or transparent, et lumineux ». Il y avait aussi de grands piédestaux paraissant être de marbre transparent, avec des ornements rappelant Apollon et le Soleil, que Louis XIV avait pris pour devise. Toute cette décoration était l'œuvre de Lebrun. Puis un feu d'artifice, formé de cent figures différentes, termina la soirée.

Enfin, le 31 août, sixième et dernière journée de ces fêtes, la Cour eut pendant la nuit un spectacle réellement magique-.

« Sa Majesté, dit Félibien, étant sortie du château à une heure de la nuit, mais d'une nuit la plus noire et la plus tranquille qui ait été depuis longtemps, l'on vit, dans cette grande obscurité, tous les parterres tracés de lumières. La grande terrasse qui est

Le bassin d'Apollon.

devant le château étoit bordée d'un double rang de feux espacés à deux pieds l'un de l'autre. Les rampes et les degrés du Fer-à-cheval, et généralement toutes les fontaines qui sont dans le petit parc étoient environnés de pareilles lumières, qui, réfléchies dans les bassins, y faisoient encore autant d'autres clartés. Au milieu de ces bassins et de ces lumières l'on voyoit s'élever mille jets d'eau qui paroissoient comme des flammes d'argent, poussées avec violence, et dont il sortoit mille étincelles.

Ces lumières, dont la terre étoit couverte, marquoient de nouveaux parterres, et formoient des figures de feu au lieu de fleurs et de verdure. Au bout de la grande allée Royale, le bassin d'Apollon étoit éclairé de la même sorte; et au-delà on voyoit le grand canal, qui de loin paroissoit comme une glace de cristal d'une vaste étendue. Il étoit borné de tous côtés de corps lumineux ; mais d'une lumière douce et privée du mouvement que l'on voit dans le feu ordinaire. Ces corps ne portoient aucune ombre ; ils représentaient différentes figures qu'on avoit peine à discerner de loin, et dont les images paroissoient sur l'eau, qui n'étoit pas alors moins tranquille que la lumière même ; de sorte que le profond silence et l'obscurité où l'on se trouvoit alors ressembloit beaucoup à ce que les poètes ont écrit des Champs-Elysées, qu'ils dépeignent comme une espèce de pays éclairé d'une lumière précieuse et qui a un soleil et des astres tout particuliers.

Le Grand-Canal, tel que nous le voyons sur la gravure de Lepautre, devait produire un effet merveilleux. Ses deux rives étaient éclairées par 650 termes de lumières, de 9 pieds de haut, placés à 6 toises de distance l'un de l'autre. Aux quatre angles de la croix du Canal, il y avait de grands pavillons de 30 pieds de long sur 22 de haut, d'où partaient des flots de lumière; aux extrémités du Canal, à Trianon, le char de Neptune ; à la Ménagerie, le char d'Apollon ; au fond du Canal, un immense palais. Derrière ces décorations d'architecture, on avait placé un nombre infini de feux qui les faisaient paraître transparentes et les rendaient éclatantes et lumineuses dans une nuit obscure. Le Roi et toute la Cour firent une longue promenade sur le Canal dans des gondoles suivies de bateaux où étaient les musiciens.

Ainsi finirent les fêtes de 1674, les dernières de ce genre qui furent données par Louis XIV.

Pendant ces sept années, les grands travaux ordonnés

LOUIS XIV — LES FÊTES DE VERSAILLES

par Louis XIV achèvent de transformer le château de Louis XIII; la Cour continue à faire de longs séjours à Versailles, mais nous n'avons rien de bien important à signaler dans l'histoire de cette période : le 13 avril et le 1er novembre 1675, le Roi touche les malades dans l'Orangerie avec les cérémonies accoutumées.

Le don miraculeux que l'on attribuait aux rois de France de guérir les écrouelles remonte, suivant la tradition, au roi Robert. Dès le surlendemain du sacre l, le Roi touchait les malades atteints de cette affection scrofuleuse ; il renouvelait quatre ou cinq fois par an, aux jours de grande fête, cette cérémonie, qu'il accomplissait après avoir fait ses dévotions.

Les malades, attirés par l'espoir de la guérison, venaient de partout, d'Espagne principalement. On les rangeait tous à genoux, les mains jointes et invoquant l'aide de Dieu. La messe dite, le Roi arrivait accompagné du grand aumônier. Les médecins et chirurgiens du Roi, derrière les malades, prenaient la tête de chacun d'eux et la tenaient assujettie, afin que le Roi pût la toucher plus commodément. Le Roi, en face du malade, étendait sa main nue du front au menton, puis d'une oreille à l'autre, en disant : « Dieu te guérit, le Roi te touche. » Et ainsi à chacun, en donnant sa bénédiction par le signe de la croix.

Le grand aumônier remettait à chaque malade une aumône : 5 sols aux étrangers, 2 sols aux Français. Le premier maitre d'hôtel tenait une serviette trempée de vin et d'eau, « pour bailler au Roi à laver sa main après tant de sales attouchemens ».

1 Louis XIII, à son sacre en 1610, avait touché 800 malades. Le jeune Rci eut un moment de dégoût. La reine Marie de Médicis ayant, après la cérémonie, rencontré le P. Coton, confesseur du Roi, demanda audit Père si le Roi avait bien fait ; il répondit à Sa Majesté qu'il s'en étoit fort bien acquitté, même qu'avant que commencer il avoit élevé les yeux au ciel, à l'imitation du feu Roi son père, qui avoit ajouté cette prière des yeux et du cœur à cette action-là. La Reine demanda encore audit Père s'il n'avoit pus eu de crainte, lequel lui répondit qu'à la vérité lorsqu'il en eut touché deux ou trois, il fit semblant de se vouloir torcher la main, mais qu'il se rassura tout aussitôt et qu'il les toucha bien diligemment après cela (Théod. Godefroy, Le Cérémonial francois, I, 436).

