LOUIS XVI
LES APPARTEMENTS
Versailles sous Louis XVI, encore plus que sous Louis XV, était devenu pour toute la famille royale un séjour d'exception, de contrainte et d'ennui. Le style de son architecture déplaisait; les jardins n'étaient plus à la mode ; toul était mal entretenu et avait « l'air de la décadence », dit le prince de Ligne. On fit peu de nouvelles constructions pendant ce règne, mais on fit un chef-d'œuvre, les petits appartements de la Reine. Il faut remarquer cependant que ces appartements furent commencés pendant le règne
* Les registres des Bâtiments s'arrêtent à 1774 et manquent pour tout le règne de Louis XVL
de Louis XV, alors que Marie-Antoinette n'était que Dauphine.
Les petits appartements de la Reine sont situés sur trois des côtés de la cour du Dauphin, et une partie sur la cour Verte. Ils occupent l'emplacement des petits cabinets de Marie-Thérèse, du duc et de la duchesse de Bourgogne, et de Marie Leczinska. C'est, je crois, pendant le règne de Marie Leczinska que les petits appartements de la Reine ont pris leur disposition actuelle, car on ne voit dans les plans et dans les registres des Bâtiments de 1770 à 1774, de changements un peu importants qu'au salon 1 qui se composait^ avant Marie-Antoinette, de deux cabinets, dont l'un, petit et situé à droite, a été supprimé pour agrandir ledit salon 4 ^ Si les petits appartements de Marie Leczinska n'ont pas été absolument changés, en revanche la destination et la décoration des pièces sont entièrement nouvelles. Quant à l'ornementation de ces cabinets, c'est une merveille de goût et d'élégance, et Tune des plus belles œuvres de l'art décoratif français.
On voudrait connaître le nom des artistes qui ont donné les dessins de ces œuvres exquises, aussi bien que le nom de ceux qui les ont exécutées. Malheureusement nous n'avons à notre disposition que les registres des Bâtiments de 1770 à 1774, où nous trouvons seulement deux noms : celui du ciseleur Forestier, qui a fait une partie des cuivres dorés, notamment ceux de la Méridienne, et le nom de Rousseau, qui a sculpté une partie des lambris. Mais les Registres sont muets à l'endroit de Tordonnateur en chef. Est-ce Dugourc est-ce Lalonde*, ou Cauvet, ou Salambier?
^ Voir le plan 11.
^ Plan manuscrit des archives du bureau de l'architecte du palais de Versailles.
^ Jean-Démosthène Dup^ourc, né à Versailles en 1749, mort pendant la Restauration. Voir la notice publiée dans les Noiùvelles archives de l'art français (1877, p. 367), sur cet artiste aussi important que peu connu aujourd'hui. C'était un dessinateur, décorateur d'appartements, de grande valeur; il était élève de Saint- Aubin. Trière a gravé d'après lui une charmante estampe le Lever de la mariée, et il a gravé lui-même une suite d' arabesques de sa composition, qu'il pubha en 1782.
* Lalonde est moins connu encore que Dugourc ; il a cependant publié
LES APPARTEMENTS
On sait que Dugourc a travaillé pour la Reine. Nous lisons, en effet, dans la Notice Sîcr GoiUhière de M. le baron Davillier ces lignes empruntées à un manuscrit appartenant à M. le baron Jérôme Pichon :
Le sieur Dugourc réunit aux talents d'architecte la facilité de dessiner avec agrément tous les genres, et la plus grande habitude de diriger et faire exécuter tous les détails qui concourent à l'embellissement d'un palais. Il doit cette habitude peu commune et cette multitude de connaissances aux circonstances suivantes. Tous les bronzes précieux exécutés pendant dix ans par le célèbre Gouthière pour le duc d'Aumont, la duchesse de Mazarin, M""*^ Dubarry, M. de Bondy, etc., ont été dirigés par lui, ainsi g^ue ceux exécutés pour la Reine par différents artistes ^, et quelques pendules faites pour S. M. Catholique, entre autres celle en lustre de l'année 1788.
Les registres des Bâtiments nous apprennent qu'après les changements faits à la chambre à coucher de la Reine, qui servait à Marie-Antoinette, on travailla à la lingerie de la Dauphine ^. Les travaux comprennent de la maçonnerie, ce qui indique des remaniements importants ; on posa des glaces et des marbres ; on dora quelques parties et Rousseau sculpta les boiseries. En 1772, on fit la bibliothèque de la Dauphine *; après le départ des maçons et des serruriers,
un recueil de dessins pour la décoration intérieure des appartements, des meubles, des pièces d'orfèvrerie et de serrurerie, qui attestent un talent remarquable chez ce dessinateur (Voir le catalogue Béhague, n° 379).
* Placée en tête de son édition du Cabinet du duc d'Aumont^ Paris, Aubry, 1870, in-8«.
