‹ Le chateau de VersaillesChapitre 13 sur 56 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

LA VÉNERIE

La chasse était le premier des « plaisirs du Roi ». Aussi le service de la vénerie tenait-il une place très-importante dans la Maison de Sa Majesté. Il avait quatre principaux chefs : le grand veneur, le capitaine général des toiles, le grand fauconnier et le grand louvetier.

Le grand veneur avait sous ses ordres 1 6 lieutenants et souslieutenants, 48 gentilshommes de la vénerie, des pages, plus de 100 valets de chiens et de limiers, 4 petits valets de chiens couchant avec les chiens, 2 maréchaux-ferrants, des fourriers, des piqueurs, un châtreur de chiens et guérisseur de la rage, qui se déclarait de temps à autre parmi les meutes, une compagnie de gardes à cheval des chasses et plaisirs du Roi pour la conservation des bêles fauves et gibiers, un aumônier, 6 trésoriers contrôleurs, 1 argentier, c Tous les habits des officiers de la vénerie, dit le Mercure *, sont garnis d'un même galon plus ou moins riche, suivant les degrés de leur charge. »

L'hôtel du grand veneur fut bâti en 1670; il est aujourd'hui détruit et remplacé par le tribunal civil *. Le Chenil, bâti en

* 1686, décembre, 2® partie, p. 19.

* En 1790, on y avait établi l'administration départementale ; en 1800 on y installa le tribunal. — Le tribunal de commerce a été construit en 1828; la Cour d'assises date de 1838 ; la prison de 1844.

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4685*, se trouvait sur l'emplacement de la Préfecture ^ d'une partie de la rue Saint-Pierre et de la place des Tribunaux. Dès le 12 mars 1686, le Chenil était terminé, car ce jour-là Monseigneur alla le visiter. « Monseigneur, dit Dangeau, s'est longtemps promené à voir les écuries, les cours différentes pour les chiens, et toute la maison qu'il a trouvée magniflque. Ensuite on a fait la curée ^ devant lui aux flambeaux, puis il est rentré dans le salon, où M. de la Rochefoucauld* lui a donné un très-bon et très-grand souper; nous n'en sommes sortis qu'à neuf heures. » Les ambassadeurs de Siam visitèrent le Chenil en 1686

Les équipages pour la chasse du cerf étaient au Chenil. Mais il y avait encore : l'hôtel du Vautrait ^ pour la chasse du sanglier, la louveterie du Roi la louveterie de Monseigneur^. Sous Louis XV, on créa un nouvel équipage, celui des chiens verts, qui était sous les ordres d'un chef particulier, indépendant du grand veneur. Les chiens verts tiraient leur nom de la couleur de rhabillement des piqueurs**.

Tout le monde sait que la chasse a deux grandes divisions: la 'chasse à courre ou à bruit, qui comprend la chasse du cerf, la principale, et celles du daim, du chevreuil, du sanglier, du loup, du lièvre et du renard. L'autre division est la chasse à tir, pour le menu gibier ; elle se divise en chasse au chien d'arrêt ou au chien couchant, au chien courant et au rabat. Venait enfin le vol. Chacune de ces chasses exigeait un service et des équipages particuliers.

* Dangeau, I, 116. — Il coûta au moins 200,000 écus.

- Sous Louis-Philippe remplacement de la Préfecture actuelle était occupé par l'Ecole normale primaire; sous Napoléon III par des casernes. La Préfecture actuelle date de 1863.

^ Avant d'aller visiter le Chenil, Monseigneur avait couru le cerf. Grand Veneur.

Voir le Mercure Gralant, 1686, décembre, 2^ partie, page 11. On y trouve une longue description du Chenil et de ses cours. ^ Rue du Vautrait, n^ 2.

' Rue Saint-Pierre, n« 2.

' Rue du Bel-Air, n*^ 12 et rue du Chenil (aujourd'hui rue Jouvencel) n"^ 9, 11 et 13. — En 1722 les deux louveteries du Roi et du Dauphin n'en formèrent plus qu'une.

^ Les chiens verts étaient à l'avenue de Saint-Cloud, n*^- 89 et 91. — LuYNES, VI, 153, année 1744.

Le Roi et les princes chassaient dans les bois des environs de Versailles, de Marly et de Meudon, dans les parcs de ces châteaux, dans la forêt de Saint-Germain, dans la plaine Saint-Denis, qui était alors très-giboyeuse et dans laquelle Monseigneur, accompagné du grand veneur, tua, le 9 août '1689, plus de 1200 pièces de gibier, dans la plaine de Gréteil, dans le bois de Boulogne, où le duc de Bourgogne courait le daim en 4 701, dans le bois de Vincennes, dans la garenne de Rocquencourt où l'on prenait des renards, à Ghoisy, et de temps à autre à Ghantilly, Rambouillet, Fontainebleau, Gompiègne, Saint-Léger, etc.

