Le Château de Clagny d'après Michel Hardouin T. II
21. Le Trianon de Mansart d'après le plan de Pierre Lepautre. T. II.
22. Château et jardins de Marly par Delagrive (1753)... T. II, p. 372.
LE
INTRODUCTION
LES ORIGINES DE VERSAILLES
Au moment où Louis XIII faisait élever le château de Versailles, la ville actuelle et ses environs étaient couverts de quelques terres à blé et surtout de bois, d'étangs ou de marais, et de friches. Entre la plaine de Villepreux, à l'ouest, et la Seine, à l'est, s'étendait une grande masse forestière, dont il reste encore les forêts de Saint-Germain et de Cruie (appelée depuis la forêt de Marly), et les bois de la Croix- Blanche, de Rocquencourt, des Hubies, de la Gelle-Saint- Gloud, de Saint-Gloud, de Ville-d'Avray, de Fausses-Reposes, de Meudon, de Châville, de Viroflay, de Porchéfontaine, des Gonards, de Satory, du Cerf-Volant, du Désert et de Boisd'Arcy.
Les étangs et les rus, ou ruisseaux, jetaient leurs eaux, par le ru de Galie, dans la Mauldre, petit affluent de la Seine. Sur l'emplacement actuel de la pièce d'eau des Suisses, se trouvait une grande mare qui s'étendait jusque dans le Potager actuel; elle communiquait par un ruisseau avec i'etang
Puant, situé dans la pièce du Mail. Plus loin, dans l'ancienne pépinière établie au bout de l'allée des Matelots, il y avait, comme aujourd'ui, une mare et des sources qui se rendent dans la mare de la Ménagerie1, à gauche de la route de Saint-Gyr. Le bassin de Choisy actuel était alors la mare aux Bœufs. Le grand canal a été formé avec les eaux d'un ru qui sortait de la mare de la Ménagerie pour aller se jeter dans le ru de Galie, après avoir reçu un autre ru sortant de l'étang Puant et qui traversait la mare devenue le Miroir actuel 2. Il y avait aussi à Trianon un étang qui jetait ses eaux dans le ru de Galie 3.
Le plus grand de tous ces étangs était celui de Glagny, qui s'étendait depuis Glagny jusqu'au chemin de Saint-Germain4; il se déchargeait aussi dans le ru de Galie par un ru qui traversait le pré des Crapauds. L'étang de Glatigny s'écoulait dans le ru de Galie par le ru de Glatigny. Les trois étangs de Porchéfontaine appartenaient à un autre bassin; leurs eaux se perdaient dans la Seine par la vallée de Sèvres et le ru de Marivel.
Gà et là, on trouvait quelques pauvres villages, parmi lesquels nous nommerons ceux de Versailles, de Glagny, de Montreuil et de Porchéfontaine, qui depuis ont formé la ville; le village de Trianon, remplacé par un palais ; celui de Ghoisy-aux-Bœufs, détruit par Louis XIV ; le hameau de Saint-Antoine-du-Buisson ; la ferme qui est devenue la Ménagerie ; la Grange-Lessard, sur le plateau de Satory, où se trouvaient aussi le hameau, la ferme et la chapelle de Satory 5.
Ces agglomérations, avec les châteaux de leurs seigneurs, formaient de petits fiefs, auxquels il faut ajouter les terres de Viroflay, de Glatigny, du Chesnay, de Rocquencourt, de Saint-Cyr, etc. La plus grande partie du sol appartenait à diverses familles seigneuriales, à Tévêché de Paris, à PHôtel-
1 II j avait à côté de cette mare une ferme très-ancienne, où Louis XIII
établit sa ménagerie.
2 Le Miroir est la pièce d'eau située devant le Jardin du Roi.
3 Voir le Plan du château de Versailles (Chalcographie du Louvre, n° 2973). /j Aujourd'hui la rue Maurepas.
5 Voir la carte 9 de l'Atlas de Jean Boisseau, 1598, pet. in-folio.
INTRODUCTION
Dieu de Paris et aux abbayes parisiennes de Sainte -Geneviève, de Saint-Germain-des-Prés, de Notre-Dame-des- Champs et des Gélestins ; le reste était le patrimoine de divers particuliers.
