‹ Le château de Versailles et ses dépendancesChapitre 136 sur 166 · II. — LE GRAND-TRIANON · texte numérisé non relu

II. — LE GRAND-TRIANON

Ce fut primitivement le nom d'un humble et très ancien hameau, avec une église dédiée à Notre-Dame (Diuv Mariœ de Triennio), qui se trouvait enclos dans le parc du Roi.

De 1668 à 1670, quand le petit château de Versailles était en train de devenir le palais « du Grand Roi », Louis XIV, après avoir fait démolir l'église et les chaumières qui l'entouraient, y fit élever un château de plaisance, qui fut appelé Trianon.

Ce fut d'abord un pavillon d'un étage, entouré de quatre pavillons moindres et de jardins tracés par l'habile Michel Le Bouteux ; il était destiné à être un lieu de plaisance et de divertissement, bien situé en face de la Ménagerie, à l'extrémité du bras septentrional de la Croix du Canal, qui se terminait en ce moment.

Bâti par l'architecte Dorbay, en l'honneur de Mme de Montespan, il prit le nom de Trianon de Porcelaine, à cause de

' Le degré sur le Canal, refait en 1817, est décoré de deux statues modernes de Nanteuil.

sa décoration de goût chinois1. Regardé alors, dit Félibienv « comme un enchantement », l'admiration qu'il provoqua lui valut de nombreuses imitations, comme le témoignent les. gravures du temps.

De tout cet ensemble, terminé en 1672, rien n'a survécu, ni des revêtements intérieurs, ni des ornements de plomb doré, multipliés sur les combles en faïence, jeunes Amours armés de dards et de flèches, chassant après des animaux, ni des vases de porcelaine disposés de degré en degré jusqu'au faite, avec « différents oiseaux représentés au naturel ». (Félibien.)

Le Hongre, Houzeau, Sibrayque, Jouvenet, Caffiéri avaient travaillé à cet ensemble, et aussi Temporiti et Lespagnandel ; Mazeline avait modelé les stucs d'intérieur. Il y avait un cabinet des Parfums qu'admirèrent fort, d'après le Mercure, les ambassadeurs de Siam en 1686.

Maison de plaisance et repos d'été de réunions peu nombreuses, réservée aux collations et aux soupers, tel fut le Trianon de Porcelaine ; son principal attrait fut son jardin, dont Le Bouteux fut le maître. 11 y réunit, sous le contrôle assidu de Colbert, les fleurs les plus rares et dont l'odeur était la plus forte : jasmins et orangers d'Espagne, tulipes, anémones, giroflées doubles et « neuf mille oignons, tant narcisses de Constantinople que jacinthes et autres fleurs, héliotropes, jonquilles et tubéreuses ». Il imagina une orangerie en pleine terre « où poussaient dans le sol même les fleurs et les arbustes du Midi », de telle sorte qu'on y voyait l'hiver, ce qui faisait l'admiration générale, « un nouveau jardin, plus surprenant que celui d'été ».

Les serres de Trianon furent l'objet d'un soin particulier, et l'air y était en toute saison parfumé de l'odeur des jasmins et des orangers. Grâce au système des pots de grès où l'on mettait une quantité prodigieuse de fleurs, que l'on en-

1 « Le goût pour la Chine naissait alors, à la suite des relations écrites par les missionnaires sur ce pays, ainsi que sur l'Inde. Les laques, les porcelaines, les étoffes et les peintures chinoises étaient alors recherchées avec ardeur ; la fameuse Tour de porcelaine, située près de Nankin, passait pour la huitième merveille du monde. » (Soulié, Le Trianon de Porcelaine. — Mag. pittor., 1857.) — En 1685, Louis XIV envoya en Chine cinq Jésuites missionnaires pour établir une mission française a Pékin. (M. Henri Cordier, membre de l'Institut, a fait en novembre 1908 une communication sur ce sujet.)

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ferrait dans les plates-bandes, on pouvait, si on le voulait. changer tous les jours et même deux fois par jour ce tableau féerique des parterres, aux couleurs si variées. Louis XIV prisait fort ces changements à vue.

Ce premier Trianon, si bien situé, ne cessa de servir aux plaisirs ordinaires de la Cour. C'est là qu'eut lieu la seconde journée de fêtes données à l'occasion de la reprise de la Franche-Comté, le 11 juillet 1674.

