LA MÉNAGERIE
Dès 1663, d'après les ordres de Louis XIV, Le Vau commença à transformer la ménagerie embryonnaire de Louis XIII ; en 1668, tout était terminé. Le Roi eut ainsi un nouveau « petit château », décoré de peintures, de cuivres ciselés, de rocailles et de balustres en marbre.
Les animaux, les oiseaux y étaient nombreux ; la volière était la plus belle de France, le colombier renfermait trois mille pigeons. On empaillait les animaux qui mouraient, pour en former une collection.
Pendant les fêtes de 1664, Louis XIV mena toute la Cour à la Ménagerie; le cardinal Chigi, nonce du Pape, le doge de Gênes la visitèrent. Le « petit château » servait à faire collation.
Le Roi le donna à la duchesse de Bourgogne en 1698 : il fut pour cette princesse comme un petit Trianon où elle trayait ses vaches et faisait du beurre. Dangeau nous apprend qu'on dépensa plus de 5,000 écus pour embellir la résidence de la jeune Dauphine ; les travaux furent terminés en 1700.
La Ménagerie avait sa principale entrée à l'extrémité du chemin qui venait de Versailles : on arrivait à deux pavillons entre lesquels était une grille qui fermait la cour du château. La forme de ce bâtiment était celle d'un x renversé ; la partie postérieure comprenait une galerie et un salon octogone,
percé de sept fenêtres et terminé par un dôme au-dessous duquel était une grotte; les salles du rez-de-chaussée ne servaient qu'aux gardes. Les pièces du premier étage, fort petites, étaient revêtues de charmants panneaux sculptés et dorés', peints de grotesques en coloris. Les cheminées étaient des marbres les plus rares ; au-dessus des portes étaient des tableaux dans des cadres dorés. La guerre de la Succession d'Espagne empêcha la décoration complète et arrêta les travaux. Parmi les merveilles de ce château, Ton citait la balustrade en fer doré d'un des escaliers et un balcon situé à l'extérieur du premier étage du château, d'où l'on pouvait voir à Taise les animaux qui peuplaient les cours, au nombre de six, disposées en éventail autour de la tour octogone.
La duchesse de Bourgogne allait se promener presque tous les jours à la Ménagerie, et souvent elle y soupait avec ses dames. Louis XIV y vint assez souvent jusqu'en 4707. Quelquefois, le duc de Bourgogne, dévot et sérieux, venait prendre part aux amusements coutumiers ; la duchesse péchait, faisait collation, jouait aux jeux à la mode, montait à âne, plus tard (1707) à cheval; elle organisait des cavalcades.
Après la mort de la jeune princesse (17-12), la Ménagerie est abandonnée pour toujours. Marie Leczinska y retourna quelquefois, mais la curiosité d'aller la voir passa de mode. En 1767, Ducis y habita2. Elle fut pillée sous la Bévolution et les animaux furent transportés au Jardin des Plantes, à Paris (1793). Bernardin de Saint-Pierre, qui en fut l'intendant, n'y trouva que cinq bêtes.
Le « petit château » fut dégradé peu à peu. La ferme devint en 1799 une sorte de bergerie-école, où l'on entretenait des moutons, des taureaux, des vaches, boucs, chèvres, etc.
Le 22 décembre 1799, le Premier Consul donna au citoyen Sieyès, à titre de récompense nationale, le domaine national de Crosnes 3, qu'il échangea contre la ferme de la Ménagerie.
1 Ils étaient l'œuvre de Dugoulon. — La décoration des panneaux et du plafond avait été exécutée sur les dessins d'Audran. Les peintres Allegrain, Boulogne l'ainé et Blanchard y travaillèrent.
2 Comme elle renfermait plusieurs bâtiments, on y logeait quelques protégés. Ducis habita l'un d'eux avec sa sœur et y composa sa tragédie A'Hamlet.
3 Entre Paris et Corbeil, sur l'Yères.
LE GRAXD-TRIAXOX. 613
Le 12 janvier 1801. l'Etat vendait la ci-devant Ménagerie des animaux et les bâtiments annexes. Ce domaine, d'une étendue de plus de 5 hectares, fut acheté aux enchères par un certain Bunout; mais, finalement, Sieyès racheta toutes les dépendances de l'ancienne Ménagerie de Louis XIV, en tout 251 hectares, qu'il revendit plus d'un demi-million à Napoléon Ier, désireux de reconstituer le domaine de Versailles. Le peu qui restait, et qui était demeuré la propriété d'un nommé Fessart, fut acquis par Louis-Philippe.
Ce qui subsiste aujourd'hui du séjour favori de la duchesse de Bourgogne se réduit aux deux pavillons de la Laiterie, avec leurs frontons sculptés1.
Sur les terrains de la Ménagerie, on a construit des hangars servant à l'Ecole d'aérostation du sénie.