La seigneurie de Versailles se composait : d'un vieux château féodal, bâti sur la partie sud-est de la butte, à l'angle des rues de la Chancellerie et de la Bibliothèque, où se trouve aujourd'hui le pavillon occidental de l'aile sud des Ministres1; d'un petit village situé au pied du château, et de quelques fermes isolées avec leurs terres de labour.
Le village occupait la partie actuelle du palais et de la ville où se trouvent le jardin de l'Orangerie, les hôtels de Beauvilliers, de Luynes et de Ghevreuse, la Surintendance, la rue de la Bibliothèque, l'hôpital militaire, la caserne, le jardin et la rue des Récollets, la rue Saint-Julien et la partie occidentale de la rue du Vieux-Versailles *. L'église, dédiée à saint Julien de Brioude, martyrisé en 302, était établie sur l'emplacement d'une partie de l'aile méridionale de l'hôpital militaire, en face de l'hôtel de la Poste; le presbytère était situé sur l'emplacement d'une partie de la caserne adjacente à l'hôtel de la Poste; le cimetière occupait une partie de l'aile occidentale de l'hôpital militaire*.
Entre Versailles et Montreuil, on trouvait une léproserie ou maladrerie, abattue en 1 679. Le village était, à une certaine distance, entouré de bois qui couronnaient toutes les hauteurs ainsi que la butte Montbauron, réunie depuis à la ville.
Les voies de communication qui existaient alors entre Versailles et Paris étaient : l'ancien chemin de Normandie, la route de Normandie ou chemin de Montfort, et le chemin des Bœufs.
1 Quelques auteurs croient, à tort selon nous, que le château féodal était situé plus à l'ouest, de l'autre côté du palais actuel, vers l'endroit où se trouvait l'orangerie de Louis XIII. M. Soulié, qui avait longuement étudié les origines de Versailles, était convaincu que le château féodal occupait une partie delà cour actuelle du palais.
2 Voir au musée de Versailles (salle 34) le tableau n" 725, peint par Van der Meulen et gravé par Baudouins (Chalcographie du Louvre, n° 545) ; on y voit le château de Louis XIII, l'orangerie, le village et les environs.
3 Voir notre plan n° 1, extrait du Plan de la ville de Versailles, A 62, aux Archives de la Préfecture de Seine-et-Oise.
Le premier, l'ancien chemin de Normandie, qui est décrit dans le Guide des chemins de France de Charles Estienne, était appelé sous Louis XIV l'ancien chemin de Normandie ; il passait par Saint-Cloud, Vaucresson, Versailles, le Val de Galie, Rennemoulin, Villepreux, Neauphle-le-Château, Dreux, etc. — La route de Normandie, ou chemin de Montfort, partait de Paris et arrivait aussi à Dreux, en passant par Meudon, Châville, Viroflay, Porchéfontaine et le Petit- Montreuil; elle gravissait les pentes du plateau de Satory derrière le Parc-aux-Cerfs de Louis XIII, et allait en ligne droite sur le plateau, par Bois-Robert, la Petite-Normandie1, Bois-d'Arcy, et arrivait à Dreux. Sous Louis XIV, cette vieille route fut abandonnée; la nouvelle route royale passa par Sèvres, où Ton construisit un pont de bois, traversa Versailles par l'avenue de Paris, la place d'Armes, les rues des Récollets, Saint-Julien2, de la Surintendance3 et la grille de l'Orangerie; elle coupait ensuite le parc pour arriver à Saint- Cyr. Afin de faciliter les communications entre Versailles et Saint-Cyr, demeure de Mme de Maintenon, on pava cette partie de la route 4. Ce n'est que sous la Restauration, après le percement de l'avenue de la Mairie, que la route royale passa par la nouvelle avenue, la rue Royale et la rue de l'Orangerie. — Le chemin des Bœufs se détachait de la route précédente, à la Petite-Normandie, passait près de Choisyaux-Bœufs, traversait le village de Versailles, en sortait par le chemin appelé aujourd'hui l'avenue de Saint-Cloud, et se dirigeait sur Paris par le village de Ville-d'Avray et celui de Saint-Cloud, où se trouvait un pont tres-ancien. C'est par là que l'on amenait à Paris les bœufs de Normandie destinés à l'approvisionnement de la capitale.