^ Forestier et Gobert, et après leur mort par leurs veuves (registres des Bâtiments du Roi, 1770-1774). Forestier toucha, en 1770, 40,000 livres pour les bronzes dorés qu'il fit aux appartements de la Dauphine et du comte de Provence. — Gouthière a aussi exécuté quelques-uns des cuivres ciselés des petits appartements; les siens, aussi bien que ceux de Forestier, sont d'une perfection de travail, d'une finesse et d'une élégance incomparables.
^ La lingerie do la Dauphine était située au rez-de-chaussée de la cour du Dauphin et à l'entre-sol du rez-de-chaussée, au-dessous des deux bibliothèques 2 et 8. Toutes ces petites pièces sont aujourd'hui délabrées ; leurs boiseries sculptées ont été arrachées. — Les bâtiments de la cour du Dauphin, au-dessus et au-dessous des petits appartements de la Reine, renferment plusieurs étages de petits cabinets, destinés au service de la Reine, presque tous en mauvais état, comme ceux de la lingerie.
* La bibliothèque verte (2), à côté le sa^on (l).
le sculpteur Rousseau, le ciseleur Forestier, le marbrier Dropsy, le doreur Brancourt décorèrent la pièce.
Les Registres de 1773 et 1774, en parlant des ouvrages faits au château de Versailles, ne spécifient plus ceux qui ont été exécutés chez la Dauphine, et cependant les travaux ont continué; car, à la Méridienne (9), on voit aux boiseries et aux cuivres ciselés des portes, des dauphins mêlés aux aigles autrichiennes et aux autres motifs de l'ornementation. La décoration de cette jolie pièce n'a été toutefois terminée qu'après 1774, pendant le règne de Louis XVI ; en effet, l'espagnolette montre le chiffre de la Reine, M A, surmonté de la couronne royale.
Le salon de la Reine est l'un des spécimens les plus parfaits de l'art décoratif du règne de Louis XVI. Le vantail de la porte ouvrant sur la bibliothèque verte est particulièrement remarquable. Toutes les boiseries sont décorées de sculptures dorées, d'un dessin et d'un goût excellents. Parmi les motifs de la décoration, les sphinx qui se remarquent dans les sculptures * attestent l'influence de Caylus et des autres preneurs de l'art antique.
La cheminée, en griotte rouge, est ornée de cuivres ciselés et dorés. Au fond de la pièce est une petite alcôve, toute revêtue de glaces, destinée à l'emplacement du canapé. Les cadres des glaces ont des bordures en bois sculpté et doré représentant des fleurs. Seuls les cuivres dorés des fenêtres sont encore du temps de Marie Leczinska. Le salon ouvre sur un petit corridor {a a), qui conduit à l'appartement du Roi (salle à manger, 121;. Ce petit corridor, revêtu d'élégantes boiseries sculptées, est le seul reste des petits appartements de Marie Leczinska.
Terminons en disant que ce salon paraît avoir été le cabinet du duc de Bourgogne et la salle de bains de Marie Leczinska.
La UUiothèque Verte, ancienne chambre des bains de
^ Oa voit aussi des sphinx aux angles du plafond de la chambre à coucher de la Reine. Ce serait, étant donnée la ressemblance de leur goût avec celui des sphinx de ce salon, une indication pour attribuer à Rousseau les sculptures du salon de la Reine.
LES APPARTEMENTS
Marie Leczinska, n'offre rien de remarquable aujourd'hui. Marie-Antoinette en fit UDe bibliothèque, dont les armoires vitrées sont actuellement couvertes de rideaux de soie bleue.
La salle de bains de Marie- Antoinette est pavée de carreaux noirs et blancs ; on y remarque encore l'emplacement de la baignoire et des robinets.
La chambre des bains a aujourd'hui un ameublement moderne et une tenture jaune. A côté se trouve un cabinet de garde-robe (c), dont les boiseries sculptées datent de Marie Leczinska *.
La bibliothèque Blanche^ probablement l'ancien atelier de peinture de Marie Leczinska, est toute revêtue d'armoires vitrées couvertes actuellement de rideaux en florence rouge. Les armoires sont peintes en blanc et dorées. Ajoutons qu'uue partie des livres de Marie-Antoinette se trouve à la bibliothèque de Versailles.
La Méridienne de la Reine est la pièce capitale de ces cabinets ; c'est le type achevé de l'art décoratif de ce temps. La fenêtre, qui ouvre sur la cour Verte, a une espagnolette de Gouthière, en cuivre doré, vrai morceau de bijouterie. C'est à cette espagnolette que l'on trouve le chiffre de Marie- Antoinette surmonté de la couronnée royale, dont nous parlions tout à l'heure. Vis-à-vis de la fenêtre est une petite alcôve entièrement revêtue de glaces. A droite et à gauche de cette alcôve se trouvent deux portes, l'une conduisant à la chambre à coucher de la Reine (115), l'autre à l'antichambre d. Ces deux portes ont pour vantail une glace sans tain, dont la bordure est en cuivre ciselé et doré. La beauté de ces deux bordures, qui ont été bien probablement ciselées par Forestier, est sans égale ^. Elles représentent des branches de rosier, interrompues au centre par des cœurs traversés de
* L'antichambre de la chambre des bains ouvre aujourd'hui sur l'escalier Fleury; mais à l'époque de Marie-Antoinette, la communication n'existait pas.