Les dégâts occasionnés par les chasses du Roi étaient remboursés aux paysans.

Quand on chasse dans le parc de Versailles, dit la Palatine *, on ne traverse ni landes, ni terres labourées ; mais quand on chasse ailleurs, on passe fort bien par les champs. S'il y a des dégâts, les paysans remettent une réclamation par écrit, on en fait l'estimation et on les paye.

Déjà fort nombreuses pendant le temps que M. de la Rochefoucauld était grand veneur, les meutes augmentèrent encore quand le comte de Toulouse le remplaça. Vers la fin du xvii^ siècle, les plus belles meutes étaient celles du Roi, de Monseigneur, du duc de Vendôme, de son frère le Grand- Prieur, du chevalier de Lorraine, de M. de Bouillon, du duc du Maine et du comte de Toulouse. Ge dernier avait en 1698 une meute célèbre ; on appelait ses chiens « les sans-quartier, » parce qu'ils couraient tout ce qu'ils lançaient. Réunies, ces meutes formaient un total de plus de mille chiens. Monseigneur se servait de toutes, sans jamais se lasser et sans faire attention aux jalousies violentes qui existaient entre elles.

Quelques-uns de ces chiens avaient le privilège d'être commandés par un capitaine. On cite en effet le capitaine des chiens écossais « chassant le lièvre pour les plaisirs du Roi », le capitaine des levrettes de la Ghambre. D'autres étaient plus heureux encore ; c'étaient les « petits chiens de la Gham-

* T. II, p. 68, édition Jaeglé.

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bre, » auxquels le pâtissier-bouche délivrait chaque jour sept biscuits, et les chiennes couchantes du cabinet du Roi. Ce n'est plus le pâtissier-bouche qui leur donne des biscuits, c'est Louis XIV lui-même qui leur distribuait force biscotins, que Sa Majesté, à son fruit, avait mis dans ses poches*. Louis XIV, ce n'est pas moi qui l'en blâmerai, aimait beaucoup ses chiennes ; il se plaisait à chasser avec quatre ou cinq chiennes bien dressées, qui allaient toutes ensemble au même arrêt 2. Le 28 décembre 1690, étant à Marly, le Roi cessa de chasser, parce que le froid était si grand et la terre si dure, que ses chiennes s'estropiaient*.

On a les portraits, peints par Desportes, de quelques-unes des chiennes de Louis XIV. Ces belles peintures, autrefois placées à Marly et aujourd'hui au Louvre, nous donnent exactement le type de notre ancienne race normande qui recrutait toutes les meutes royales de ce temps*. Les noms de ces jolies bêtes, généralement de robe blanche, ou blanche et noire, étaient : Diane et Blonde^, Bonne, Nonne et Ponne*, Folle et Mitte % Tane 8, Zette'. Desportes les a représentées arrêtant des faisans ou des perdrix. D'autres chiens, offrant également de très-beaux types des races de ce temps, sont représentés sur les tableaux du Louvre, n^* 175, 176, 177, 178, 179 et 181, peints aussi par Desportes et ayant appartenu comme les précédents à Louis XIV; mais leurs noms n'ont pas été conservés à la postérité.

Sous Louis XV, Desportes peignit encore plusieurs chiens du Roi, notamment Pompée et Florissant, que nous voyons au Louvre Et puisque nous en sommes aux tableaux, indiquons quelques peintures, à l'aide desquelles on assiste

* Saint-Simon.

' Dangeau, 1695, 29 avril.

^ Dangeau.

* LuYNES, I, 197. — Le Roi avait aussi des lévriers de Champagne et quelques chiens écossais.

* Musée du Louvre, n** 168 de l'Ecole française.

* Idem, n° 169.

' Idem, n» 170.

* Idem, 171.

^ Idem, u» 172.

" Numéro 174. •

aux différentes chasses de Louis XIV et de Louis XV, et qui nous montrent les costumes, les meutes et les chevaux de l'époque. Ces tableaux sont : au Louvre, ceux de Desportes (164-167), de Van der Meulen (314-315), d'Oudry (384-387), de Carie Vanloo (329 et une chasse du prince de Gondé*; — à Versailles, un tableau de Martin (746) ; — à Gompiègne, un tableau d'Oudry ; — à Fontainebleau 3, plusieurs toiles de Parrocel, de Garle Vanloo, d'Oudry et de Desportes. Gelui qui verra ces charmantes peintures me pardonnera l'aridité de celte liste.

