LE POTAGER
Pour remplacer le potager de Louis XIII, détruit par de nouvelles constructions. Louis XIV appela à Versailles La Quintinie, avocat distingué qui, après un voyage en Italie, où il avait admiré les beaux jardins de ce pays, s'était adonné a l'horticulture.
Mansart fit choix de l'emplacement du nouveau potager. La Quintinie planta le jardin de 1679 à 1682, à côté de la pièce d'eau des Suisses; la grande serre, la maison bâtie pour La Quintinie et les logements des jardiniers sont de 1683; l'étang qui occupait le sol fut comblé, et La Quintinie tit merveille pour triompher des difficultés. 11 divisa le Potager en vingt-neuf jardins limités par des murs de refend. Les allées étaient bordées de contre-espaliers: au milieu était un bassin circulaire. Sous Louis XV1. on ajouta un grand carré situé au sud-est, le « clos aux asperges ».
A cette époque, l'arboriculture était déjà fort à la mode. Arnauld d'Andilly publia en 1662 un Traité sur la manière de cultiver les arbres fruitiers ; le premier, il fit usage des espaliers ; son jardin de Port-Royal devint un modèle ; chaque année, il offrait à la reine Anne d'Autriche des pêches magnifiques. La Quintinie donna tous ses soins à la production et à la beauté des fruits. Ce qui a fait sa grande réputation à la Cour de Louis XIV, c'est la culture des primeurs ; il établit les cultures forcées sous châssis et en serres chaudes. Il obtint de bonnes pêches dans les jardins du Roi, mais le figuier était la principale culture du Potager, Louis XIV aimant beaucoup ses fruits. Il y avait aussi des « fruiteries » destinées à conserver les fruits pendant l'hiver. On ne cultivait aucun fruit exotique.
Les produits du Potager n'étaient pas pour le Roi seul- ; on «n distribuait une partie au public.
1 Avant 1732.
'- La Quintinie donna au Roi des asperges et de l'oseille nouvelle
Louis XIV aimait, dans les grands repas, à voir sa table couverte de fleurs et de fruits. Aux hautes pyramides de fruits (œuvres), le Roi et La Quintinie substituèrent les « horsd'œuvre », c'est-à-dire les corbeilles pleines de fruits que l'on mangeait, tandis que ceux de Yœuvre n'étaient que pour les yeux des convives. Louis XIV venait souvent converser avec La Quintinie et apprenait de lui la taille des arbres.
Ce grand agronome mourut en 1688 ; il avait été anobli par Louis XIV en 1687. Nombre d'étrangers de distinction vinrent au Potager. Louis XV ne le visita qu'une fois. Sous son règne, les cultures s'augmentèrent de celle de l'ananas.
Pendant la Révolution, le ministre Bénezech sauva le Potager en y établissant, à l'usage des élèves de l'Ecole centrale, un jardin botanique planté par Antoine Richard. En même temps, on créait une pépinière nationale dans le clos aux asperges.
En 1848, le Potager fut annexé à l'Institut agronomique. Une loi du 16 décembre 1873 a transformé l'ancien Potager de Louis XIV en une école d'horticulture très florissante. En 1876, on y a élevé une statue à La Quintinie. Celui-ci, dès 1670, avait le titre de directeur des jardins potagers et fruitiers des maisons royales. On y a inauguré également, le -22 mai 1898, une fontaine surmontée du buste de M. Hardy, premier directeur de l'Ecole nationale d'Horticulture1. Le Potager renferme aujourd'hui de belles serres, des espaliers et contre-espaliers, 1,100 variétés d'arbres fruitiers, un jardin botanique.
C'est l'unique école de ce genre qui soit en France.
en décembre ; des radis, des laitues pommées, des champignons en janvier; des choux-fleurs en mars, des fraises dès les premiers jours d'avril, des petits pois en avril, des ligues et des melons en juin.
1 Voir, dans le Versailles Illustré (1898), article de M. Nanot, et son volume eu collaboration avec M. Deloncle, Histoire et descriptio?i de l'Ecole nationale d'Horticulture de Versailles, Paris, 1898.