^ De stupides visiteurs, pendant l'Exposition universelle de 1878, ont brisé et volé quelques feuilles et quelques fleurs de ces bordures On ne comprend pas que l'Administration ouvre à tout venant, et sans permission spéciale, ces pièces, d'une surveillance très-dillicile.
llèclics ; à la partie supérieure on voit un daupliin entouré de branches de lys ; à la partie inférieure, l'aigle autrichienne * tenant dans ses serres une massue et un miroir. Les sculptures des boiseries répètent les mêmes motifs que Ton trouve aux cuivres des portes : dauphins, branches de rosier et cœurs percés de flèches, avec cette différence toutefois que Taigle autrichienne de la partie inférieure est remplacée par un paon accosté d'un glaive et d'un fuseau^
Les serrures, au chiffre de Marie-Antoinette, et les verroux sont couverts de ciselures dues à l'artiste qui a fait celle de l'espagnolette, c'est-à-dire à Gouthière.
La cheminée, en campan rouge, est très-belle ; sa décoration se compose d'enroulements de feuillages dorés qui sont refouillés dans la masse même du marbre. Pour finir, disons que les volets sont également décorés de sculptures dorées et que ce cabinet paraît avoir été l'oratoire de Majie-Thérèse et de Marie Leczinska.
Vantîchamdre d conduit à une preonière antichambre (e) d'où l'on entre dans la chambre de la Reine (115). On trouve dans l'antichambre 6, derrière une porte, l'entrée de l'escalier f, qui conduisait au Passage dto Roi. Les cabinets ff et a, ancien logement du valet de chambre sous Louis XIV, établissaient, avec le carré i, la communication entre l'appartement de la Reine et l'Œil-de-bœuf (123), et de là avec l'appartement du Roi. Dans le cabinet h débouche un des escaliers du Passage du Roi^ et au carré i on retrouve l'escalier de la journée des Dupes.
Nous avons encore à mentionner, parmi les constructions faites au château pendant le règne de Louis XVI : la bibliothèque du Roi -, l'appartement des bains de Marie-Antoinette au rez-de-chaussée et la salle de spectacle construite dans l'aile Gabriel \
* Marie-Antoinette mettait l'aigle autrichienne partout. Nous en retrouvons encore sur la porte qui ouvre de l'escalier de la Reine à l'escalier de Tatlique Chimay. — Cette porte a été placée à l'époque de l'installatioa du musée par Louis-Philippe, mais elle est bien du temps de Marie- Antoinette ; on y voit son chilfre M A.
- Voir t. I, p. 322.
^ Voir t. I, p. 302.
^ Voir au chapitre x.
LES APPARTEMENTS
La distribution des appartements du château pendant le règne de Louis XVI se trouve indiquée dans trois petits volumes in-12 contenant VEtat des logements du château en et faisant partie des archives de la Régie du palais; mais les plans sur lesquels on a marqué les numéros de renvoi de ces volumes sont aux archives du bureau de l'architecte du palais. Ces dernières archives, très-riches en plans, nous permettent d'indiquer les appartements des divers membres de la famille royale.
Le Roi occupe les salles suivantes, au premier étage ;
125 Cabinet du Conseil;
126 Chambre du Roi ;
127 Cabinet de la Pendule ;
128 Antichambre (ancien cabinet des Chasses);
129 Salle à manger ;
130 Cabinet du Roi ;
131 Salle des Buffets ;
132 Cabinet des Bijoux;
182 bis. Cabinet de la Cassette du Roi ;
133 Bibliothèque;^
134 Salon des Porcelaines ;
136 Salle du Billard;
137 Salon des Jeux.
Au rez-de-chaussée, Louis XVI a deux cabinets du tour, l'un à l'angle sud-est du vestibule de l'ancien escalier des Ambassadeurs, l'autre au vestibule Louis XIII (32;, alors partagé en plusieurs pièces. Il a dans les hauts du château, sa forge * et les petits cabinets du quatrième étage de la cour des Cerfs.
Marie-Antoinette habite les grands et les petits appartements de la Reine qu'elle avait déjà, sous Louis XV, étant Dauphine.
Monsieur, comte de Provence, occupe, au rez-de-chaussée, tout l'appartement du Dauphin, se composant des salles suivantes :
50 Pièce des Nobles ;
49 Chambre de Monsieur ;
48 Grand cabinet de Monsieur;
47 Cabinet de Monsieur ;
Voir t. I, p. 330.
46 Câbinet de Madame;
45 Chambre de Madame ;