Les trois grands chasseurs du règne de Louis XIV furent le Roi, Monseigneur et le duc de Berry, après lesquels il faut ajouter la Palatine, qui avait vu prendre plus de mille cerfs et fait vingt-six chutes à la chasse.

Louis XIV, dit Saint-Simon, aimoit fort l'air et les exercices, tant qu'il en put faire. Il avoit excellé à la danse, au mail, à la paume. Il étoit encore admirable à cheval à son âge. Il aimoit à voir faire toutes ces choses avec grâce et adresse. S'en bien ou mal acquitter devant lui étoit mérite ou démérite. Il disoit que de ces choses qui n'étoient point nécessaires, il ne s'en falloit pas mêler si on ne les faisoit pas bien. Il aimoit fort à tirer, et il n'y avoit point de si bon tireur que lui, ni avec tant de grâces. Il vouloit des chiennes couchantes excellentes; il en avoit toujours sept ou huit dans ses cabinets, et se plaisoit à leur donner lui-même à manger, pour s'en faire connoître. Il aimoit fort aussi à courre le cerf, mais en calèche depuis qu'il s'étoit cassé le bras en courant à Fontainebleau, aussitôt après la mort de la Reine. Il étoit seul dans une manière de soufflet, tiré par quatre petits chevaux, à cinq ou six relais, et il menoit lui-même à toute bride, avec une adresse et une justesse que n'avoient pas les meilleurs cochers, et toujours la même grâce à tout ce qu'il faisoit. Ses postillons étoient des enfans depuis neuf ou dix ans jusqu'à quinze, et il les dirigeoit.

* Cette belle peinture, qui représente une halte de chasse, en 1737, a été gravée par Hédouin.

^ Cette peinture est placée au second étage du Louvre, dans l'aile dite de Saint-Germain-l'Auxerrois.

* A l'escalier de la Reine et dans l'appartement des Chasses.

* Ou en soufflet. — Le Dictionnaire de Trévoux dit : « Souf/let est une espèce de voiture ou de chaise roulante sur deux roues et fort légère, où il n'y a place que pour une ou deux personnes, dont le dessus et le dedans sont de cuir ou de toile cirée, qui se lèvent et se plient comme un soufflet pendant le beau temps, et qui s'étendent rv^ur défendre de la pluie. » C'était une espèce de cabriolet.

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C'était en sortant de la messe que le Roi allait chasser ou tirer ^ Il était accompagné dopages et déporte-arquebuses qui lui mettaient le fusil entre les mains. Quelquefois il permettait de tirer à quelques personnes de sa suite, à Monsieur le Grand, au grand veneur, au grand maître, au chevalier de Lorraine ^ etc. Le temps le plus mauvais, le froid, la chaleur, rien n'empêchait Louis XIV de chasser ou de sortir. « Rien ne l'incommode », dit Dangeau ^. Notre chroniqueur mentionne cependant, dans son précieux journal, que le Roi resta tout un mois (janvier 1691) sans chasser, à cause du froid et du mauvais temps. Lors du terrible hiver de 1709, pendant lequel le thermomètre descendit jusqu'à SS**, il cessa de se promener, d'aller à Trianon ou à Marly, quand il vit que ses gardes et les officiers qui le suivaient souffraient trop du froid Monseigneur, que rien n'incommodait aussi, renonça à chasser pendant cet hiver ; son troisième fils, le duc de Berry, continua. « Mgr le duc de Berry alla tirer malgré le froid excessif, et un des pages qui lui porte ses fusils a eu la main si gelée, qu'on croit que l'on sera obligé de lui couper les doigts ^. » Comme on le voit, le duc de Berry était un enragé chasseur. Le 30 juillet 1706, il tira 700 coups de fusil dans la plaine Saint-Denis, et Dangeau observe que c'était chose sans exemple. Le 6 août de la même année, le duc de Berry retourna dans cette plaine et tua 288 pièces sur 1600 qui furent abattues.

Quant à Monseigneur, toujours occupé à courre le loup, il en tua tant, qu'il en débarrassa tous les environs de Versailles, et nous devons lui en savoir gré.

Louis XIV avait fait faire beaucoup de routes à Marly, à Saint-Germain et aux environs de Versailles, afin de pouvoir courre le cerf facilement ; c'étaient les seules de France qui fussent bien entretenues.

La chasse préférée était, avons-nous dit, celle du cerf. Quelques dames qui montaient à cheval, comme la Palatine

* Dangeau, 1686, 10 janvier.

