‹ Le chateau de VersaillesChapitre 12 sur 56 · LUYNES.VII · texte numérisé non relu

LUYNES.VII

LES ÉCURIES DU ROI

rôles de Roy, musique de Rebel et Francœur. Mais la mort de la Dauphine vint interrompre les fêtes, qui ne recommencèrent qu'au mariage du Dauphin avec la princesse Marie- Josèphe de Saxe, le 9 février 1747.

Le jour même du mariage, à six heures, il y eut au Manège un grand bal paré, auquel le Roi et toute la Cour assistèrent.

]^me la Dauphine avoit mal au pied, dit le duc de Luynes S et ne put pas danser ; ce fut M. le Dauphin qui ouvrit le bal avec Madame Henriette ; il dansa ensuite avec Madame Adélaïde ; Madame Adélaïde avec M. le duc de Chartres ; M'"^ la duchesse de Chartres ne dansa point, parce qu'elle est grosse. Il n'y avoit pas une seule duchesse qui dansât. Après les princesses, la première femme que le Roi ordonna de prendre fut M"^® de Turenne ; et après les princes, le premier homme fut M. le duc de Fitz-James, et ensuite M. le duc de Boufflers. Le Roi étant instruit par M. de Verneuil qu'il y avoit quelques étrangers qui désiroient danser, eut l'attention de les nommer ^. Il y en avoit trois : M. de Loss le fîls ^, M. le prince Colonne et un italien qu'on appelle M. de Somaglia, neveu du nonce qui est ici.... On dansa une vingtaine de menuets; ensuite il y eut une grande collation, après laquelle on dansa deux c jntredanses.

La salle étoit parfaitement belle et fort éclairée, remplie de beaucoup de beaux habits. La foule étoit si grande à la porte, que le Roi même eut de la peine à entrer. ... Il étoit près de huit heures trois quarts quand le bal finit. Au retour, il y eut festin royal dans l'antichambre de la Reine.

Il se passa à ce bal une scène amusante, dont Sa Majesté daigna rire de bon cœur. Un masque en domino jaune venait sans cesse au buffet, et y mangeait et buvait d'une façon prodigieuse. A peine parti, il revenait et mangeait tout autant. Beaucoup de gens ayant observé ce nouveau Gargantua, il devint l'objet de l'attention universelle, ce qui ne l'empêchait pas de manger, de boire, de s'en aller et de

' T. VIII, p. 113.

* M. de Verneuil alla leur faire la leçon et les instruire * des usages qui s'observent dans ces sortes de bals » ; il leur apprit • le moment de se lever pour venir danser », la manière de danser vis-à-vis le Roi « sans lui tourner le dos dans le premier tour », et le moment « de recevoir l'ordre du Roi après le menuet pour prendre celle que Sa Majesté ordonne. »

(LUYNES

^ Son père était ambassadeur de 1 "électeur de Saxe^ roi de Pologne.

revenir aussitôt. Le Roi le fit suivre et apprit que les Cent- Suisses de garde ce jour-là avaient un domino dont chacun d'eux s'affublait à son tour.

Le 1 3 février, on donna au Manège V Année galante, ballet du poëte Roy, musique de Mion. Il y avait des morceaux charmants, mais les partisans de Rameau déclaraient cette musique peu travaillée, ce qui faisait probablement son charme. « Mion, dit le duc de Luynes est protégé par ;^|me Pompadour, et par conséquent on peut croire que le Roi est disposé à approuver sa musique. » Le 15 mars, ce fut le tour de Rameau à faire jouer un ballet intitulé les Fêtes de V Hymen et de l'Amour, dont les paroles étaient de M. Cahusac

La dernière fête donnée au Manège fut celle du lundi gras 1775. Monsieur et le comte d'Artois offrirent à l'archiduc Maximilien, l'un des frères de la Reine, un grand bal, « où les gens de Paris, surtout les femmes, n'ont pas joué un rôle brillant'. »

La construction de la salle de l'Opéra, au château, enleva à la salle du Manège son privilège d'être le théâtre des grandes fêtes de la Cour, et la Révolution ne tarda pas à disperser les attelages, les carrosses et toutes les richesses des Ecuries royales.

Après la Révolution, l'an IX, on établit dans la Grande- Ecurie une école de trompette. Pendant l'Empire et la Restauration , on y installa de nouveau les pages , et on y logea divers officiers des Ecuries de l'Empereur ou du Roi. De 1830 à 1848, elle servit de magasins et de logements à quelques employés du château. En 1849, la Grande-Ecurie devint le siège de l'Institut agronomique, excellente école créée, le 3 octobre 1848, par une loi de l'Assemblée nationale, et qui avait le domaine de Versailles tout entier pour théâtre de ses cultures et de ses expériences. L'Institut agronomique fut détruit le 17 septembre 1852, par M. Fould, ministre du prince Louis-Napoléon, président de la République; la cause minime, quoique principale, de cette

* T. VIII, p. 116.

- Luynes, VIII, 144.

* Baghaumont, t. XXIX, p. 355.

LES ÉCURIES DU ROI

déplorable destruction, était de reprendre les chasses du parc de Versailles. La Grande-Ecurie servit alors de caserne aux Cent-Gardes, et un peu plus tard on y installa l'Ecole et le mess des officiers de l'artillerie de la Garde. En 1871, on y établit une partie des bureaux de la justice militaire et des conseils de guerre chargés de juger les communards. Aujourd'hui enfin, on y trouve, sur l'emplacement des anciens manèges, une caserne d'artillerie, bâtie sous Napoléon III ; les bureaux de la subdivision militaire de Seine-et-Oise et ceux de la place de Versailles, et on y a établi de grands ateliers de construction d'affûts pour l'artillerie. Il m'est permis, je crois, de déplorer, au point de vue de l'art, la malencontreuse cheminée d'usine qui se dresse, dans toute sa laideur, au-dessus de ces beaux édifices de la place d'Armes.

La Petite-Ecurie avait eu, sous l'ancienne monarchie, une existence moins brillante que sa sœur. Nous ne trouvons guère à mentionner dans son histoire que le fait suivant : L'illustre Goldoni était devenu, grâce à la protection de la Dauphine de Saxe, qui aimait ses comédies, lecteur et maître de langue italienne de Mesdames, filles de Louis XV. En 1763, on lui donna un logement à la Petite-Ecurie, où il mourut le 8 janvier 1793.

A la Révolution, la Petite-Ecurie devint une caserne de cavalerie. Pendant l'Empire et la Restauration, on y plaça les voitures de gala de la Cour, le carrosse du mariage de Napoléon et celui du sacre de Charles X, Ces belles voitures restèrent à la Petite-Ecurie jusqu'au moment où l'on créa le musée des voitures de Trianon, dont elles sont le plus bel ornement. La Petite-Ecurie est aujourd'hui affectée à l'école régimentaire du 1^^ régiment du Génie, à ses ateliers de construction, et sert de caserne à une partie des soldats de ce beau régiment.

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