Les chemins allant de Versailles aux bourgs et villes des environs étaient ceux : de Versailles à Marly et à Saint- Germain, par la rue Maurepas actuelle 5 et le hameau de
1 Petit village situé en avant de Saint-Cyr du côté de Versailles.
2 Où se trouvait déjà l'hôtel de la Poste.
3 Aujourd'hui rue de la Bibliothèque.
K Ce vieux pavé, à peine large pour le passage de deux voitures, et devenu détestable, a été détruit en 1850.
5 Qui n'était alors qu'une simple chaussée bordant la partie occidentale de l'étang de Clagny.
INTRODUCTION
Saint-Autoine-du-Buisson ; — de Versailles à Ruel, par Clagny, Jardy, le Butard et l'étang de Saint-Cucufa; — de Versailles à Villepreux, par Trianon, Galie et Rennemoulin ; — de Versailles à Choisy-le-Roi ; — de Versailles à Trappes et à Rambouillet, s'embranchant à Saint-Cyr sur la route de Normandie1.
Le plus ancien seigneur de Versailles que l'on connaisse est Hugues de Versailles, Hugo de Versaliis ; son nom se trouve mentionné, au commencement du xie siècle, dans une charte d'Eudes, comte de Chartres, où il figure comme témoin. Parmi ses successeurs, dont l'histoire est à peu près ignorée, nous citerons seulement : Jean V, l'un des vaillants compagnons de Duguesclin, auquel Charles V donna en récompense de ses services 2000 florins d'or (1364); — Robert, l'un des bons serviteurs de Charles VI. Son frère, Pierre de Versailles, était évêque de Digne en 1432. Ancien religieux de Saint-Denis, docteur de Sorbonne et savant théologien, Pierre de Versailles était l'ami de Gerson et l'un des esprits les plus distingués de son temps ; il fut, avec Jean Jouvenel, opposé au cordelier Pierre Petit, qui osa faire l'apologie de l'assassinat du duc d'Orléans, ordonné par le duc de Bourgogne (1408). On a de ce prélat une belle lettre adressée à Jean Jouvenel, dans laquelle il raconte et blâme les désordres et les crimes de ces temps malheureux*.
L'ancienne famille qui possédait la seigneurie de Versailles s'éteignit vers la fin du xve siècle; la terre passa alors aux Soisy, et, en 1561, les demoiselles de Soisy la vendirent, ainsi que sa dépendance la Graoge-Lessard, à Martial de Loménie de Brienne, qui fut massacré à la Saint-Barthélémy, en 15723. Trois ans après, le 19 février 1575, la terre et seigneurie de Versailles furent adjugés au maréchal de Retz4
1 Je dois tous ces renseignements à l'obligeance de M. Egret, conducteur des ponts et chaussées, qui prépare une importante carte topographique des environs de Versailles avant Louis XIII.
* Voy. Thes. Aner.d. de Dom Martenne.
3 « En ce temps la bonne dame Catherine (de Médicis), en faveur de son mignon de Retz, qui vouloit avoir la terre de Versailles, fit étrangler aux prisons Loménie, auquel ladite terre appartenoit. » (P. de Lestoile.)
4 Albert de Gondy, comte, puis duc de Retz. La famille de Gondy était italienne et s'était établie en France à l'époque de Catherine de Médicis.
sur les enfants mineurs de Martial de Loménie1, au prix de 35,000 livres2.