" Dangeau, 1684, 29 décembre.

^ 1709, 8 janvier.

*■ Dangeau, 8 janvier 17C9.

^ Dangeau, 1709, lOjanvier.

et Madame la Duchesse, se mêlaient aux chasseurs ; a 'autres suivaient en calèche découverte. La duchesse de Bourgogne, toujours élégante et vive, prenait un grand plaisir à l'exercice du cheval et suivait volontiers la chasse. Le 3 novembre 4711, le Roi, la duchesse de Bourgogne, le duc de Berry et plusieurs dames allèrent courre le cerf à Marly par un temps horrible ; tous revinrent mouillés et crottés comme si on les eût trempés dans la boue On connaît le nombre des cerfs pris par Louis XV et par Louis XVI ; on ne sait pas combien Louis XIV en a forcé. Dangeau nous apprend toutefois qu'au voyage de Fontainebleau de 1714, on prit plus de soixante cerfs.

Après la chasse venait la curée, grand spectacle auquel on se plaisait à assister. A Versailles, elle se faisait, sous Louis XIV, dans la cour des Cerfs ; les chasseurs la voyaient du balcon. Dangeau mentionne dans son journal deux curées comme les plus belles auxquelles il ait assisté. La première eut lieu en juin 1714, à Rambouillet. C'était la meute du maréchal de Tallard, composée des plus beaux chiens du monde, qui, au milieu d'un grand nombre de sonneurs et de flambeaux, avait les honneurs du triomphe. Trois mois plus tard, en septembre 1714, la seconde se fit à Fontainebleau dans la grande allée. Le comte de Toulouse à la tête de tous les chasseurs et de plus de 200 chiens, escorté de plus de 100 flambeaux, sonna la première fanfare et fit lâcher les chiens.

Le Roi Louis XV se plaisoit quelquefois dans sa jeunesse à voir les curées qui se faisoient à la maison au retour des chasses. Lorsque Sa Majesté avoit fait savoir ses intentions à ce sujet, tous les veneurs, avec leur trompe et en habit d'équipage, se trouvoient à l'endroit où la curée devoit se faire. A l'arrivée du Roi, qui avoit aussi son habit d'équipage, le grand veneùr, qui avoit reçu deux gaules du commandant, en donnoit une à Sa Majesté et gardoil l'autre. Les chiens alors commençoient par manger la mouée ^ ; après quoi on les tenoit sous le fouet autour de la carcasse et des membres du cerf, jusqu'à ce que le grand veneur, d'après l'ordre du Roi, eût fait signe de la gaule de leur laisser toute liberté; a\ov>

* Dangeau.

' La soupe pour les chiens.

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le commandant sonnoit et les autres veneurs ensuite ; les uns et les autres, pendant la curée, parloient de temps en temps aux chiens en criant : Hallali, valets, hallali, hallali. En les tenant sous le fouet avant la curée, on leur dit : Derrière, chiens, derrière. La curée faite, c'est-à-dire les os bien nettoyés, le dernier valet de chiens prenoit le forhu^, appeloit les chiens en criant : iayau, tayau, en les menant du côté du chenil, et lorsqu'ils étoient près de la porte, le valet de chiens jetoit au milieu d'eux, ce forhu, qui ctoit avalé dans la minute ; à cet instant les fanfares redoubloient et on fînissoit en sonnant la retraite. Le Roi pour lors rendoit sa gaule au grand veneur, lequel à la tête de tous les veneurs accompagnoit Sa Majesté jusqu'à son carrosse

C'était toujours le cerf qu'on courait le 3 novembre, à la Saint-Hubert, à Marly, à Fontainebleau ou ailleurs,

La chasse du sanglier dépendait du capitaine général des toiles de chasse et de l'équipage du sanglier ou vaulrait^

Cet officier était chargé de prendre avec ses toiles*, dans toutes les forêts de France, les cerfs, biches et faons, et autres animaux * pour repeupler les parcs des maisons royales. Il avait sous ses ordres : 8 lieutenants et souslieutenants, 8 gentilshommes, 4 piqueurs, 6 valets de limiers, 8 gardes-lévriers, 6 valets de chiens dont quatre couchant au chenil, 20 archers des toiles, \ châtreur de chiens et guérisseur de la rage, 45 petits officiers, 16 gardes des toiles de chasse, 1 commissaire et 1 rabilleur des toiles, et 40 chiens. Il avait la direction de la chasse du sanglier, soit qu'on l'attaquât dans l'enceinte des toiles, soit qu'on le chassât avec le vautrait.

L'attaque dans les toiles était préférée. Le 30 octobre 1707, il y eut à Fontainebleau une grande chasse de ce genre.