A ces collations si fréquentes de Trianon, le Roi conviai! les dames ; la Reine y allait quelquefois de son côté avec les siennes. Un jour (le 12 juin 1675), elle allait, nous apprend Mme de Sévigné, prendre Mme de Montespan à Clagny ; elle la fit entrer dans son carrosse, ce qui ne laissa pas d'étonner; mais la bonne Reine voulait encore paraître ignorer la faveur que son royal amant lui avait faite.

A partir de 1682, la Cour définitivement installée à Versailles, les soupers de Trianon devinrent plus fréquents. La flottille du Canal, toujours augmentée, ne cessait d'y transporter les brillantes compagnies. En ce lieu charmant, Louis XIV pouvait admirer son œuvre et se dire qu'ici, comme dans ses jardins de Versailles, il avait lui-même créé. Le 12 juin 1684, après s'y être longtemps promené, il le trouva, nous dit Dangeau, plus beau que jamais; et cependant, par un caprice inexplicable, si ce n'est par la manie de la nouveauté, il démolissait en 1687 le Trianon de Porcelaine et faisait construire, par Mansart, un nouveau Trianon où le marbre fut prodigué. D'après les Comptes des Ràtiments, cinquante-six sculpteurs y travaillèrent, sans parler de treize sculpteurs spéciaux pour les boiseries1. Domenico Cucci fit tous les ouvrages en cuivre doré.

Construit dans le style italien, à un seul étage, le Trianon de Mansart était couronné d'une balustrade surmontée de statues, de groupes d'enfants et de vases (détruite depuis 1789). Un péristyle à jour, œuvre de Robert de Cotte, dit-on, et décoré de colonnes du plus beau marbre vert-campan, réunit les deux corps de bâtiments latéraux. Il a été fermé en 1805 par des vitrages mobiles.

1 Du^sk'ux, t. II. —Voir le plan à la fin du volume.

Le bâtiment de droite est relié par une galerie à une aile en retour, appelée le Trianon-sous-Bois, à cause de son voisinage du jardin des Sources, formé « d'un petit bois coupé par de nombreuses rigoles et d'une délicieuse fraîcheur ». La grande cour est bordée, à droite et à gauche., par deux bâtiments, et au fond, par le péristyle. Le bâtiment de gauche servait, ainsi que les constructions qui entourent la cour des Cuisines, aux offices et au logement des officiers. Le bâtiment de droite renfermait d'abord la salle de Comédie, détruite vers 1704, puis l'appartement de Louis XIV, qu'on établit sur l'emplacement de cette salle, et qui se composait d'une antichambre, d'une chambre à coucher, de trois cabinets pour le service ■du Roi et du cabinet du Conseil.

L'appartement de Louis XIV a été modifié par Louis XV. Louis-Philippe en changea aussi la disposition intérieure. Il comprend aujourd'hui une petite galerie et trois pièces désignées sous le nom d'appartement de la reine Victoria1.

Du côté des jardins, à gauche du péristyle, on trouve l'ancien appartement de Monseigneur, comprenant le salon des Glaces, avec un cabinet et une chambre, le salon de la Chapelle (dans un renfoncement était placé l'autel) et le salon des Seigneurs, aujourd'hui vestibule des appartements de l'aile gauche. Napoléon et Louis-Philippe l'ont habité.

De l'autre côté du péristyle sont : le salon des Colonnes ou salon Rond (aujourd'hui vestibule des appartements de l'aile droite, qui servit de chapelle sous Louis XV et sous son successeur), le salon de Musique (actuellement salle de billard), Y antichambre des Jeux, la chambre du Sommeil (les deux pièces sont aujourd'hui réunies), le cabinet du Couchant et le salon Frais; les six pièces constituèrent l'appartement de Louis XIV jusqu'en 1705. Derrière, on trouvait le Buffet, un cabinet, le cabinet du Repos, le cabinet du Levant et le salon des Sources, donnant tous également sur le jardin du Roi. Ces cinq pièces, appelées petits appartements, ont été habitées par Mme de Main tenon, par Louis XV (1744), après la mort de Mme de Châteauroux, par Stanislas Leczinski, et enfin par Mme de Pompadour. Napoléon Ier en avait fait ses cabinets de

1 Dussieux, t. II. Eu 1846, Louis-Philippe avait préparé cet appartement pour la reine oVAngleterre, qui n'y vint pas.

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