‹ Le château de Versailles et ses dépendancesChapitre 137 sur 166 · LE GRAND-TRI ANON · texte numérisé non relu

LE GRAND-TRI ANON

travail et de conseil; sa bibliothèque était au salon des Sources.

Au salon Frais commençait la Galerie, décorée sous Louis XIV des tableaux de Cotelle, Allegrain et Martin, représentant les vues de Versailles et de ses bosquets. La Galerie aboutissait au salon des Jardins, d'où l'on entrait dans la salle de Billard, transformée sous Louis-Philippe en une chapelle, où la princesse Marie fut mariée, le 17 octobre 1837, au duc Alexandre de Wurtemberg.

A ces deux corps de logis, Mansart ajouta une aile que l'on désigna sous le nom de Trianon-sous-Bois. Elle s'étend à droite et est contiguë aux jardins du Petit-Trianon. Ce fut sous Louis XIV le logement de Monseigneur et de Monsieur, puis du duc et de la duchesse de Bourgogne et de la Palatine. Luynes nous apprend qu'en 1752, sous Louis XV, on y fit six appartements pour Madame Adélaïde, la Reine, la duchesse de Luynes et ses dames d'honneur, le Dauphin et la Dauphine, et Mm' de Brancas.

Louis XIV avait suivi de près la construction de Trianon. Ici se place une curieuse anecdote finement racontée par Dangeau et qui date sans cloute de 1687 : « Le Roi, qui aimoit à bâtir et qui n'avoit plus de maîtresses, avoit abattu le petit Trianon de porcelaine qu'il avoit fait autrefois pour y\^e de Montespan, et le rebàtissoit pour le mettre en l'état où on le voit encore. Louvois étoit surintendant des Bâtimens. Le Roi, qui avoit le coup d'œil de la plus fine justesse, s'aperçut d'une fenêtre de quelque peu plus étroite que les autres; les trémeaux ne faisoient encore que de s'élever et n'étoient pas joints par le haut. Il la montra à Louvois pour la réformer, ce qui étoit alors très aisé. Louvois soutint que la fenêtre étoit bien. Le Roi insista, et le lendemain encore, sans que Louvois, qui étoit entier, brutal et enflé de son autorité, voulût céder.

« Le lendemain, le Roi vit Le Notre dans la Galerie. Quoique son métier ne fût guère que les jardins, où il excelloit, le Roi ne lassoit point de le consulter sur ses bàtimens. Il lui demanda s'il avoit été à Trianon. Le Notre répondit que non. Le Roi lui ordonna d'y aller. Le lendemain, il le vit encore;

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même question, même réponse. Le Roi comprit à quoi il tenoit tellement qu'un peu fâché, il lui commanda de s'y trouver l'après-dînée même, à l'heure qu'il y seroit avec Louvois. Pour cette fois, Le Nôtre n'osa y manquer. Le Roi arrivé et Louvois présent, il fut question de la fenêtre, que Louvois opiniàtra toujours de largeur égale aux autres. Le Roi voulut que Le Nôtre l'allàt mesurer, parce qu'il étoit droit et vrai, et qu'il diroit librement ce qu'il auroit trouvé. Louvois. piqué, s'emporta. Le Roi, qui ne le fut pas moins, le laissoit dire, et cependant Le Nôtre, qui auroit bien voulu n'être pas là, ne bougeoit. Eniin, le Roi le fit aller, et ce pendant Louvois toujours à gronder et à maintenir l'égalité de la fenêtre avec audace et peu de mesure. Le Nôtre trouva et dit que le Roi avoit raison de quelques pouces. Louvois voulut imposer, mais le Roi, à la tin trop impatienté, le fit taire, lui commanda de faire défaire la fenêtre à l'heure même, et, contre sa modération ordinaire, le malmena fort durement.

«. Ce qui outra le plus Louvois, c'est que la scène se passa non seulement devant les gens des bàtimens, mais en présence de tout ce qui suivoit le Roi en ses promenades, seigneurs, courtisans, officiers des gardes et autres, et même de tous les valets, parce qu'on ne faisoit presque que sortir le bâtiment de terre, qu'on étoit de plain-pied à la cour, à quelques marches près, que tout étoit ouvert, et que tout suivoit partout. La vespérie fut forte et dura assez longtemps, avec les réflexions des conséquences de la faute de cette fenêtre, qui, remarquée plus tard, auroit gâté toute cette façade et auroit engagé à l'abattre.

« Louvois. qui n'avoit pas accoutumé d'être traité de la sorte, revint chez lui en furie et comme un homme au désespoir. Saint-Pouange, les Tilladet et ce peu de familiers de toutes ses heures en furent efifrayéSj et, dans leur inquiétude, tournèrent pour tâcher de savoir ce qui étoit arrivé. A la fin. il le leur conta, dit qu'il étoit perdu, et que, pour quelques pouces, le Roi oublioit tous ses services qui lui avoient valu tant de conquêtes; mais qu'il y mettroit ordre et qu'il lui suseiteroit une guerre telle qu'il lui feroit avoir besoin de lui et laisser là la truelle, et de là s'emporta en reproches et en fureurs. Il ne mit guère à tenir parole. Il enfourna la guerre par l'affaire de la double élection de Cologne; il la confirma

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