* La panse du cerf vidée, lavée et mise au bout d'une fourche.

^ Traité de Vénerie, par d'Yauville, 1788, in-4°, p. 15. (M. d'Yauville avait été commandant de la Vénerie de Louis XV.) — Sous Louis XV la curée ne se fit plus au château, mais au chenil.

^ Equipage de vautres, c'est-à-dire de chiens destinés à la chasse du sanglier et se vautrant comme eux dans la boue.

* En vénerie, oa appelle toiles les filets destinés au sanglier. — En 1737, le fond des toiles était de 200 pièces de 20 à 25 aunes, environ 5 à 600n mètres (Luynes, I, 212).

En 1700, Louis XIV fit venir d'Angleterre 150 daims pour ropeuplcr les parcs de Marly et de Saint-Germain. (Dangeau, 6 juin 1700.)

Les toiles étoient tendues, dit le Mercure Galant, dans les ventes de Bombon. Il y avoit dans l'enceinte un grand nombre de sangliers et d'autres bêtes fauves, savoir : des cerfs, des biches, des chevreuils et des renards. La Cour s'y rendit, et le Roi, la reine d'Angleterre, le roi son fils, la princesse sa sœur, M"^^ la duchesse de Bourgogne et Madame étoient dans le même carrosse, et toutes les princesses et les dames suivoient dans les carrosses et dans les calèches du Roi et de M'^^ la duchesse de Bourgogne, et un grand cortège de seigneurs à cheval suivis d'un grand nombre de carrosses. Il y avoit plusieurs chariots préparés dans l'enceinte en manière de plate-forme, garnis de sièges couverts de tapis pour les dames, et des dards. Il y avoit aussi un grand nombre de chevaux de main, prêts pour les seigneurs qui voudroient aller à coups d'épée sur ces animaux. Le roi d'Angleterre et M^'" le duc de Berry en dardèrent plusieurs. On en tua seize des plus considérables * et quelques renards. Cette chasse donna beaucoup de plaisirs à Leurs Majestés Britanniques, aussi bien que le spectacle qui accompagne toujours ces chasses, à cause de la muUilude des gens qui environnent les toiles et de la grande quantité de peuple que la curiosité fait monter sur les arbres et qui forme une tapisserie admirable par sa diversité, partout où la vue peut s'étendre.

Quand on chassait le sanglier avec le vautrait, celui qui tuait le sanglier avait la hure et en apportait l'oreille au Roi, au bout de son sabre, à la manière de Perse-.

Le service de la chasse du loup était dirigé par le grand louvetier, qui avait sous ses ordres 2 lieutenants et sous- 'lieutenants, 10 piqueurs, 11 valets de limiers ^ 8 valets de chiens courants, 4 gardes de grands lévriers, une écurie de chevaux pour le loup. Le grand louvetier avait aussi sous ses ordres 6 lieutenants de louveterie dans les provinces.

Monseigneur aimait sur toutes choses courre le loup. Il se levait à cinq heures du matin ; il poursuivait son loup jusqu'à dix lieues de Versailles ; il courait dix heures de suite, et, s'il le fallait, il ne revenait au château qu'à onze heures du soir. Un jour, il arriva au château d'Anet, à dix heures du soir, demander l'hospitalité au duc de Vendôme, stupéfait de cette visite inattendue. Le 5 mai 1698, «Monseigneur

^ Le 19 octobre 1703, on en tua 43.

^ Oangeau, I, 407.

^ L'un s'appelait eu 1712 la Vigueur, un autre Bat-la-terre. Comme les soldais, les valets avaient des noms de guerre.

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courut le loup, dit Dangeau, et le manqua ; il a déjà couru ce loup huit fois sans pouvoir le prendre. » Une des plus belles chasses de Monseigneur fut celle du 7 avril 1699, à Meudon ; il l'avait faite avec les chiens du duc de Vendôme. Cette chasse était demeurée célèbre.

Monseigneur et ceux qui avaient l'honneur de l'accompagner à ces furieuses parties de plaisir avaient un costume particulier. « Monseigneur ordonna que tous les gens qui le voudroient suivre à la chasse du loup fussent vêtus de la même manière ; il veut qu'ils aient tous des habits de drap vert avec du galon d'or *. » En 1688, Monseigneur changea ce costume ; il fit faire 25 nouveaux justaucorps pour lui et pour les seigneurs qui l'accompagnaient ordinairement \ Cette, fois le justaucorps était de drap bleu chamarré d'uu gros galon d'or et d'argent moucheté de noir et d'incarnat. Le costume comprenait aussi une veste fort riche dont le fond était rouge ; des gants à frange d'or, un chapeau bordé d'or avec une plume blanche ; un couteau de chasse, un ceinturon et une housse de cheval. Les habits des gentilshommes de la vénerie du loup étaient aussi fort riches. Le fond était bleu, et la chamarrure de gros galons d'or ^

Monseigneur avait une écurie spéciale pour sa chasse de prédilection. Le 7 février 1688, il alla, accompagné de beaucoup de courtisans, visiter les chevaux. Dangeau indique simplement le fait, mais le Mercure complète ce rensignement par trop concis. Il est vrai que souvent le Mercure pèche par un excès contraire et se noie dans des longueurs.