Edouard III, roi d'Angleterre, en se déclarant roi de France, s'attribua aussi le don de guérir les écrouelles, et ses successeurs conservèrent cette prétention jusqu'à Jacques II, qui, chassé d'Angleterre en 1688 et réfugié à Saint-Germain,, où il recevait la plus cordiale hospitalité de Louis XIV, touchait les écrouelles en vertu de son prétendu titre de roi de France, plus vain encore que son titre de roi d'Angleterre.

En i 677, « le Roi et la Reine firent l'honneur au duc et à la duchesse de Saint-Simon de nommer sur les fonts de baptême le vidame de Chartres, leur fils 1 ». Ce vidame de Chartres fut plus tard le duc de Saint-Simon, l'auteur des célèbres mémoires auxquels nous ferons plus d'un emprunt. A ce titre, il nous a paru curieux de publier son acte de baptême2 :

Louis de Saint-Simon, fils de haut et puissant seigneur messire Claude duc de Saint-Simon, pair de France, chevalier des ordres du Roi, gouverneur des ville, château et comté de Blaye, et de dame Charlotte de Laubespine, sa femme, né le seizième janvier 1675, ayant été baptisé à la maison ce susdit jour et an que dessus par permission de monseigneur l'archevêque de Paris, par Messieurs de Saint-Sulpice, suivant le certificat de monsieur le curé de ladite paroisse du huitième juin 1677, les cérémonies du baptême lui ont été suppléées ce jourd'hui vingt et neuvième du présent mois de juin 1677 par ' monseigneur l'éminentissime cardinal de Bouillon, grand aumônier de France, dans la chapelle du chûteau de Versailles, le parrain et marraine ont été Leurs Majestés, qui ont bien voulu signer. Le tout fait en présence de moi soussigné, supérieur de la congrégation de la mission de Versailles et curé dudit lieu.

Louis, Le Duc de Saint-Simon,

Marie-Térèse, Charlotte de Laubespine,

Thibault.

L'acte de baptême de Saint-Simon est inscrit sur le registre des baptêmes, mariages et sépultures faits en l'église paroissiale de Saint-Julien, et à propos des registres parois-

1 Gazette.

2 M. Jal le mentionne dans son Dictionnaire critique de biographie et d'histoire. Il a le tort cependant de faire naître Saint-Simon à Versailles, tandis qu'il est né à Paris, le 16 janvier 1675.

LOUIS XIV — LES FÊTES DE VERSAILLES 7

siaux de Versailles, conservés à la mairie de cette ville, il est peut-être utile d'entrer dans quelques détails.

Les registres paroissiaux de Versailles tenus en exécution de l'ordonnance de Villers-Goterets (1539 *), se composent des registres de l'ancienne paroisse de Saint-Julien (4546-4 686), de la paroisse de Montreuil ou de Saint-Symphorien (4633- 1792), de la paroisse de Notre-Dame (4 686-1792) et de la paroisse de Saint-Louis (1728-1792). Ceux de Notre-Dame, d'où relevait le château sont surtout curieux ; tous les actes des baptêmes et des mariages des diverses branches de la maison de Bourbon accomplis à Versailles y sont consignés avec les signatures de tous les personnages, et il est à remarquer que l'acte vient simplement à son tour, après et avant un acte concernant les plus obscurs habitants de la ville. L'ancienne monarchie n'avait pas eu l'idée de se séparer de ses sujets, et d'avoir des registres particuliers pour les actes relatifs à la famille royale, ainsi que l'ont fait les diverses monarchies du xixe siècle.

Nous terminerons ce chapitre en disant, d'après la Gazette, que le Roi, la Reine, le Dauphin, Monsieur, Madame, Mademoiselle 2 reçurent à Versailles le marquis de Los Balbazes, ambassadeur d'Espagne, et l'ambassadrice sa femme. Ce personnage était venu remettre à Louis XIV une lettre du roi d'Espagne Charles II, qui lui demandait Mademoiselle en mariage. Le Roi accueillit favorablement la demande de Charles II, et fit à son ambassadeur l'honneur de le mener partout, et de lui montrer lui-même ce qu'il y avait de plus remarquable dans les jardins et les appartements du château. Le mariage par procuration fut célébré à Fontainebleau le 31 août 1679, et la nouvelle reine d'Espagne vint dîner à Versailles, le 10 septembre, avant de partir pour l'Espagne, où elle devait mourir empoisonnée en 1689 3.

Versailles, en 1681, fut le théâtre de l'un de ces supplices

1 Cette ordonnance prescrivait l'enregistrement des naissances ; elle fut complétée par celle de Blois (1579), qui ajouta l'obligation d'enregistrer les mariages et les sépultures.

2 Marie-Louise d'Orléans, fille aînée de Monsieur.

3 Voir Dangeau, t. II, p. 334.

trop fréquents et trop caractéristiques des mœurs de l'époque pour De pas en parler. La Gazette du 6 juin 1 nous dit :

Le Roi a renouvelé ses ordres pour la punition des jureurs et des blasphémateurs dont Sa Majesté veut purger son royaume ; et le 29 du mois dernier, le nommé François Amiot, convaincu de blasphème, fit amende honorable 2 et eut la langue percée, en exécution d'un jugement rendu par le Lieutenant de robe-longue de la Prévôté de l'Hôtel.

1 Page 346, année 1681.

2 Devant la nouvelle église paroissiale de Saint-Julien, construite rue Sainte-Geneviève.

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