Lorsque Henri III et le roi de Navarre, réunis à Tours en 4589, marchèrent sur Paris révolté, Henri de Navarre séjourna à Versailles les 7, 8 et 9 juillet; il alla ensuite à Saint-Germain et de là à Saint-Cloud, où il devenait roi de France par l'assassinat de Henri III 3. A la mort du maréchal de Retz, en 1602, la seigneurie de Versailles passa à son fils Jean-François de Gondy, depuis archevêque de Paris.
On voit par le testament de Claude-Catherine de Clermont, veuve d'Albert de Gondy, duc de Retz et maréchal de France, daté du 24 février 4 6034, que cette dame, suivant la volonté de son mari, partagea les biens du maréchal entre ses enfants. Elle donna à Henri de Gondy, évèque de Paris, les terres de Noisy et de Bailly, la baronnie de Marly, la terre de Versailles et leurs dépendances. Henri, duc de Retz, eut la terre ou seigneurie de Villepreux.
Henri IV, devenu roi, vint chasser quelquefois à Versailles. Jean Héroard, médecin de Louis XIII5, nous apprend que Henri IV chassa à Versailles le 45 janvier 4604 et que, le 4 3 janvier ^609, il y vint dîner chez M. de Gondy, évêque de Paris. Le vieux château féodal était en ruines, il est vrai, mais il y restait quelques parties encore habitables. Héroard nous raconte aussi la première chasse que Louis XIII, alors Dauphin et âgé de six ans, fit dans les bois de Versailles.
Le Dauphin était à Noisy le 24 août 4 607, lorsqu'il lui prit fantaisie de vouloir aller à la chasse. Il donna ses ordres à
1 Parmi lesquels Antoine de Loménie de Brienne, l'un des meilleurs serviteurs de Heuri IV, devenu secrétaire d'Etat en 1606.
2 Les détails relatifs à l'adjudication de la seigneurie de Versailles au maréchal de Reiz se trouvent dans un cahier de 87 pages in-folio, contenant les Acquisitions de maisons, terres et héritages faites au profit du Roi aux environs de Versailles de 132* à 4734, et renfermé dans le carton O1 1762 (Archives de la Couronne (ancien régime), aux Archives nationales).
3 Voy. Lettres missives de Henri IV (dans les Documents inédits sur l'Histoire de France), t. II, p. 615-616.
* Histoire généalogique de la maison de Gondy, par Corbinelli, Paris, 1705, in.-4°, t. II, p. 572.
5 Journal de Jean Héroard (1601-28), publié par MM. Soulié et Ed. de Barthélémy, 2 vol. in-8° (Didot).
INTRODUCTION
M. de Ventelet, son maître d'hôtel, en lui disant : « Tetay, faites atteler le carrosse, je veux aller à la chasse. Taine, faites tenir prêts les oiseaux. » A quatre, heures et demie il entra en carrosse pour aller à la chasse (c'était la première fois); il fut mené aux environs du Moulin-de-Pierre allant vers Versailles, et revint avec un levraut, cinq ou six cailles et deux perdreaux. De retour, à souper, il raconta ce qu'il avait vu de la chasse.
Dix-sept ans après, le jeune chasseur devenu roi faisait bâtir le château de Versailles.
De toutes les autres petites seigneuries qui ont été annexées à celle de Versailles pour former plus tard la ville royale, nous ne parlerons que du fief de Porchéfontaine, dont le château fut bâti vers 1344 par Etienne Le Porcher, sergent d'armes du roi Jean, qui fit présent de son manoir au roi Charles V. Celui-ci à son tour le donna à Pierre de Craon, qui, en 4 392, tenta d'assassiner le connétable de Clisson. Le fief de Porchéfontaine fut alors confisqué et donné par Charles VI, en 4 395, au duc d'Orléans, Louis, lequel en fit don aux Célestins de Paris pour la fondation de la belle chapelle qu'il fit faire dans leur couvent l.
1 Un petit bois, à Porchéfontaine, porte encore le nom de bois des Célestins.