En France, on ne voit que des loups pour tous animaux féroces ; il n'y en a plus guère présentement aux environs de Paris ; M^i^ le Dauphin les en a purgés. La chasse continue toujours à faire un de ses plaisirs. 11 a quatre-vingts coureurs qui sont les plus parfaits de l'Europe, et peut-être du monde. Il n'y a point d'exemple que jamais aucun prince en ait tant eu, ni de si beaux ^.

* Dangeau, 1686, 15 juin. — Le Mercure nous apprend que ce galon prit le nom de galon du lotcp ; il était tout plat et fort léger, et fait d'un cordonnet d'argent avec deux lames au bord.

^ Dangeau, 1688, 23 mars.

* Mercure d'avril 1688, p. 281.

* C'était M. Dumont, écuyer ordinaire de Monseigneur, qui avait le soin de cette admirable éourie.

Le 2 mai 1709, Monseigneur courant le loup trouva dans la campagne beaucoup de monde, et surtout des femmes, qui criaient misère et se plaignaient de la cherté du pain qui enchérissait tous les jours. On sortait du grand hiver de 1708-9; la famine et la misère Pavaient remplacé. Monseigneur fit jeter beaucoup d'argent à tous ces malheureux *.

La volerie, si à la mode avant Louis XIV, était peu du goût du Grand Roi ^. Il y allait quelquefois, mais prenait plus souvent le prétexte du mauvais temps pour ne pas aller voler. Au début du règne, quand le Roi volait, il était à cheval, ainsi que les dames qui l'accompagnaient. Plus tard il allait à la volerie en calèche. En 1698 ^ il abandonna au duc de Bourgogne la direction de la volerie et plaça le grand fauconnier sous ses ordres. Le 24 avril de la même année, le Roi alla cependant voler dans la plaine du Vésinet, en compagnie du roi d'Angleterre et du prince de Galles. Madame, qui ne manquait aucune occasion, y était à cheval, ainsi que M"'^ la Duchesse. « On prit un milan noir, et le Roi fit expédier une ordonnance de 600 écus pour le chef du vol ; il en donne autant tous les ans au premier milan noir qu'on prend devant lui. Autrefois il donnoit le cheval sur lequel il étoit monté et sa robe de chambre*. »

L'Electeur de Bavière, qui était passionné pour celte chasse, trouva magnifiques, en 1713, les équipages de la volerie*.

La volerie se composait du service du grand fauconnier et du vol du cabinet.

Le grand fauconnier dirigeait les neuf vols suivants : 2 vols pour milan ; 1 vol pour héron ; 2 vols pour corneille ; 4 vol pour les champs, c'est-à-dire pour la perdrix ; 1 vol pour rivière, c'est-à-dire pour le canard ; 1 vol pour pie ; 1 vol pour lièvre. Les oiseaux de chasse étaient le gerfaut, le tiercelet, le sacre, le faucon, le lanier, Fallet, l'autour, l'épervier, l'émérillon et le marot. Des lévriers et des épagneuls

* Dangeau, 1709, 2 mai.

® Louis XV n'aima pas davantage la volerie,

' Dangeau, 17 mars.

*■ Dangeau.

^ Dangeau, 1713, 21 avril,

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étaient attachés, les premiers au vol pour héron, les seconds au vol de la perdrix.

Le grand fauconnier avait sous ses ordres : 8 capitaines, 7 lieutenants, 25 gentilshommes de la fauconnerie, 6 maîtres fauconniers, 56 piqueurs, 3 porte-duc, 2 valets d'épagneuls et de limiers, 1 garde-perche, 1 secrétaire, 1 maréchal des logis, 2 fourriers, I chirurgien et 1 apothicaire.

Le vol du cabinet, indépendant du grand fauconnier, était placé sous les ordres d'un capitaine, assisté de 4 lieutenants, 4 maîtres fauconniers, 13 piqueurs, 1 porte-duc, 4 gardeperche, 1 valet d'épagneuls. Il commandait à 5 vols : pour corneille, pour pie, pour les champs, pour émérillon et pour lièvre. Il entretenait 40 oiseaux et 18 épagueuls.

Il y avait enfin, dans le parc de Fontainebleau, une chasse spéciale, celle du cormoran *.

On peut croire que les accidents étaient fréquents dans un monde dont une grande partie de la vie se passait à la chasse à courre. En lisant Dangeau, qui mentionne seulement les accidents arrivés aux princes et princesses, on est frappé de leur nombre, et plus étonné encore que ce nombre n'ait pas été plus grand. Louis XIV fut le plus heureux de tous; aussi était-il le plus adroit et n'allait-il qu'en calèche. On ne trouve que trois accidents à son avoir. Il se cassa le bras, à Fontainebleau, en 1666. Le 15 mars 1706, « à la fin de la chasse, le cerf étant aux abois vint droit à la calèche du Roi, qui lui donna un coup de fouet ; le cerf sauta entre les deux chevaux de derrière de la calèche, et emporta les rênes que le Roi tenait à la main^. » Le 23 mars 1713, « un des chevaux de la calèclie du Roi s'abattit dans une descente et dans un endroit assez dangereux ; mais le Roi, qui est fort adroit et qui mène mieux qu'homme du monde, porta les trois autres chevaux du côté où il n'y avoit rien à craindre. Madame, dont la calèche suit toujours celle du Roi, dit qu'il auroit été en grand danger s'il eût été moins adroit^. »

Monseigneur figure aussi pour trois accidents dans ce

* Voir, sur toutes les chasses et la volerie, VEtat de la France en 1712.

* Dangeau, XI, 57.

^ Dangeau, XIV, 370,

compte général. Il faillit être tué, à Marly, le 29 septembre 1689, par un sanglier qu'il avait blessé, a Voyant un gros sanglier qui étoit dans une mare, il mit pied à terre pour le tirer mieux. Dès que le sanglier vit Monseigneur, il vint à la charge droit à lui ; Monseigneur le tira et le perça de deux balles. Le sanglier n'en vint que plus furieux à la charge, et comme il étoit fort près. Monseigneur lui mit le bout de son fusil dans la gueule et le détourna un peu. Le sanglier emplit l'habit et la chemise de Monseigneur de boue, mais il ne le blessa ni ne le renversa. Monseigneur eut beaucoup de présence d'esprit, sans quoi il auroit été dangereusement blessé*. » Le 3 avril 1698, en courant le loup, Monseigneur tomba, son cheval sur lui. « Il est un peu froissé, mais ce ne sera rien », dit Dangeau. Une autre fois, en courant le loup. Monseigneur fit une rude chute, « mais heureusement il s'en porte fort bien », ajoute l'impassible Dangeau.

Le duc d'Orléans, le futur Régent, iit une chute, le 3 novembre 1710, à la saint Hubert. Voici ce que sa mère, la Palatine, écrivait à ce sujet, le 6 novembre :

Je vous dirai, ma chère Louise, que mercredi dernier, comme nous avions été tous célébrer la saint Hubert, que nous avions déjà pris un cerf, et que nous en courions un autre, je vois quelqu'un qui tombe de cheval. Je crus d'abord que c'était un piqueur qui nous accompagnait, et je voyais bien qu'il était gravement blessé, car il avait de la peine à se relever. Lorsqu'on le releva et que je pus voir son visage, je reconnus que c'était mon fils ; pensez combien je fus saisie. Je le pris dans ma calèche, mais la douleur était afifreuse ; nous ne pouvions savoir si le bras était cassé ou seulement démis. Il s'est trouvé qu'il n'était que démis, mais c'était près de l'épaule où mon fils a été deux fois blessé, et où on lui a coupé des nerfs ; voilà pourquoi il a tellement souffert.

La Palatine était une chasseresse intrépide ; tous les jours elle courait le loup ou le cerf avec Monseigneur ou le Roi. « Je sais bien, dit-elle en 1706, ce que c'est de s'exposer à la chasse à un soleil brûlant. Il m'est arrivé bien des fois de rester à la chasse depuis le matin jusqu'à cinq heures du soir, et en été jusqu'à neuf heures ; je rentrais rouge comme une écrevisse et la figure toute brûlée. »

* Dangeau, II, 478.

tk YÉNERIÉ 489

Œ Je suis tombée, dit-elle encore, vingt-quatre ou vingtcinq fois de cheval, mais cela ne m'a pas effrayée. » Elle écrit en 1683 :

Dans la dernière cliasse que nous avons suivie à Fontainebleau, il aurait pu m'arriver un grand malheur si, me souvenant à propos de mes anciens sauts, je ne me fusse lestement élancée de mon cheval. Une biche effrayée par la chasse et de plus par la rencontre d'un cavalier qui me précédait, s'élança droit sur moi avec une telle violence que, malgré tous mes efforts pour retenir mon cheval, je ne pus l'arrêter assez court pour éviter le choc de la bête, qui vint en bondissant frapper ma monture à la bouche, et brisa les branches, le mors et la bride. Mon cheval eut si peur, qu'il ne savait plus ce qu'il faisait ; il soufflait comme un ours et se jeta de côté. Mais quand je vis qu'il ne tenait plus le mors, je lui tournai la bride dans la bouche, et m'élançant à terre, je le tins ferme jusqu'à ce que mes gens accourussent à mon aide. Si je n'avais pas fait cela si lestement, mon cheval m'aurait infailliblement cassé le col. Cette aventure a fait un tel bruit à la Cour que, pendant deux jours, on n'a pas parlé d'autre chose. Ici on transforme la moindre bagatelle en une grosse affaire.

En 1697, il lui arriva un accident plus grave, à Fresne.

Je vais vous raconter, écrit-elle, ce qui m'est arrivé. Il y a un mois, je fus avec M. le Dauphin à la chasse du loup. Il avait plu, le terrain était glissant. Nous avions cherché un loup durant deux heures, et, ne le trouvant pas, nous nous rendîmes dans une autre enceinte où nous comptions en trouver un. Au moment où nous suivions un sentier, il en part un presque devant mon cheval qui s'emporte et se dresse sur ses deux pieds de derrière ; il glisse et s'abat sur le côté droit ; mon coude rencontre une grosse pierre et je me démis l'os.

On conduisit aussitôt la pauvre duchesse chez un habile rebouteur du voisinage. Il lui remit le bras sans difficulté, et la Palatine revint à Saint-Cloud presque sans souffrir. Aus* sitôt arrivée, les chirurgiens examinèrent son mal, lui atta^ chèrent le bras et la firent tant souffrir, qu'un mois, après sa main était encore enflée, qu'elle ne pouvait remuer le poignet, ni porter la main à la bouche. « Je crois, dit la Palatine, qu'ils éprouvaient un peu de jalousie de ce que le pauvre paysan avait si bien opéré. »

Le 9 août 4704, à Marly, le duc de Bourgogne se blessa

grièvement à la main, et sans son gant la pierre à fusil lui aurait coupé le tendon.

Le 30 octobre 1713, l'Electeur de Bavière, notre allié alors réfugié à la Cour de Versailles, fut renversé par son cheval, et le pommeau de son épée lui enfonça une côte^

Je ne parle pas des chutes de la duchesse de Berry, il me tarde de finir par l'accident le plus grave de tous. Le duc de Berry qui s'était déjà blessé trois fois ^, et qui avait crevé un œil à Monsieur le Duc^, se blessa de nouveau en 1714 et en mourut.

Un peu avant sa mort, le pauvre duc de Berry, écrit la Palatine, qui l'aimait beaucoup, a avoué que c'était lui-même qui en était cause ; car le jeudi précédent, c'est-à-dire huit jours auparavant, comme il chassait au bois dont une petite pluie fine avait rendu le terrain humide, son cheval glissa des pieds de devant. Il le retint avec force, et le cheval se releva si brusquement, que le pommeau de la selle atteignit le duc de Berry entre la poitrine et l'estomac. Il ressentit sur le coup une vive douleur, mais il ne dit rien. Le même soir il fit du sang, et défendit à son valet de chambre d'en parler. . . et le samedi il alla à la chasse. Ce même jour, un paysan, qui avait vu le coup que le prince avait reçu, demanda à un des gens du Roi : « Comment se porte M. le duc de Berry ? — Fort bien, répondit l'autre, car il court le loup, aujourd'hui. — Si cela est qu'il se porte bien, dit le paysan, il faut que les princes aient les os plus durs que nous autres paysans, car je lui vis recevoir un ■coup jeudi à la chasse, en relevant son cheval, dont trois paysans en seroient crevés''. »

Louis XV allait à la chasse, sans l'aimer de passion comme l'aimait Louis XIV ; et dans la seconde moitié de son règne, ce plaisir passa au second rang. On sait pourquoi. En mars 1746, nous le voyons courre le cerf avec Mesdames et la Pompadour ^. Le Dauphin, fils de Louis XV, n'avait aucun goût pour la chasse. Mesdames y trouvaient quelque plaisir. Madame Adélaïde surtout, qui était bien faite, avait l'air

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